Avant qu’il ne se sauve

16 juillet 2017


J’observe ce couple à côté de moi dans le train. La belle soixantaine, ils se parlent doucement comme deux adolescents, élégants encore très beaux, parfaitement assortis comme ces amoureux devenus quasi frère et soeur.

Cela va faire plus de 8 mois que chaque week-end qui passe j’ai cette angoisse que l’on a quand tout se passe parfaitement et qu’on sait que le pire peut ressurgir. Monter les étages, les paliers d’une liaison, pas trop vite pour ne pas s’essouffler mais intensément par crainte de chuter. Il vient de m’embrasser sur le quai, je le retrouve dans 5 jours, je ne peux m’empêcher d’être triste comme si la séparation allait être très longue. L’angoisse stupide des gens qui ont tout, un vieux relent enfoui, ce traumatisme que certains ont vécu enfant. Un lieu, une effluve, une discussion, un visage… Ces détails qui font ressurgir brutalement les démons du passé.

Je me souviens de ces week-ends où mes parents venaient nous voir discrètement, notre mère arrivait un jour avant, notre père à l’improviste jamais annoncé, une fois barbu, l’autre avec des lunettes de vue. Il y avait toujours ces quelques secondes où j’avais un doute, c’est qui ? Puis il nous souriait et nos doutes s’envolaient. La veille de leur départ, je parfumais de Shalimar mon peluche. Et déjà la porte rouge foncée de l’ascenseur se refermait. Je ne pleurais pas.

Ce soir, je ressens cette angoisse muette en regardant le paysage défilé.

Je déteste les départs.

Souvenirs blonds

24 avril 2016


Il y a 5 jours, je suis morte. 

Terminal 1 Hall 4 Porte 89 et des milliers touristes blonds carbonisés. 

Je reviens du Paradis, passage obligé en Enfer, Ryanair. 

Il est deux heures du matin, mes genoux coincés et le front collé au dos du fauteuil, le bus bondé va décoller. Je ne peux même pas écrabouiller la main de mon voisin ce n’est celui avec qui je couche. Le temps passe décidément très vite sauf quand on a peur. 

Dans leur grande majorité les hommes de plus de 40 ans n’ont jamais eu beaucoup d’intérêt à mes yeux encore moins depuis que je suis plus âgée qu’eux. L’acceptation de soi passe aussi par l’affirmation de ses préférences. Il est trop tard pour changer. J’aime un homme qui n’est pas fait pour moi, je bois des Spritz tous les soirs, je le regarde découper des légumes et plaisanter. Je souris, je ris bêtement. Je suis un passage dans sa vie, une photo qui restera à côté d’une carte postale sur son frigo, un numéro dans son téléphone, une légère effluve quand il dépliera un pull, une culotte oubliée… 
Je serai son souvenir blond.
Profitons.

Célibat accompagné

2 août 2015

 
Avant l’autre était souvent le même, ça se comptait en année. Aujourd’hui il n’y a plus vraiment d’autre, ça fait un an.

j’étais dans mon lit, en Corse, sans lui, j’essayais de ne pas craquer, de me tenir à ma décision d’arrêter cette histoire. Plus pour le mettre à l’épreuve que pour d’autres raisons, quitter pour savoir si l’autre nous aime est une façon comme une autre de se faire du mal mais c’est assez efficace. Un mois plus tard une nouvelle dormait à ma place, j’imaginais sa tête s’enfonçait dans l’oreiller, ça a le bénéfice d’éviter de regretter.

Cette première année de célibat fût plutôt positive, je me sens mieux, je ris plus souvent, quelques hommes et femmes ont partagé de bons et de mauvais moments avec moi. J’ai désiré, aimé, détesté aussi, j’ai même un peu minci, il faudrait que j’arrête de fumer pour garder encore un peu mes seins, Ça peut toujours servir.

Il est 22h, je souris devant mon écran comme une ado devant snapchat. Je lis les réponses à des questions indiscrètes, j’aime qu’on me raconte, qu’on me détaille et il s’exécute avec la finesse et le piquant des hommes qui savent plaire aux femmes comme moi.
Je suis curieuse d’en savoir plus. Je vais sans doute le regretter, nous sommes trop souvent du même avis. Il vient de me répondre  » Tu es comme moi ! ».

On va se faire du mal et ça pourait être tellement bon quelque part entre L’Isle-sur-la-Sorgue et Toys R Us.

COSA MIA

6 septembre 2013

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Il y a ces moments posés, seule à penser à des choses dégueulasses sous des airs insoupçonnables. Combien vivent dans leur bulle, combien de jeunes filles, de jeunes femmes, de mamans irréprochables, lisses, souriantes vivent ici avec cette petite pensée en écoutant la radio annonçant chaque jour un nouveau mort. Il y a longtemps, cette crainte d’entendre le nom, son nom était constante. Aujourd’hui, je compatis mais mes peurs sont ailleurs.
Je suis tourmentée depuis quelques semaines, il y a des relents d’un passé compliqué.

Je me demande encore comment a fait ma mère pour supporter l’attente.

Et puis un matin de février 96, j’ai compris que ça serait bien pire pour elle maintenant qu’elle ne l’attendrait plus jamais.

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