Amours Rouges 

28 juin 2017

Instagram @alabama_duel
Deux nuits sans dormir, des kilomètres parcourus entre trois immenses dômes de son, passer d’une salle à l’autre à la recherche du Graal ecrit en capitale. Du sang dégouline sur les murs, la foule compacte et ce petit groupe au centre sous des pics lumineux comme une hutte. Je te cherche du regard, je ne te connais pas encore, on s’est peut être croisé plusieurs fois sans se voir. J’ai senti une odeur familière, un mélange mûre et musc, j’ai vu des boucles brunes s’agiter au rythme de Dance or Die, la foule t’a englouti. Je n’ai plus aucune notion de l’heure, du jour, la musique rebondie partout, transperce nos corps, hé Baby’on fire !? Die Antwoord électrise la jeunesse bronzée de ce début d’été, tout est moins suranné mais beaucoup plus gai. Le futur est là, les trois vaisseaux encerclent des milliers de marseillais, un tourbillon infernal les entraîne du connu à l’inconnu, des premiers aux petites dernières, de la FF aux Nova Twins. L’agitation autour et je te retrouve enfin, derrière ce M rouge, on se réfugie, en fond sonore les histoires de fureur et d’amour de Who Made Who. Nos cœurs battent fort, danser, courir, s’embrasser, s’aimer… Ma tête sur ton épaule, je cherche du réconfort. Je veux mourir dans tes bras under the cherry moon…
« Love is an explosion,
L’amour est une explosion,
Love is the fire of the world
L’amour est le feu du monde »
Inside World sera notre hymme…
Mars je t’aime.

Amore 

23 juin 2017


Culotte HenrietteH

Il y a 500 mètres sous nos cœurs, nous marchons sur un fil, à chaque pas nous pourrions nous écraser au sol.
Notre état vacille entre ivresse de l’altitude et peur de la chute, nous savourons les minutes passées dans cet état euphorisant des débuts, dans quelques heures il sera là. Il faudrait ne jamais redescendre, vivre éternellement dans cette incertitude presque rassurante, immortelle. Tant que nous savons que nous pouvons tomber, nous sommes toujours vivants, amoureux, heureux. Il est étrange cet amour, j’ai cette impression qu’il est unique, pourtant nourrit de tous les autres, de toutes nos erreurs, nos bonheurs, il est plein de larmes et de stupre, de beau et de laid. Il est fort au cœur tendre, c’est un amour expérimenté, deux cœurs qui battent sur la même mesure, qui veulent se faire du bien et se mordent en jouissant si fort.
Je l’aime cet Amour.

crossfitepsilon.com

17h.

Il y a cette ambiance pleine de testostérone quand on rentre, les mûrs sont blancs partout des barres, des poids, des anneaux, des liens, passée la première appréhension de la fille qui ne se sent pas à sa place, il y a finalement bien plus de muscles que de douces effluves ici, la féminité n’est qu’une option, pour 9€ j’ai presque des couilles pendant une heure.

Il y a très peu de charge sur ma barre alors au début je me surprends à mater en biais ces corps athlétiques, ces épaules parfaites et même le cul de la prof mais à la fin de l’échauffement déjà, j’étais aveugle et sourde, il ne restait de moi qu’un cœur qui battait trop fort, plus rien n’avait plus d’importance que reprendre mon souffle. Le superbe brun à ma droite était devenu transparent, je n’entendais que des hurlements et des barres retombées sur le sol.

Pourtant au début je n’avais qu’une envie, communiquer en cherchant du regard le moindre sourire, m’intégrer, prête à rire de leur trait d’humour, cette complicité sportive virile caractéristique ponctuant chaque nouvel exercice. Ces mecs sont encore plein de vie et je suis sans doute déjà morte au 5ème box jump.

Je finis ou plutôt je bâcle la fin de la séance, le visage écarlate, je ne ressemble plus à grand chose avec l’espoir de me rattraper sur la plage dans 9 mois. En attendant je sais que demain j’aurai du mal à marcher, je me demande dans quel état va être la fille qui était en face de moi, elle a vraiment bossé elle.

18h30, Je suis hors de tout, réel, virtuel, je pense plus à rien, enfin.

Il est temps de retrouver le sourire, le reste devrait revenir avec.

Eaux troubles 

16 septembre 2016

Instagram @paris_obsessions

Je le croise souvent le soir assez tard.

Il a ce sourire en coin des hommes qui sont habitués à être l’objet de toutes les attentions pas que féminines.

Il est peut être 22h il plante son regard noir dans le mien et avec un ton anodin balance un « j’ai envie baiser sans avoir envie d’attendre ! ».

Cette exclamation ne me concerne pas, nous le savons. Je dois faire partie de ces femmes à qui l’on parle comme à un copain de chambré.

Autour de moi, les liaisons n’ont plus rien de cohérent, les célibataires sont fidèles, les femmes mariées ont compris qu’il valait mieux avoir un coup d’avance et on trouve presque plus facilement l’Amour sur Tinder.

Ce soir je dîne chez des recomposés, plus frais qu’un jeune couple à qui tout souri. Je me rappelle ces périodes de doutes où je l’écoutais des heures entre désespoir et certitude, chaque jour la situation basculait d’un côté puis de l’autre. Les retrouvailles, les projections, l’envie si grande d’être ensemble juste pouvoir se balader dans la rue normalement, le lendemain, les pleurs sans véritable raison, juste un mot qui fait déborder toute cette frustration. Imaginer l’autre dans ses bras à lui, l’imaginer elle, libre entourée des autres. Un long métrage dans une seule journée.

En attendant je vis ma fausse idylle sans avenir comme si le futur nous appartenait.

Dimanche Arles.

Ce qu’il y a de bien quand on ne se voit jamais c’est qu’on a très envie de baiser.

Il paraît qu’il va pleuvoir, j’espère que la piscine de l’hôtel sera au moins photogénique.

 

Plaisir coupable

28 août 2016

Instagram @regards_coupables

Écrire pour ne pas commettre l’irréparable.

L’envie d’évacuer ce trop plein d’émotions, de sensations, jamais du bien-être, toujours quelque chose d’oppressant.

Il n’y a pas un bruit autour de moi, le vacarme de la solitude d’un dimanche soir à la fin de l’été, seule dans cet appartement fait pour la vie à plusieurs. Tout est rangé, les appareils ménagers vidés, les tabourets de la cuisine alignés, mon sac à l’entrée, les clés sur le comptoir, un peu de monnaie, rien ne traîne. Je suis une vieille fille qui ne l’a jamais été. L’écran noir de la télé me fait face, j’y vois mon reflet, ce petit visage fatigué d’un week-end remplit de rires, mes vêtements dans la panière sentent le tabac, mes cheveux sont encore humides, je fume la cigarette rescapée que j’avais laissée sur la cheminée vendredi en sachant que je la trouverais vers 20h30 pour la fumer avec toi. Inhaler et t’entendre me raconter tes projets aurait été plaisant durant cette minute, je n’aime pas fumer seule.

Je t’imagine tel que tu te décris dans ton dernier message, pédalant dans les rues parisiennes pour rentrer vite avant qu’il ne fasse trop sombre. Je passe mon temps à penser à ce que tu dois faire comme pour le vivre un peu près de toi. J’ai ces pensées coupables qui extrapolent. Mon ennuie a beaucoup trop d’imagination.

Je cherche des destinations, des hôtels faits pour nos ébats et nos débats, nos retrouvailles comme d’éternelles fiançailles. Rien de concret, pas de long terme, pas d’union, l’amour du début sans fin ni fond.
Tu tournes en rond dans mon cerveau et c’est tellement bon cette sensation. Je ne sais pas comment font ceux qui ne pensent jamais à l’autre qui ne réfléchissent pas sans cesse comment le retrouver et le surprendre.
Le plaisir est tellement plus fort quand il se lit dans les yeux de l’être tant désiré.

La douleur innocente de la frustration pour quelques minutes d’un plaisir coupable.

Je vis pleinement le manque. 

Indécente pudeur

25 août 2016

Photographe Cass Bird 

Il suffit parfois d’un espace aussi large qu’un fil pour passer de la pudeur à l’impudeur, de l’érotisme à la pornographie, d’un extrême à l’autre.

Je mesure 1m68, je pèse 55kg, je chausse du 38, je suis châtain, mes yeux sont noisettes… Je suis une française mélangée ordinaire, née à Marseille parce que ma mère d’origine bretonne n’a pas voulu accoucher sur l’île où est né mon père Corse. J’ai une Soeur plus jeune et une demie-sœur colombienne. J’ai été en couple 15 ans avec le père de mes enfants, un garçon de 15 ans et une fille de bientôt 12… Ce que je viens d’écrire est pour moi plus précieux que les 700 textes que j’ai écrit ici. Je suis une femme moyenne avec un goût prononcé pour la provocation, à la fois exhibitionniste et extrêmement pudique, paradoxale comme beaucoup d’entre nous.

Je suis en admiration depuis plusieurs jours devant cette photo que je trouve à la fois très belle et dérangeante. Ce corps fin limite androgyne qui tient du bout des doigts un symbole à la fois concret et abstrait de la féminité, de l’intime. Il y a sans doute plusieurs messages, interprétations ou juste une simple provocation de l’artiste.

Il fallait que je partage avec vous cette image, j’y ai trouvé le symbol de ce que je ressens quand j’écris. Les mots me permettent de me livrer tout en gardant pour moi la vérité. Je navigue entre pudeur et impudeur, entre réalité et fiction ou l’inverse.

Seul le plaisir compte et j’espère le vôtre.

Instagram @alabama_duel

Je sors tard pour le principe, nous sommes toujours en août, il fait 26 degrés à 2h du mat.

Cette fin d’été ressemble à celle que je vivais encore adolescente. Profiter des derniers jours de liberté totale en Corse, au village, rester des heures sur la plage à chercher quoi faire pour rendre les vacances inoubliables, c’est à ce moment précis que tout peut basculer du côté de la connerie, au mieux.

Chaque année le rituel est le même, mes amis sont toujours en congés, je me nourris quand quelqu’un m’accompagne, j’en deviens pathétique à finir par dîner avec un couple d’amoureux entre un yucca et un vilain tableau mexicain qui ne pensent qu’à une seule chose, rentrer baiser en paix. Je me retrouve à chercher quelques connaissances pour accompagner mon Get perier comme une toxicomane, sa dose avant de ne surtout pas rentrer.
Je parle à tous, je n’écoute personne, je veux de la compagnie, le drame de ceux qui détestent la solitude. Je suis sur le chemin du retour, rien ne s’opposait à ma nuit mais Joséphine n’a pas osé. Elle est rentrée, ses cheveux encore plein de sel, son panier de plage sous le bras, la tête de la fille qui dort peu même pas par obligation. L’insomnie se vit seule.

Cet été est passé trop vite, tout passe trop vite sauf entre 5h et 7h quand tu dois te lever à 8, là ce vit l’éternité à regarder une moulure et sa suspension.

J’aurais mieux fait de suivre ceux qui n’ont pas encore ces soucis, ceux qui ne se couchent qu’au petit matin dans une odeur de tabac froid et la bouche encore imbibée de gin, ceux qui se réveillent au milieu de l’après-midi sans se souvenir du prénom de qui a mordu l’oreiller. 

J’ai 27 ans et j’ai presqu’envie qu’il pleuve pour être blottie contre toi sous une couette épaisse au milieu d’un Paris gris qui grouille.

L’été n’est finalement pas la saison des amoureux.

Vivement novembre.

Avant de partir 

30 juillet 2016


Instagram @riccialexandra

Je ne fais rien, j’attends que la soirée passe en faisant défiler celle des autres. Une soirée avec Jeff Miles par procuration, il fait trop chaud pour avoir envie de plus.

Les vacances commencent ce soir et avec elles ce flot de bonnes résolutions qui datent d’un temps où l’iPhone n’existait pas. Il y a ces noms et pseudos qui défilent, de vieux amis dont je ne sais que le contenu de leur assiette et leur tenue du jour, le quotidien des autres m’occupe comme on feuillette un Grazia chez le dentiste. Les sacs de voyage envahissent mon hall d’entrée, mon frigo est vide, mon diplomatico plein, en clair Je suis sur le départ et ma vie sexuelle ressemble à un désert.
Il y a bien ce message que j’ai reçu trop tard qui aurait pu changer quelque chose mais le cœur n’y est pas puisqu’il est ailleurs. Les gens comme moi n’ont pas de juste milieu ni l’apparence de leurs actes. J’ai l’air triste et désabusée, je nage dans le bonheur, je ris aux éclats et danse jusqu’au petit matin, tout va mal. Le paradoxe de la fille lambda, il y a tellement de logique dans mes contradictions. Ma normalité me fait peur, être comme tout le monde est vraiment la pire des choses.

Il ne m’aime pas, moi non plus, il y a finalement de l’espoir pour que ça dure le temps de se faire un peu de mal.

À travers l’Art

11 mai 2016


Tania Mouraud – atelier Tchikebe

Cette nuit-là devait être un décalcomanie des autres, un dîner dans le 7ème et autres banalités dans la vie d’une noctambule marseillaise lambda, rien n’est allé comme je l’avais prévu. J’ai suivi un monde que je regarde de loin, parfois je m’y perds un peu tard quand je suis quelques bonnes fréquentations. L’envie mène à tout, il nous motive à suivre l’autre là où parfois on n’a même pas l’idée d’aller. Ses petites mèches blondes virevoltent sur un rooftop tellement grand que toute la planète arty ne pourrait le remplir. Il est peut-être 23h, j’ai fait un peu moins de bises et bu beaucoup plus de bières, les œuvres se succèdent exposées du sol au plafond, le tapis de jeu est immense, personne ne joue dessus, on y marche juste pieds nus pour les plus soucieux de leur image ou de la fragilité de l’oeuvre. On se perd dans cette Belle Friche en attendant un mois de mai un peu plus chaud, la soirée se continue plus loin, alors nous suivons dans les ruelles sombres la coupe afro d’un géant pailleté sans réfléchir. Le boulevard est calme, une foule compacte apparaît soudain au 34, un essaim d’abeilles, de guêpes, de frelons, de créatures avec et sans barbe, beaucoup de jolies filles aux cheveux juste un peu moins brillants et lisses que ceux quelques arrondissements plus loin. Les sacs, les vestes sont accrochés à des piliers blancs, la foule y danse autour au rythme d’un couple survolté, cette nuit-là rien d’impossible. Noir, blanc, petit, gros, vieux, jeune, aucun regard étonné, aucun malaise, aucune agressivité, chacun est là pour une seule chose ce savoureux mélange entre l’art et la musique. Finir en cellule de dégrisement à 4h du mat n’était finalement que la cerise avariée sur une très bonne soirée.
A l’année prochaine pour un autre PAC à l’eau marseillais.


Le rythme est effréné, rien de mieux pour ne plus se poser de question, vivre les choses en balayant tout sur son passage.

Il est peut être 3h du mat « et que ne durent que les moments doux », j’ai ce refrain dans la tête et ses doigts dans ma bouche, la place Thiars est déserte, on se perd dans ces rues qui se ressemblent toutes, des restaurants vides, des chaises et des tables empilées, des rires au loin, un porche comme un refuge à notre envie, quelques minutes pour que nos mèches blondes s’emmêlent, nos fluides se mélangent, il me serre si fort qu’on pourrait croire qu’il est entrain de me faire du mal. Les rires nous passent devant sans nous voir, son corps fait rempart aux regards s’ils avaient été indiscrets. Vivre nos soirées dans un temps accéléré comme si c’était une dernière nuit, entre burrata crémeuse et shot de Hendrick’s, ne se souvenir des détails que dans la narration le lendemain, allongés l’un contre l’autre comme un vieux couple qui se remémorent une folle jeunesse. Nos frasques sont totalement puériles, prendre de petits risques pour se faire peur et courir comme deux voleurs aux mains vides.

Ce soir, c’est le manque qui écrit, je ferme les yeux pour revivre son goût dans ma bouche, ses mains qui malaxent mes seins comme un apprenti boulanger fan de Russ Meyer, écrire pour ressentir encore et encore. Il n’y a pas de fin à mon plaisir, je l’entretiens de mots vrais ou faux, vécus ou fantasmés.

Tout ici n’est que mélange, il n’y aurait pas ces dizaines de photos dans mon téléphone que j’en arriverais presque à douter. Mentir en étant crédible, un long entraînement, l’apanage de ceux qui ont été en couple longtemps. Devoir un jour repasser à nouveau les chemises d’un homme me conforte dans ma soif de liberté.

Je savoure la dernière cuillère de ce yaourt à la vanille en écoutant one ring circus un petit goût de blond endiablé dans la bouche.

 

 Je traverse la foule compacte, je cherche son regard, je l’ai perdu volontairement. J’ai ces moments d’objectivité soudaine et violente où je réalise que son visage n’est pas assez ridé. Alors je m’échappe, peut-être juste pour voir s’il me suit ou pour le plaisir d’avoir peur de le perdre.

Je suis contre la barrière j’ondule mes fesses sur Ann wants to dance, je sens un corps fin et chaud se coller contre moi, son odeur iodé remarquable envahit mes narines, j’ai envie qu’il me touche qu’il me prenne sans pudeur au milieu de tous. Je ferme les yeux, la musique nous transporte, nous sommes quelques heures plus tard, nus dans une salle de bain, mes mains s’agrippent au lavabo pour ne pas me fracasser le front contre le miroir. Retour vers le présent, il attrape mon poignet et me tire vers le fond de la salle dans un recoin plus sombre, à l’écart des regards, ses mains deviennent indiscrètes, il délasse les lacets de mon body, il fait une chaleur suffocante, son torse contre mes seins, il m’embrasse sans retenu, nous avons voyagé dans le temps, sa langue lèche mon cou, j’ai le souffle coupé et ses doigts sur la couture de mon short. Je serre les cuisses, il me reste une once de pudeur adolescente.

Les groupes, les artistes s’enchaînent nous sommes retournés danser avec nos amis, nous sourions en fredonnant, Améthys, je ne sais pas bien pourquoi je danse quand j’entends ta voix , il y a de la joie, de l’amour qui se répendent partout, nous avons envie de parler à tous, de danser, d’embrasser, notre attitude est presque suspecte, juste une montée d’adrénaline totalement inoffensive, pas besoin de substances, notre envie est fortement dosée, le shoot fait son effet plusieurs heures.

Un rayon de soleil traverse nos visages. Les oiseaux sautillent sur les toits, leurs petits bruits me réveillent, j’ouvre les yeux, il est nu près de moi, totalement insoupçonnable, inoffensif, ses mèches blondes chatouillent mon épaule. Ces heures que l’on a passées ensemble ne se remémorent que par flashs, j’ai cette sensation que nous avons fait quelque chose de mal cette nuit, presque étonnée qu’elle ne se soit pas terminée en cauchemar. 

Il est l’heure que je m’échappe avant que la réalité ne soit trop dure.

Cendrillon n’a plus 20 ans et son prince au bois dormant fait des rêves de jeunesse éternelle.

Instagram @ alabama_duel

J’ai succombé à Free.

Le hasard et ses multiples possibilités. Aujourd’hui l’inconnu devient intime, rentre dans un quotidien, comme cette nouvelle carte sim que je vais bientôt insérer. Changer d’être désiré comme on passe d’un opérateur à un autre, sans vraiment s’en apercevoir.  
J’ai croisé la route de l’archétype de tout ce que j’aime. Un soir vers 21h je marchais rue Breteuil d’un pas décidé comme à mon habitude, je ne portais pas de chapeau assez rare pour s’en souvenir, un homme me suivait, fatigué de le faire. Tous ses détails, je ne m’en souviens pas, ils n’ont aucune importance ce qui l’est, c’est que lui se souvient de la scène précisément. Ces quelques secondes, mon sourire illuminé, ma démarche, sa surprise, nos regards qui se croisent et sa casquette rouge. il me raconte, je ne l’écoute pas, je ne vois que sa bouche, je l’ai approché peut-être des dizaines de fois sans le voir, alors que tout me plait chez lui.

Cette scène, je l’ai peut-être rêvée, je n’ai pas envie de me réveiller. J’aimerais passer des heures dans ma chambre à l’écouter me raconter ce moment et son désir d’être près de moi, enlacés ces longues minutes comme des heures où le moindre effleurement fait l’effet d’un violent orgasme.

Fermer les yeux pour tout ressentir, ne rien oublier, vivre le moment comme le dernier pensant qu’il ne s’arrêtera jamais. Les heures passent et se vivent, se ressentent comme des secondes. Se raconter cet instant de risque et de plaisir, l’imaginer, le rêver et créer de toutes pièces un fantasme, un homme sans âge, sans passé, un entracte impalpable. ce sentiment que rien n’est réel que tout se joue dans l’instant. Ce weekend intense, fatigant, ponctué de rires, de musiques, entourée d’amis sans se préoccuper du reste.
Et puis la possibilité d’une nuit.
Il est 7h, je suis seule.

Je bois un café accompagné de l’envie d’une dernière cigarette en regardant ce petit morceau de pizza, seul rescapé.

Il est 8h, je longe le bord de mer, comme pour provoquer le destin je passe par un nouveau chemin. L’été approche, l’envie d’être jambes nues et d’embrasser l’inconnu. Un éternel recommencement.

  Les Goudes 

Je n’ai jamais été une abeille bien disciplinée.

Un mardi comme les autres un nouveau pari. Deux guêpes et un bourdon sont en virée, ils butinent de bar en bar et se retrouvent à la Ruche avec de mauvais Don Draper en costume bleu canard.

Ici pas de vestes LeMaire, juste du synthétique Zara, à faire cramer tout le quartier.

Les barbus sont taillés de trop près, ça sent l’axe Ange ou démon et le service quasi-militaire.

Moi je suis une Marseillaise et quand je montais dans les escaliers des bouges de l’Opéra aux Goudes, petit « esque » ! Tu n’étais pas né.

Alors tu sais quoi dans ton bar de faux étudiants qui sentent le rance, je n’irais plus jamais.

Adieu diplomatico, vive les guêpes libres !

Marseille, Soleils Noirs

2 février 2016

 

 
 Artiste Peintre Benjamin Chasselon 



Je prends le métro depuis quelques jours, une habitude que je n’avais plus depuis la fac.

Ce matin, je reçois mes alertes comme d’habitude, quelques morts assez loin pour ne pas vraiment sourciller, une mère de famille infanticide et suicidaire déjà je commence à blémir, un ado poignardé, un incendie, la matinée commence mal dans ce putain de monde. Les drames sont ici mais aussi ailleurs.

Je sors la tête de mon téléphone, et je regarde les gens autour de moi, beaucoup de jeunes, il est 7h45 c’est un trajet populaire, je pense aux peintures de Benjamin Chasselon, ce mélange, cette mixité, cette fureur de vivre. De longues chevelures, des yeux noirs parfois verts translucides sur une peau légèrement hâlée, des corps fins et musclés que l’on devine sous leurs jeans moulants, ils sont pour la plupart remarquable, 20 ans et la beauté du diable comme on dit ici, ils rient, se chamaillent. Un peu plus loin, d’autres un peu plus âgés, plus clairs de peau écouteurs sur les oreilles, les sacs à dos Chabrand, Eastpak collés aux Vanessa Bruno et quelques Dreyfuss. C’est ma ville, c’est notre jeunesse, flamboyante de bon matin, mélangée, métissée, vive et enjouée. Je me sens bien, ni en danger, ni en sécurité, je suis habituée à la ville au milieu de la nuit de l’Opéra aux rooftops, que ce soit rue paradis ou dans une cité, je sais que ça peut déraper, je connais ses qualités et ses faiblesses, alors quand je regarde la première page de Libé, je souris, je ne suis pas surprise. Notre ville a un cancer et son seul espoir c’est ce sang frais, les enfants de nos 111 quartiers de Belsunce, Montredon … Périer à Mourepiane.

Il y a de l’espoir dans notre jeunesse, comme un bébé qui n’est pas né au bon endroit où avec un handicap, elle est forte, elle compense, elle surmonte. Ce mélange doit nous hisser vers le haut.
C’est notre jeunesse solaire.

Nos soleils noirs.

L’ennuie 

2 novembre 2015

La journée est longue, je croise et décroise mes jambes en attendant qu’elle passe, on me demande ce que j’ai, je réponds que tout va bien que le week-end c’était super que je suis juste un peu fatiguée que j’ai perdu le rythme qu’il ne faut pas s’inquiéter. C’est toujours rassurant quand les autres se font du souci, c’est ennuyant aussi. Je rentre tôt, je ne parle presque plus, je reste de longues heures toute seule dans ma chambre, face au miroir, à m’enduire de crème, à changer la couleur de mon vernis, je pourrais faire ça tout le temps, vivre qu’avec moi, mon reflet, mes frustrations, mes névroses. Je libère mes envies, elles passent par les ondes et leur impact n’est qu’un discret afflux de sang qui réveillera une queue au désir endormi, le moment fort de la journée. Je me sens vivante entre ces 4 murs et cette présence derrière moi qui n’existe pas. J’ai ce manque, la cigarette comme alibi et le reste dont j’ai honte. Cette chose étrange qui me ronge chaque jour. Cette chose qui accélère mon pouls qui entraîne des réactions que les autres ne comprennent pas. Je suis d’une humeur rouge sang, je ne permets rien à ceux que j’aime que je m’autorise impunément chaque jour.

Sur ce, je file, ce soir je reviens à mes bonnes vieilles habitudes de vie mondaine et populaire à la fois.

Jeanne sans Jules ni Jim

1 novembre 2015

 Jules et Jim 1962

Un week-end interminable.

Il a commencé mercredi comme un vendredi, mon jeudi fut un samedi et le vendredi un dimanche. Alors La nuit dernière pour me finir en beauté j’ai abusé de mon corps que je devrais ménager selon la science. Je n’écoute plus personne, je brûle le peu d’énergie qu’il me reste. Je suis entre la vie et la mort, comme Jeanne entre Jules et Jim. Je fais l’amour avec l’un en pensant à l’autre. Je joue à me faire peur, mes nuits sont interminables, sans sommeil, agitée et rythmée jusqu’à l’épuisement. Jules est si beau, éblouissant de jeunesse, comme ses cheveux dorés au milieu de cette faune grouillante. Jim l’est tout autant, attirant comme une force occulte, son regard noir envoûtant au milieu des lumières aveuglantes.

Je déambule, ivre de musique et de liberté, ma main s’accroche à l’un quand l’autre m’attrape par la nuque. Jules mord mes lèvres, Jim me cherche. Jim serre ma taille, Jules vibre dans ma poche.

Les premiers sons de My name is barbarella rentrent, j’ai 18 ans, je suis à l’Omen, Sven Väth commence son set, la foule est compacte, j’essaie de ne pas perdre Jim, Jules nous attend sous cette énorme boule, notre seul phare dans cette océan de corps effrayants.

Il est 5h, Jules m’agrippe. Jim poursuit sa nuit sans nous.

Il est 11h, au milieu d’un Paradis nos mèches blondes s’emmêlent, nos corps translucides s’enlacent, un rayon de soleil les transperce.

Jules retourne à sa vie de jeune vampire. Jim prend de mes nouvelles.

Un dimanche soir comme un mardi. Il est 21h, Jeanne est bien seule devant son thé Yogi.

It’s time to smoke

20 septembre 2015

 Masque @ninnapouladaki 

J’écoute The Shoes en boucle, je danse dans mon salon jusqu’à l’épuisement.

Deux jours sans cigarette, ce dimanche soir aurait pu être un calvaire. Mais finalement non je sais que je vais faire l’amour dans quelques minutes. La nouveauté n’a pas d’adversaire à la hauteur, n’a pas de rivale, elle est la plus forte des addictions.

Deux jours que je pense à son corps, ses mains, sa peau, le manque est si fort que les litres d’eau, les brossages de dents, les chewing-gums et autres pastilles ne sont là que pour patienter de le revoir Lui.

Je crois au hasard des rencontres, il ne devait pas sortir ce soir là, je devais partir quand il est arrivé, au premier regard je savais qu’il fallait que je reste.

Mon désir ne supporte pas le vide, j’ai besoin de sentir que je suis appréciée à ma juste valeur comme mes attentions, mon sourire, ma bienveillance. Même si ce n’est que quelques heures.

Je suis un animal dont il faut s’occuper, je n’insiste pas si l’on me toise, je m’échappe.

La chasse est ouverte

13 septembre 2015

 Photographe @lesmarseillaises

Il est 20h30, il y a du vin bio, des cocktails orange fluo et quelques verres de bières autour d’une assiette de jambon cru sur la petite table ronde vert amande. Le large trottoir qui fait office de terrasse est plein, plus une seule chaise de libre. Un lieu à la valeur estimable au nombre de bises que j’y fais. Beaucoup trop.

La majorité des hommes portent un début de barbe et des baskets, leur pendant féminin un short en jeans, une veste de treillis et des chaussures plates. Au milieu de ce stéréotype de clientèle adepte de yoga et de sport de glisse, on croise parfois quelques exceptions. De rares talons trop hauts ou des encostumés, ceux la sont peut-être moins bien nés alors leurs femmes sont plus voyantes assorties à leurs grosses voitures.

Il y a le sourire perpétuel de ce blond barbe rousse à ma droite parfaitement entouré, il y a ces trois bruns à ma gauche et ce groupe d’étudiantes en face ou tout du moins elles en ont encore l’apparence. Il y a la jupe en cuir pas assez courte de la nouvelle serveuse. Il y a le désespoir de ceux qui ont dépassé la date de péremption comme moi en mode observation.

Il est 22h, il est l’heure de rentrer. Le compteur est relevé.

J’ai toujours très mal. Une longue semaine avec un nez cassé est passée.

Demain je saurai.

SAVAGE

31 août 2015

  Les jardins Sauvages

Je ne me coiffe plus, je viens de rentrer chez moi, j’ai dormi 4h en 48h. Voilà le résumé d’un week-end que je n’ai pas vu passer.

Nous sommes lundi, il est 20h, je suis seule, tout a coup un grand silence, les vrais, faux, nouveaux, futurs amis ne sont pas ou plus là. j’ai envie que quelqu’un soit  près de moi, il faut bien des défauts à cette liberté tant voulue. Tout ça est très fragile, et en quelques secondes on peut basculer du Paradis à l’Enfer. Les choses auraient pu mal tourner chacun des soirs, je vis dangereusement la plus belle des insouciances, celle de n’avoir aucune contrainte et le cerveau d’une fille qui sort en baskets assorties à un short trop court. Je me cherche. Et toi tu t’y perds.

je ne sais plus où j’étais et ça a commencé trop tôt dans la semaine, boire un spritz avec des suédoises en écoutant Mr Oizo, ou une skøll avec des italiens dans la fosse d’un Silo arrosée de bulles, sautiller sur un toit plein de boules à facettes et prolonger dans une exposition où tu admires des oeuvres moins chères qu’un sac hors de prix, danser nue dans le désert pour un Chamane, partir en Belgique sur un bateau entourée d’indiens et de médecins, finir dans un appart à la vue et aux jeunes hommes imprenables, j’en passe et des pires. Je me garde le meilleur pour moi.
Ce week-end fût fou, le raconter n’a finalement aucun intérêt, il valait mieux le vivre.

J’ai besoin de dormir un peu, demain ce sera encore plus mouvementé, c’est la rentrée.

Les vacances sont bien finies et la sieste de 17 à 18h aussi.

Jeunesse éternelle 

24 août 2015

 

Malmousque – Instagram alabama_duel

Le monde et la tête à l’envers. Je suis Benjamin Button.

Il est 8h30, la réunion va bientôt commencer. J’écoute les conversations, des week-ends à l’opposé des miens, ceux que je vivais avant. Cette période me semble si lointaine comme si j’avais été une femme il y a 20 ans et qu’aujourd’hui je vivais la vie d’une adolescente.

Je prends parfois la Corniche le matin. Je passe devant le Sunset, la rentrée scolaire est pour bientôt, la terrasse sera pleine de lycéens, les garçons n’ont pas de barbe mais arborent fièrement leurs PO 714, des Steeve MacQueen à peine majeurs déjà sûrs d’eux. Les filles sont discrètes, grandes et fines, souvent en ballerines, rien d’ostentatoire. La bourgeoisie dans le sud est teintée de St Germain. Quand on se rapproche, sous leurs chemises ou robes à peine froissées, on peut voir quelques tatouages ou à leurs doigts de grosses bagues. Quelques détails rebels juste là, pour faire angoisser leurs parents qu’ils ne voient jamais.

Je pense à cette période où je croisais souvent Antoine qui jouait tous les jours aux cartes avec ses amis peu soucieux de leurs emplois du temps d’étudiants. Je déposais mes enfants à l’école privée juste à côté, chaque matin pendant quelques mois, je m’asseyais à la table juste derrière, un thé fruits rouges et quelques pages de la Provence plus tard, je partais travailler. A chaque fois, je sentais son regard se posait sur moi, ni insistant ni malsain, juste curieux et parfois accompagné d’un sourire angélique.

Un vendredi matin, je n’avais pas mon sac en cuir mais un grand cabas en tissus avec mes affaires de plage. Je descends à pied vers l’accès à la mer, j’étais seule, je venais de partir du bar. Je sens une présence derrière moi, c’était Antoine et ses amis. J’installe ma serviette sur le rocher, Malmousque est désert. Ils chahutent et plongent. Je fais semblant de lire.

Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’aller nager si loin, je ne sais pas ce qu’il m’a pris de le laisser s’approcher si près, je ne sais pas ce qu’il m’a pris quand il a plaqué son torse contre mon dos et défait les noeuds de mon maillot.

Je ne sais pas.

« Notre vie est définie par des opportunités… Même celles qu’on manque. » 

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