Avant qu’il ne se sauve

16 juillet 2017


J’observe ce couple à côté de moi dans le train. La belle soixantaine, ils se parlent doucement comme deux adolescents, élégants encore très beaux, parfaitement assortis comme ces amoureux devenus quasi frère et soeur.

Cela va faire plus de 8 mois que chaque week-end qui passe j’ai cette angoisse que l’on a quand tout se passe parfaitement et qu’on sait que le pire peut ressurgir. Monter les étages, les paliers d’une liaison, pas trop vite pour ne pas s’essouffler mais intensément par crainte de chuter. Il vient de m’embrasser sur le quai, je le retrouve dans 5 jours, je ne peux m’empêcher d’être triste comme si la séparation allait être très longue. L’angoisse stupide des gens qui ont tout, un vieux relent enfoui, ce traumatisme que certains ont vécu enfant. Un lieu, une effluve, une discussion, un visage… Ces détails qui font ressurgir brutalement les démons du passé.

Je me souviens de ces week-ends où mes parents venaient nous voir discrètement, notre mère arrivait un jour avant, notre père à l’improviste jamais annoncé, une fois barbu, l’autre avec des lunettes de vue. Il y avait toujours ces quelques secondes où j’avais un doute, c’est qui ? Puis il nous souriait et nos doutes s’envolaient. La veille de leur départ, je parfumais de Shalimar mon peluche. Et déjà la porte rouge foncée de l’ascenseur se refermait. Je ne pleurais pas.

Ce soir, je ressens cette angoisse muette en regardant le paysage défilé.

Je déteste les départs.

Amours Rouges 

28 juin 2017

Instagram @alabama_duel
Deux nuits sans dormir, des kilomètres parcourus entre trois immenses dômes de son, passer d’une salle à l’autre à la recherche du Graal ecrit en capitale. Du sang dégouline sur les murs, la foule compacte et ce petit groupe au centre sous des pics lumineux comme une hutte. Je te cherche du regard, je ne te connais pas encore, on s’est peut être croisé plusieurs fois sans se voir. J’ai senti une odeur familière, un mélange mûre et musc, j’ai vu des boucles brunes s’agiter au rythme de Dance or Die, la foule t’a englouti. Je n’ai plus aucune notion de l’heure, du jour, la musique rebondie partout, transperce nos corps, hé Baby’on fire !? Die Antwoord électrise la jeunesse bronzée de ce début d’été, tout est moins suranné mais beaucoup plus gai. Le futur est là, les trois vaisseaux encerclent des milliers de marseillais, un tourbillon infernal les entraîne du connu à l’inconnu, des premiers aux petites dernières, de la FF aux Nova Twins. L’agitation autour et je te retrouve enfin, derrière ce M rouge, on se réfugie, en fond sonore les histoires de fureur et d’amour de Who Made Who. Nos cœurs battent fort, danser, courir, s’embrasser, s’aimer… Ma tête sur ton épaule, je cherche du réconfort. Je veux mourir dans tes bras under the cherry moon…
« Love is an explosion,
L’amour est une explosion,
Love is the fire of the world
L’amour est le feu du monde »
Inside World sera notre hymme…
Mars je t’aime.

Amore 

23 juin 2017


Culotte HenrietteH

Il y a 500 mètres sous nos cœurs, nous marchons sur un fil, à chaque pas nous pourrions nous écraser au sol.
Notre état vacille entre ivresse de l’altitude et peur de la chute, nous savourons les minutes passées dans cet état euphorisant des débuts, dans quelques heures il sera là. Il faudrait ne jamais redescendre, vivre éternellement dans cette incertitude presque rassurante, immortelle. Tant que nous savons que nous pouvons tomber, nous sommes toujours vivants, amoureux, heureux. Il est étrange cet amour, j’ai cette impression qu’il est unique, pourtant nourrit de tous les autres, de toutes nos erreurs, nos bonheurs, il est plein de larmes et de stupre, de beau et de laid. Il est fort au cœur tendre, c’est un amour expérimenté, deux cœurs qui battent sur la même mesure, qui veulent se faire du bien et se mordent en jouissant si fort.
Je l’aime cet Amour.

Rêve général…

17 juin 2017

http://hotelparadisparis.com/fr/

Jeudi 9h, demain je le rejoins, 772 kilomètres, 3h30, une seule seconde et je serai contre ce corps tant de fois imaginé. À quelques heures de la déception dans 80% des cas, c’est pas moi qui le dit c’est une étude INED pour le Monde. L’idée est là, elle se promène dans ma tête. En attendant j’essaie de ne pas trop y penser pour que le temps passe plus vite. Au pire on passera un banal bon moment…

Il est déjà 17 h, le tgv démarre dans quelques minutes, des amoureux s’embrassent sur le quai, des enfants tirent la langue derrière les vitres et je n’ose pas regarder le visage de l’homme qui vient de s’asseoir en face de moi. Je bois une gorgée d’eau pour me donner une contenance. Cela fait un mois que je ne fume plus, je pense aux plaisirs minuscules de Delerm. Je me demande si sa peau est douce, le reste je le sais, même si on ne reçoit jamais assez de MMS…

Il y a 3 semaines, une nuit j’avais repéré son profil sur instagram, comme on se retourne brutalement dans la rue en croisant une silhouette remarquable. Grand, mince, une gueule d’acteur, un regard caché derrière de belles lunettes, des amis en commun, des photos de bon goût, quelques selfies subtils, j’étais déjà intriguée et l’envie d’en savoir plus a eu raison de ma réserve sociale féminine habituelle. 7h du mat j’envoie une demande d’abonnement qui donne accès à la messagerie privée « On n’était pas en fac ensemble ? » « Il paraît que oui d’après une amie mais je ne me souviens pas de toi… » la conversation pouvait commencer pour le plaisir de la découverte. L’espoir des prémices, cette phase intense ou l’on peut passer une journée entière à se dire des banalités et laisser tout tomber autour, oublier de bosser, de déjeuner… Il n’existait pas au quotidien mais je ne voyais que lui. Mes journées étaient rythmées de mots, de photos, pas le temps de souffler, je savais trop l’éphémère de la situation, il savait trop la rareté de ces moments. Quand deux inconnus ressentent l’évidence.

Le TGV rentre en gare et j’ai un trac de bachelière, je sais que ce soir je vais le croiser à cette soirée où tout le monde veut être invité. Elle est déguisée alors nous sommes désinhibés avant les hostilités alcoolisées. Nos bouches n’ont pas attendu d’entendre le son de nos voix qu’on s’était réservé pour cette première fois. Le baiser fût long, je n’ai plus aucun souvenir de cette soirée, du trajet. Téléportés dans ce hall d’hôtel, les tapisseries se succèdent, différentes à chaque étage, des oiseaux, son tee shirt au sol, des nuages, ma jupe remontée sur mes hanches, des fleurs, son torse nu contre mes seins. Sans vêtements ni pudeur, la porte de la chambre 601 se referme derrière nous… Bienvenue au Paradis des amoureux d’une nuit ou d’une vie.

L’éphémère dure maintenant depuis plusieurs mois… Ce fût un plan Kulte plein d’avenir.

photographe http://instagram.com/edouardpaturel

Peu importe le degrés d’attention de l’autre, si on ne l’aime pas il y en aura toujours trop et si on l’aime il n’y en aura jamais assez.

L’amour est sans fond ni limite, il reproche, étouffe, s’épuise seul.

Tu ne me regardes plus, je voudrais être éternellement celle pour qui tu te retournes, celle qui illumine ton regard, celle qui te fait bafouer et rougir.

J’ai été cette femme qui attend 5 heures pour le voir 5 minutes, j’ai été son ennemie aussi qui l’a au quotidien qui ne rêve que d’être celle qu’on cache. J’ai été la femme, j’ai été la maîtresse, j’ai été l’infidèle. La richesse des sentiments des plus bas aux plus précieux.

Tout me paraît si fade aujourd’hui comparé à ces amours impossibles, interdits, dangereux. La banalité ne me sied. Alors je cherche la faille, la vivacité d’un élan amoureux. En retour je n’ai que retenue, mesure… et même silence.

Mon Amour même fort a horreur du vide.

La solitude des gens trop entourés.

Il est 18:08 nous sommes le 1er janvier, j’ai passé ces derniers jours à manger, boire et rire. Je me retrouve seule, plus personne ne partage ces moments de solitude avec moi la plupart du temps. Le faux célibat a beaucoup d’avantages mais quelques inconvénients, on ne peut rien promettre ni projeter avec l’autre, rien n’est prévisible, rien n’est acquis, tout se joue dans l’instant.

Je ne sais plus ce que je veux vraiment, je serais mariée, en couple je voudrais sans doute ce que j’ai maintenant. L’alternative existe-t-elle ? Se contenter de ce qu’on a, envoyer un message sans attendre de réponse, juste ce plaisir égoïste de penser à quelqu’un, de combler ce vide qui est en nous… Toi, Moi, Tous, sans exception, avoir toujours envie d’une autre nuance, celle qu’on a déjà vécue ou celle que l’on fantasme.

J’ai un plaisir simple dans ma tête mais mille mauvaises pensées se battent ces soirs où je doute de tout.

Partir quelques jours, une ville, une île, un village, peu m’importe, juste des visages inconnus autour.

« Il a fallu que je connaisse 

Ce que la vie a de meilleur, 

Quand deux corps jouent de leur bonheur 

Et sans fin s’unissent et renaissent. »

La possibilité d’une île M. Houellebecq

La petite robe rouge 

8 novembre 2016

Je portais une robe rouge ce jour là, sans elle peut-être que tu ne m’aurais jamais remarquée.

Sa couleur, symbole de cette liaison passionnelle. Du désir, cette robe est devenue la représentation du dégoût. Celui que l’on ressent une fois qu’il n’y a plus d’amour.
Cette sensation étrange d’être critiquée pour les mêmes raisons pour lesquelles on a été aimée.

Ton mec qui bavait sur ton décolleté en t’attendant des heures en bas de chez ta mère qui trouve tes retards intolérables quand on s’habille si peu.

Ton amie qui était hilare en t’écoutant raconter tes dernières frasques sexuelles qui est offusquée parce que tu es rentrée à 11h du mat.

Tes enfants qui ne te laissaient pas respirer qui prennent la maison pour un hôtel.

Il y a ce sourire bienveillant qui accompagne parfois la critique et ce regard fuyant des gens qui disent des gentillesses. Entre les deux, mon coeur ne balance pas, à choisir je préfère une vérité qui fâche que l’hypocrisie. Il n’y a pas de demi-mesure, par ici, pas de vaseline, ça fera mal. Il paraît qu’il y en a qui aime ça.

Chacun ses goûts, alors évitons de baver sur ceux des autres. La journée est longue quand on se pose trop de questions, encore la preuve qu’on ne change pas avec l’expérience. On encaisse juste un peu mieux,

les coups bas.

Baudelaire’s pillow

1 novembre 2016


« Ce matin, l’oreiller de Baudelaire longe à même le sol, il est raide et poisseux. Un mégot surconsommé pèse encore au bout de mes lèvres, j’ai le geste lent et la pensée en cendre. Cette semaine a duré une saison. Jusqu’à présent, j’étais parvenu à faire abstraction. Sa voix suave décrit l’épaisse fumée de la solitude qui nous enveloppe. J’évite de peu l’asphyxie. Inconcevable d’ignorer que sa folie s’est trouvée être ma seule réalité. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Mon esprit devient une toile sur laquelle un Miró fiévreux vient dépeindre la constellation de nos souvenirs. Son absence à invoqué des démons jaloux et inquiets. Ils incendient notre chef d’oeuvre qui laisse place à une solitude menaçante mais sublime. Car lorsque mes désirs s’évadent, un sentiment apaisé s’empare de moi. À l’heure qu’il est, je ne sais pour quelle raison, j’ose encore espérer, qu’un jour ses baisers me délesteront du noir de mes rêves. » K.

crossfitepsilon.com

17h.

Il y a cette ambiance pleine de testostérone quand on rentre, les mûrs sont blancs partout des barres, des poids, des anneaux, des liens, passée la première appréhension de la fille qui ne se sent pas à sa place, il y a finalement bien plus de muscles que de douces effluves ici, la féminité n’est qu’une option, pour 9€ j’ai presque des couilles pendant une heure.

Il y a très peu de charge sur ma barre alors au début je me surprends à mater en biais ces corps athlétiques, ces épaules parfaites et même le cul de la prof mais à la fin de l’échauffement déjà, j’étais aveugle et sourde, il ne restait de moi qu’un cœur qui battait trop fort, plus rien n’avait plus d’importance que reprendre mon souffle. Le superbe brun à ma droite était devenu transparent, je n’entendais que des hurlements et des barres retombées sur le sol.

Pourtant au début je n’avais qu’une envie, communiquer en cherchant du regard le moindre sourire, m’intégrer, prête à rire de leur trait d’humour, cette complicité sportive virile caractéristique ponctuant chaque nouvel exercice. Ces mecs sont encore plein de vie et je suis sans doute déjà morte au 5ème box jump.

Je finis ou plutôt je bâcle la fin de la séance, le visage écarlate, je ne ressemble plus à grand chose avec l’espoir de me rattraper sur la plage dans 9 mois. En attendant je sais que demain j’aurai du mal à marcher, je me demande dans quel état va être la fille qui était en face de moi, elle a vraiment bossé elle.

18h30, Je suis hors de tout, réel, virtuel, je pense plus à rien, enfin.

Il est temps de retrouver le sourire, le reste devrait revenir avec.

10:34

13 octobre 2016

Instagram @jasonleeparry

Je ne sais pas trop par quoi commencer, il y a beaucoup à dire sur ces derniers jours. Mes mondes parallèles vont trop vite, la réalité, la famille, les amis, le travail d’un côté, la virtualité, les échanges, les rencontres, la curiosité de l’autre. Et au milieu, il y avait un lien, une complicité, un désir, un plaisir. Il n’y a plus rien depuis quelques jours.

Quand il n’y a pas de couple, il n’y a pas de rupture.

Il y a ce silence, léger au début puis au fil des jours de plus en plus lourd presque bruyant. Je me sens vide, j’ai envie d’en parler mais je n’arrive pas à expliquer, j’ai envie de pleurer mais les larmes noient mon cerveau. Je me sentais lasse de cette distance, après l’âge, les kilomètres n’ont pas arrangé les choses.

À croire que la flamme s’est éteinte d’un simple claquement de porte, d’un revers de la main. Une fausse liberté, un faux couple immergé par une simple goutte d’eau.

J’ai envie de m’approcher du bord à nouveau, ressentir ce souffle, l’ivresse, le vertige. Plonger.

Rose anthracite

9 octobre 2016

Tout allait plutôt trés bien, c’était quelques minutes avant le faux drame, la dispute à 100 mètres du Paradis, comme une fracture de fatigue mais c’est mon cœur s’est fissuré.

Il y a eu la joie de se revoir, l’ivresse, Paris la nuit, les pas rapides, ce petit air vif assorti aux mots, la fuite, Pigalle toute seule, la peur, les retrouvailles, l’apaisement, les rires, la complicité, le sexe entre Zola et Cezanne, les projets et beaucoup de uber, tous ces moments parfaitement dosés qui font que malgré toutes nos différences, 7 mois plus tard, on continue à ne pas y croire, à savoir qu’il n’y a aucun avenir, juste des amoureux de l’éphémère qui se sont trouvés.

Le soleil illuminait son visage dans cette brasserie en face de la gare, je l’écoutais m’expliquer tout ce que je sais déjà. Il me dit sa crainte, de lui de moi, de ce Nous qui n’existe pas. Il me décrit ce qu’il ressent sans savoir que c’est de moi qu’il parle, je suis lui, je suis comme lui, personne ne pourra l’aimer et le comprendre mieux que moi. Ce qu’il aime, ce qu’il craint, je le vis aussi. Je le quitte sur un coup de tête, il me quitte sur une parole malheureuse, nous nous retrouvons sur des malentendus.

Il est tard, le tgv va rentrer en gare, j’ai ce goût de sauce aigre-douce à la bouche d’un week-end passé trop vite. J’ai cette sensation que c’était notre dernière fois comme depuis le début.

Ce soir je suis lasse de ces éternelles fins.

Eaux troubles 

16 septembre 2016

Instagram @paris_obsessions

Je le croise souvent le soir assez tard.

Il a ce sourire en coin des hommes qui sont habitués à être l’objet de toutes les attentions pas que féminines.

Il est peut être 22h il plante son regard noir dans le mien et avec un ton anodin balance un « j’ai envie baiser sans avoir envie d’attendre ! ».

Cette exclamation ne me concerne pas, nous le savons. Je dois faire partie de ces femmes à qui l’on parle comme à un copain de chambré.

Autour de moi, les liaisons n’ont plus rien de cohérent, les célibataires sont fidèles, les femmes mariées ont compris qu’il valait mieux avoir un coup d’avance et on trouve presque plus facilement l’Amour sur Tinder.

Ce soir je dîne chez des recomposés, plus frais qu’un jeune couple à qui tout souri. Je me rappelle ces périodes de doutes où je l’écoutais des heures entre désespoir et certitude, chaque jour la situation basculait d’un côté puis de l’autre. Les retrouvailles, les projections, l’envie si grande d’être ensemble juste pouvoir se balader dans la rue normalement, le lendemain, les pleurs sans véritable raison, juste un mot qui fait déborder toute cette frustration. Imaginer l’autre dans ses bras à lui, l’imaginer elle, libre entourée des autres. Un long métrage dans une seule journée.

En attendant je vis ma fausse idylle sans avenir comme si le futur nous appartenait.

Dimanche Arles.

Ce qu’il y a de bien quand on ne se voit jamais c’est qu’on a très envie de baiser.

Il paraît qu’il va pleuvoir, j’espère que la piscine de l’hôtel sera au moins photogénique.

 


Les messages en pleine nuit, cela pourrait nous réjouir le matin au réveil. Cela pourrait. La preuve que les vacances sont bel et bien terminées, on dort profondément quand l’écran de notre téléphone s’allume. 

Des reliquats d’un temps où on les attendait ces invitations nocturnes, le plaisir de l’instant se concrétisait entre 2 et 3 heures du matin, le 5 à 7 des célibataires. Une pulsion entendue entre personnes bien sous tout rapports, quasi inoffensives presque insoupçonnables. 

C’était il y a un an et quelques jours, il a débarqué, fidèle à son apparence trompeuse, le sourire carnassier, la tenue et le bronzage parfaits. Trop beau pour être vrai. Une sorte de mirage en plein désert affectif, deux solitudes après des vacances post rupture. Nous nous sommes assis au pied du lit sur des coussins devenus rochers polis par les vagues. Plus aucune notion du temps, pas un bruit, juste nos chuchotements sans véritable raison, la situation interdite qui ne trompe personne. Nous savions tous les deux pourquoi il était là, on faisait juste durer la conversation comme on monte l’escalier pour prolonger le désir. Quand il s’est assis en face de moi dans la baignoire, il était un autre, plus grand, encore plus beau. Baiser comme deux amis, un jeu de rôle.

Il est reparti avant que le jour ne se lève. C’est une version, il y en a eu d’autres.

Instagram @alabama_duel

Je sors tard pour le principe, nous sommes toujours en août, il fait 26 degrés à 2h du mat.

Cette fin d’été ressemble à celle que je vivais encore adolescente. Profiter des derniers jours de liberté totale en Corse, au village, rester des heures sur la plage à chercher quoi faire pour rendre les vacances inoubliables, c’est à ce moment précis que tout peut basculer du côté de la connerie, au mieux.

Chaque année le rituel est le même, mes amis sont toujours en congés, je me nourris quand quelqu’un m’accompagne, j’en deviens pathétique à finir par dîner avec un couple d’amoureux entre un yucca et un vilain tableau mexicain qui ne pensent qu’à une seule chose, rentrer baiser en paix. Je me retrouve à chercher quelques connaissances pour accompagner mon Get perier comme une toxicomane, sa dose avant de ne surtout pas rentrer.
Je parle à tous, je n’écoute personne, je veux de la compagnie, le drame de ceux qui détestent la solitude. Je suis sur le chemin du retour, rien ne s’opposait à ma nuit mais Joséphine n’a pas osé. Elle est rentrée, ses cheveux encore plein de sel, son panier de plage sous le bras, la tête de la fille qui dort peu même pas par obligation. L’insomnie se vit seule.

Cet été est passé trop vite, tout passe trop vite sauf entre 5h et 7h quand tu dois te lever à 8, là ce vit l’éternité à regarder une moulure et sa suspension.

J’aurais mieux fait de suivre ceux qui n’ont pas encore ces soucis, ceux qui ne se couchent qu’au petit matin dans une odeur de tabac froid et la bouche encore imbibée de gin, ceux qui se réveillent au milieu de l’après-midi sans se souvenir du prénom de qui a mordu l’oreiller. 

J’ai 27 ans et j’ai presqu’envie qu’il pleuve pour être blottie contre toi sous une couette épaisse au milieu d’un Paris gris qui grouille.

L’été n’est finalement pas la saison des amoureux.

Vivement novembre.

Avant de partir 

30 juillet 2016


Instagram @riccialexandra

Je ne fais rien, j’attends que la soirée passe en faisant défiler celle des autres. Une soirée avec Jeff Miles par procuration, il fait trop chaud pour avoir envie de plus.

Les vacances commencent ce soir et avec elles ce flot de bonnes résolutions qui datent d’un temps où l’iPhone n’existait pas. Il y a ces noms et pseudos qui défilent, de vieux amis dont je ne sais que le contenu de leur assiette et leur tenue du jour, le quotidien des autres m’occupe comme on feuillette un Grazia chez le dentiste. Les sacs de voyage envahissent mon hall d’entrée, mon frigo est vide, mon diplomatico plein, en clair Je suis sur le départ et ma vie sexuelle ressemble à un désert.
Il y a bien ce message que j’ai reçu trop tard qui aurait pu changer quelque chose mais le cœur n’y est pas puisqu’il est ailleurs. Les gens comme moi n’ont pas de juste milieu ni l’apparence de leurs actes. J’ai l’air triste et désabusée, je nage dans le bonheur, je ris aux éclats et danse jusqu’au petit matin, tout va mal. Le paradoxe de la fille lambda, il y a tellement de logique dans mes contradictions. Ma normalité me fait peur, être comme tout le monde est vraiment la pire des choses.

Il ne m’aime pas, moi non plus, il y a finalement de l’espoir pour que ça dure le temps de se faire un peu de mal.

Il faudra bien reprendre un jour, revenir à cet état introspectif habituel chez moi.

Mon constat, les sollicitations ne sont jamais aussi nombreuses que lorsque l’envie n’est dirigée que vers une seule personne souvent inaccessible à court ou long terme. Alors je fais comme si je ne comprenais pas ou je contourne au cas où le besoin d’ailleurs deviendrait salutaire. Garder des plats aux chauds comme on dit entre nous.

Nos grands parents faisaient des stocks de sucre, nos parents d’essence et nous de contacts virtuels… A chacun sa pénurie, sa destruction créatrice, bref son inévitable évolution sociétale. De moins en moins de vraies liaisons et des milliers de possibilités, l’espoir derrière chaque clic comme la promesse d’un amour différent, des prénoms, des pseudos, des photos autant de mythe d’Aristophane impossible… Un ouragan perpétuel, merci Joseph.

En 1989, je faisais des rêves érotiques après avoir regardé 21 Jump Street, Johnny Depp ne ressemblait pas encore à un vieux crade, mon lit était trop petit pour deux, alors j’imaginais plus que je ne faisais. En 1999, ma vie sexuelle était envahie par le quotidien, je n’imaginais même plus autres choses. En 2009, l’envie d’ailleurs a pris le dessus. A 20 ans, on rêve , à 30 on construit, à 40 on brûle, pas encore 50 et j’ai déjà peur ou hâte.

S’il n’a plus de confrontation plus de sentiments ni de construction, il reste peut être la possibilité de quelque chose de nouveau, du plaisir sans les contraintes.

Seule pour toi seulement.

L’école des femmes

En juillet 2010, j’écrivais ce texte sans savoir qu’un an plus tard je serais devenue une femme libre… Ce soir je me relis, je ne me reconnais plus dans mes désirs, mes souhaits, mes mots. Je me fais penser à ces femmes que je croise de temps en temps qui sont tiraillées entre l’image publique sociale et la réalité d’un quotidien étouffant même s’il est plus qu’agréable.

« Quand on la regarde faire les boutiques, se pavaner à la plage, danser sur des dancefloors improvisés, elle va bien la femme qui promène mon corps. Elle paraît extrêmement enjouée, heureuse, certains disent pimpante. La même se regarde en se démaquillant, en se déshabillant, rentrant trop tôt ou très tard, elle me dévoile alors ce regard et ce corps tristes, une fois les lumières publiques et les boules à facettes éteintes. Tout ce qui la frôle ne l’intéresse plus, elle veut l’inaccessible libre et lointain.

Elle vit avec un Prince mais ça ne lui suffit pas. Elle veut tout et même plus. Elle veut la place du Kalif, elle veut être aimée, admirée, vénérée. Elle veut être le Roi, enfoncer sa queue dans des chattes dégoulinantes de désir. Lécher leur jus. Les inviter à déjeuner, les séduire puis les détruire. Elle veut balancer ses états d’âmes et ses sentiments. Ne plus rien ressentir, juste des envies et des plaisirs éphémères avec des filles aux culs faciles et aux cerveaux difficiles. Des rendez-vous courts et intenses. Prendre la route, le train, l’avion, juste pour une nuit ou quelques heures. Lui enfoncer une bien dure dans la bouche, la retourner et lui défoncer son cul de petite bourgeoise déprimée. » Juillet 2010

La liberté a d’autres défauts. Les femmes ne sont jamais satisfaites, je ne suis pas une exception.


Instagram @hotelamougrandamour

Longtemps sans écrire et presqu’autant sans sexe. Comme un sevrage.

Tout va bien, je n’y pense pas jusqu’au moment où on me le rappelle.
L’appartement est vide de bruits, ils sont partis il y a 15mn, avant je m’affairais pour sortir ou recevoir, je regarde le plafond allongée sur mon lit, un dimanche soir de célibataire fidèle. Mon téléphone sonne déclenchant soudainement un sourire. Il a vraiment une belle voix mais ce n’est pas celle que j’ai envie d’entendre, nous le savons. Je ne suis pas non plus celle qu’il a envie de voir, juste d’entendre, je le sais. Les choses sont bien faites même si elles ne sont pas toujours raccord avec nos désirs. Je passe un bon moment entre deux éclats de rire comme des ponctuations à notre chaste complicité. Il se reconnaîtra.

Jeudi je pars rejoindre la pluie, Paris ne promet jamais le soleil, il me tarde de revoir son sourire et ses yeux qui cachent bien leur jeu. Les nuits seront courtes, la promesse d’un grand Amour.

En attendant j’essaie de ne pas y penser pour que le temps passe plus vite.

Je croque une pomme en imaginant que c’est un pain fourré au Nutella, mon imagination divague. J’ai hâte.


La Piscine 1969

C’est étrange cette sensation, comme un relent acide bloqué entre mon cerveau et mon coeur. Un couple a parfois besoin d’aération sans vraiment s’en rendre compte ni le demander. S’aimer à s’en étouffer existe donc.

Je me blottis contre lui en pleine nuit, sa chaleur me gène mais m’éloigner m’est insoutenable. Il serre mon corps au petit matin, j’étouffe mais je ne dis rien. je suis bien. Nous sommes la sphère d’Aristophane, ne faire qu’un entre plénitude et rupture sans transition ni nuance. Tout ça ne pourra que très mal se finir.

Il faudrait que je me détache de son emprise, il faudrait qu’il mette des limites à mon envie. L’explosion est proche, les reproches montrent le bout de leur nez, la faute est toujours celle de l’autre et les excuses suivent alors que personne n’est coupable.

Etre sous l’emprise de sentiments comme sous l’effet d’une drogue dure. J’ai la tête qui tourne et les poumons compressés dès que l’idée d’une séparation germe dans ma tête. La chute n’est jamais très loin de la rupture, et la rupture du vrai amour. Notre plénitude, cet état parfait n’est pas la force des sentiments, n’est pas le vrai désir de revoir l’autre, de le retrouver à nouveau. Alors il me suspecte de provoquer la division pour retrouver la première sensation de notre désir originaire, cette perfection qui au fil des jours ne peut que se perdre.

Je nous fais penser à ces couples étranges qui ne cessent de se disputer pour se retrouver. Pour s’unir à nouveau et viser ainsi les Amours éternelles.

Rompre au plus haut pour ne jamais voir son amour se pourrir. Une mauvaise belle idée.

 

 Je traverse la foule compacte, je cherche son regard, je l’ai perdu volontairement. J’ai ces moments d’objectivité soudaine et violente où je réalise que son visage n’est pas assez ridé. Alors je m’échappe, peut-être juste pour voir s’il me suit ou pour le plaisir d’avoir peur de le perdre.

Je suis contre la barrière j’ondule mes fesses sur Ann wants to dance, je sens un corps fin et chaud se coller contre moi, son odeur iodé remarquable envahit mes narines, j’ai envie qu’il me touche qu’il me prenne sans pudeur au milieu de tous. Je ferme les yeux, la musique nous transporte, nous sommes quelques heures plus tard, nus dans une salle de bain, mes mains s’agrippent au lavabo pour ne pas me fracasser le front contre le miroir. Retour vers le présent, il attrape mon poignet et me tire vers le fond de la salle dans un recoin plus sombre, à l’écart des regards, ses mains deviennent indiscrètes, il délasse les lacets de mon body, il fait une chaleur suffocante, son torse contre mes seins, il m’embrasse sans retenu, nous avons voyagé dans le temps, sa langue lèche mon cou, j’ai le souffle coupé et ses doigts sur la couture de mon short. Je serre les cuisses, il me reste une once de pudeur adolescente.

Les groupes, les artistes s’enchaînent nous sommes retournés danser avec nos amis, nous sourions en fredonnant, Améthys, je ne sais pas bien pourquoi je danse quand j’entends ta voix , il y a de la joie, de l’amour qui se répendent partout, nous avons envie de parler à tous, de danser, d’embrasser, notre attitude est presque suspecte, juste une montée d’adrénaline totalement inoffensive, pas besoin de substances, notre envie est fortement dosée, le shoot fait son effet plusieurs heures.

Un rayon de soleil traverse nos visages. Les oiseaux sautillent sur les toits, leurs petits bruits me réveillent, j’ouvre les yeux, il est nu près de moi, totalement insoupçonnable, inoffensif, ses mèches blondes chatouillent mon épaule. Ces heures que l’on a passées ensemble ne se remémorent que par flashs, j’ai cette sensation que nous avons fait quelque chose de mal cette nuit, presque étonnée qu’elle ne se soit pas terminée en cauchemar. 

Il est l’heure que je m’échappe avant que la réalité ne soit trop dure.

Cendrillon n’a plus 20 ans et son prince au bois dormant fait des rêves de jeunesse éternelle.

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