Avant qu’il ne se sauve

16 juillet 2017


J’observe ce couple à côté de moi dans le train. La belle soixantaine, ils se parlent doucement comme deux adolescents, élégants encore très beaux, parfaitement assortis comme ces amoureux devenus quasi frère et soeur.

Cela va faire plus de 8 mois que chaque week-end qui passe j’ai cette angoisse que l’on a quand tout se passe parfaitement et qu’on sait que le pire peut ressurgir. Monter les étages, les paliers d’une liaison, pas trop vite pour ne pas s’essouffler mais intensément par crainte de chuter. Il vient de m’embrasser sur le quai, je le retrouve dans 5 jours, je ne peux m’empêcher d’être triste comme si la séparation allait être très longue. L’angoisse stupide des gens qui ont tout, un vieux relent enfoui, ce traumatisme que certains ont vécu enfant. Un lieu, une effluve, une discussion, un visage… Ces détails qui font ressurgir brutalement les démons du passé.

Je me souviens de ces week-ends où mes parents venaient nous voir discrètement, notre mère arrivait un jour avant, notre père à l’improviste jamais annoncé, une fois barbu, l’autre avec des lunettes de vue. Il y avait toujours ces quelques secondes où j’avais un doute, c’est qui ? Puis il nous souriait et nos doutes s’envolaient. La veille de leur départ, je parfumais de Shalimar mon peluche. Et déjà la porte rouge foncée de l’ascenseur se refermait. Je ne pleurais pas.

Ce soir, je ressens cette angoisse muette en regardant le paysage défilé.

Je déteste les départs.

La petite robe rouge 

8 novembre 2016

Je portais une robe rouge ce jour là, sans elle peut-être que tu ne m’aurais jamais remarquée.

Sa couleur, symbole de cette liaison passionnelle. Du désir, cette robe est devenue la représentation du dégoût. Celui que l’on ressent une fois qu’il n’y a plus d’amour.
Cette sensation étrange d’être critiquée pour les mêmes raisons pour lesquelles on a été aimée.

Ton mec qui bavait sur ton décolleté en t’attendant des heures en bas de chez ta mère qui trouve tes retards intolérables quand on s’habille si peu.

Ton amie qui était hilare en t’écoutant raconter tes dernières frasques sexuelles qui est offusquée parce que tu es rentrée à 11h du mat.

Tes enfants qui ne te laissaient pas respirer qui prennent la maison pour un hôtel.

Il y a ce sourire bienveillant qui accompagne parfois la critique et ce regard fuyant des gens qui disent des gentillesses. Entre les deux, mon coeur ne balance pas, à choisir je préfère une vérité qui fâche que l’hypocrisie. Il n’y a pas de demi-mesure, par ici, pas de vaseline, ça fera mal. Il paraît qu’il y en a qui aime ça.

Chacun ses goûts, alors évitons de baver sur ceux des autres. La journée est longue quand on se pose trop de questions, encore la preuve qu’on ne change pas avec l’expérience. On encaisse juste un peu mieux,

les coups bas.

COSA MIA

6 septembre 2013

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http://feaverishphotography.com/

Il y a ces moments posés, seule à penser à des choses dégueulasses sous des airs insoupçonnables. Combien vivent dans leur bulle, combien de jeunes filles, de jeunes femmes, de mamans irréprochables, lisses, souriantes vivent ici avec cette petite pensée en écoutant la radio annonçant chaque jour un nouveau mort. Il y a longtemps, cette crainte d’entendre le nom, son nom était constante. Aujourd’hui, je compatis mais mes peurs sont ailleurs.
Je suis tourmentée depuis quelques semaines, il y a des relents d’un passé compliqué.

Je me demande encore comment a fait ma mère pour supporter l’attente.

Et puis un matin de février 96, j’ai compris que ça serait bien pire pour elle maintenant qu’elle ne l’attendrait plus jamais.

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