L’homme pansement 

30 octobre 2016

Vers 5h du matin, il ne reste plus que quelques trentenaires au comptoir qui vont rentrer sur la pointe des pieds, des filles avec les yeux dans le vide. Mes amis sont assis sur un canapé au fond du club, la lumière rouge leur donne presque bonne mine. J’ai du mal à me faufiler à travers la masse grouillante des danseurs. Mon Perier a fini sur mes collants, j’ai envie de rentrer, j’ai juste assez de lucidité pour commander un uber, je vais repartir seule. Je n’ai pas réussi à boire assez pour me laisser aller à la facilité, à mettre ma langue dans une bouche trop jeune mais juste assez inexpérimentée pour être excitante . Un seul mot à dire pourtant, un oui pour finir avec ce beau brun.

Il y a le désir qui se nourrit d’échanges et de promesses, il y a l’excitation de la rencontre, un poignet que l’on attrape, un corps que l’on serre cheveux au vent, le danger était de le suivre. Improvisons. Tout cela finit souvent de la même façon, par une décharge de pulsions, et tant pis s’il faut vite oublier pour ne pas trop culpabiliser. 

Se prouver que l’on plait toujours même si c’est à un autre, que tout est possible. C’est souvent le seul rémède.

J’ai mis un beau pansement sur ma plaie. Je suis presque guérie. Ça c’était vendredi.

Samedi, j’ai dansé avec mon ennemi évidemment il est blond.


Le rythme est effréné, rien de mieux pour ne plus se poser de question, vivre les choses en balayant tout sur son passage.

Il est peut être 3h du mat « et que ne durent que les moments doux », j’ai ce refrain dans la tête et ses doigts dans ma bouche, la place Thiars est déserte, on se perd dans ces rues qui se ressemblent toutes, des restaurants vides, des chaises et des tables empilées, des rires au loin, un porche comme un refuge à notre envie, quelques minutes pour que nos mèches blondes s’emmêlent, nos fluides se mélangent, il me serre si fort qu’on pourrait croire qu’il est entrain de me faire du mal. Les rires nous passent devant sans nous voir, son corps fait rempart aux regards s’ils avaient été indiscrets. Vivre nos soirées dans un temps accéléré comme si c’était une dernière nuit, entre burrata crémeuse et shot de Hendrick’s, ne se souvenir des détails que dans la narration le lendemain, allongés l’un contre l’autre comme un vieux couple qui se remémorent une folle jeunesse. Nos frasques sont totalement puériles, prendre de petits risques pour se faire peur et courir comme deux voleurs aux mains vides.

Ce soir, c’est le manque qui écrit, je ferme les yeux pour revivre son goût dans ma bouche, ses mains qui malaxent mes seins comme un apprenti boulanger fan de Russ Meyer, écrire pour ressentir encore et encore. Il n’y a pas de fin à mon plaisir, je l’entretiens de mots vrais ou faux, vécus ou fantasmés.

Tout ici n’est que mélange, il n’y aurait pas ces dizaines de photos dans mon téléphone que j’en arriverais presque à douter. Mentir en étant crédible, un long entraînement, l’apanage de ceux qui ont été en couple longtemps. Devoir un jour repasser à nouveau les chemises d’un homme me conforte dans ma soif de liberté.

Je savoure la dernière cuillère de ce yaourt à la vanille en écoutant one ring circus un petit goût de blond endiablé dans la bouche.

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