Wild 

14 mars 2016

  Instagram @sidiomaralami 

il est 7h et je sais déjà que ce lundi va m’ennuyer profondément. C’est un ennui plein d’activités, d’obligations, de responsabilités et autres banalités.

J’aimerais prendre le temps de ne plus rien faire de sérieux, de me suspendre aux branches, loin, dans une forêt, de respirer l’air d’ailleurs, de plonger nue dans un lac. J’attends ce moment comme d’autres attendent le prince charmant.

j’imagine sentir frémir le sol sous une couverture de fortune, mes fesses sur un tapis de mousse. L’attrait, l’attirance de l’être qui s’échappe, à peine arrivé qu’il doit déjà repartir. A en perdre le désir du reste. Je me couche, je me lève, j’y pense et ça donne de l’épaisseur à tout ce vide autour.

La liberté a pris corps, le sien… Une obsession, un sort, un enchantement, un sortilège, pas une minute ne passe sans une seule pensée vierge de son odeur. C’est un road-trip sauvage entre 4 murs, nos âmes en plein désert, la nuit, avides de sensations. Il fait presque jour, le vent fouette nos visages aux premiers rayons, la morsure du soleil. Mon sourire préféré.

On n’a finalement jamais envie qu’un rêve s’arrête.

 

Photo Erika Lust 

Il est minuit, je viens de rentrer et j’ai cette envie de fumer que j’avais presque oubliée. On se pense parfois trop vite sevré des mauvaises choses, c’est encore pire des bonnes. J’ai passé ces trois derniers jours comme si j’avais un cancer en phase finale, sans me soucier ni des autres ni de toute la misère du monde. J’étais bien presque trop, à en faire peur à mon petit cœur. Trop vite, trop fort, 21 heures sans interruption, l’intensité des dernières bouffées comme si j’étais une condamnée, « une seule décharge et puis je crève ».

Bande son La vie électrique 

Instagram @ alabama_duel

J’ai succombé à Free.

Le hasard et ses multiples possibilités. Aujourd’hui l’inconnu devient intime, rentre dans un quotidien, comme cette nouvelle carte sim que je vais bientôt insérer. Changer d’être désiré comme on passe d’un opérateur à un autre, sans vraiment s’en apercevoir.  
J’ai croisé la route de l’archétype de tout ce que j’aime. Un soir vers 21h je marchais rue Breteuil d’un pas décidé comme à mon habitude, je ne portais pas de chapeau assez rare pour s’en souvenir, un homme me suivait, fatigué de le faire. Tous ses détails, je ne m’en souviens pas, ils n’ont aucune importance ce qui l’est, c’est que lui se souvient de la scène précisément. Ces quelques secondes, mon sourire illuminé, ma démarche, sa surprise, nos regards qui se croisent et sa casquette rouge. il me raconte, je ne l’écoute pas, je ne vois que sa bouche, je l’ai approché peut-être des dizaines de fois sans le voir, alors que tout me plait chez lui.

Cette scène, je l’ai peut-être rêvée, je n’ai pas envie de me réveiller. J’aimerais passer des heures dans ma chambre à l’écouter me raconter ce moment et son désir d’être près de moi, enlacés ces longues minutes comme des heures où le moindre effleurement fait l’effet d’un violent orgasme.

Fermer les yeux pour tout ressentir, ne rien oublier, vivre le moment comme le dernier pensant qu’il ne s’arrêtera jamais. Les heures passent et se vivent, se ressentent comme des secondes. Se raconter cet instant de risque et de plaisir, l’imaginer, le rêver et créer de toutes pièces un fantasme, un homme sans âge, sans passé, un entracte impalpable. ce sentiment que rien n’est réel que tout se joue dans l’instant. Ce weekend intense, fatigant, ponctué de rires, de musiques, entourée d’amis sans se préoccuper du reste.
Et puis la possibilité d’une nuit.
Il est 7h, je suis seule.

Je bois un café accompagné de l’envie d’une dernière cigarette en regardant ce petit morceau de pizza, seul rescapé.

Il est 8h, je longe le bord de mer, comme pour provoquer le destin je passe par un nouveau chemin. L’été approche, l’envie d’être jambes nues et d’embrasser l’inconnu. Un éternel recommencement.

  Les Goudes 

Je n’ai jamais été une abeille bien disciplinée.

Un mardi comme les autres un nouveau pari. Deux guêpes et un bourdon sont en virée, ils butinent de bar en bar et se retrouvent à la Ruche avec de mauvais Don Draper en costume bleu canard.

Ici pas de vestes LeMaire, juste du synthétique Zara, à faire cramer tout le quartier.

Les barbus sont taillés de trop près, ça sent l’axe Ange ou démon et le service quasi-militaire.

Moi je suis une Marseillaise et quand je montais dans les escaliers des bouges de l’Opéra aux Goudes, petit « esque » ! Tu n’étais pas né.

Alors tu sais quoi dans ton bar de faux étudiants qui sentent le rance, je n’irais plus jamais.

Adieu diplomatico, vive les guêpes libres !

L’homme gâté

28 février 2016

 Prieur de la Marne – Photographe Hervé Dapremont 

L’homme gâté rentre dans une vie.

 Toutes les étapes se succèdent comme tatouées. Le premier contact, un hasard organisé, un lien. Puis les échanges égrainés au fil du temps, évidemment longs et lents, des mails, des sms, des chuchotements, des regards, des morceaux de peau, l’envie d’un dernier verre, le charme opère. Rien de grave, rien d’important, il n’existe pas vraiment. Une respiration entre deux vies cloisonnées, des mondes radicalement opposés. Une faille, d’une noirceur extrême, une peau parsemée de bouts de vie comme le corps de cette femme gourmande, avide de plaisir. Des centaines de questions sans réponse, l’homme gâté prend forme et cette envie incontrôlable qui monte qui déborde qui envahit tout. L’envie d’être une passade, un soupir, une pulsion… Une histoire sans début donc sans fin.
Il existait quelque part un homme gâté sans dieu ni maître, juste des déesses et des maîtresses qui parsemaient sa peau. 
Un jour l’homme gâté beau comme un dieu est devenu mortel dans les yeux d’une femme.
L’homme gâté est enfin amoureux.

[ vous pouvez lire ma contribution dans le coffret « messages personnels »  de Prieur de la Marne chez Alpage records. ]

Sens interdit 

25 février 2016

 

JJJJOUND

Elle n’est pas pour toi… Cette rengaine comme un grésillement.

Un simple regard, deux mains qui se frôlent, un parfum iodé, quelques mèches blondes, un sourire qui en dit long, il en a fallu de peu et c’était une tragédie. Un bon vieux Flaubert ou du Shakespeare, la liaison qui te plonge la tête bien profond au fond du bain. 

On a le don pour se retrouver là où il ne faut pas, d’aller droit dans le mur, se faire prendre bien fort le coeur sans beurre. Ça n’a pas commencé et ça fait déjà mal, croiser l’envie et elle contamine, cette petite salope. Elle est tout ce qui rend dingue juste parce qu’on ne peut pas l’avoir, parce qu’elle ne court pas après, regarde à peine mais juste comme il faut pleine de vice vers ça, vers un corps, une odeur, un souffle, un sexe chaud et humide. Elle est prétentieuse, compliquée, presque hautaine et on adore ça. Bis repetita placent.

Elle est un démon dans un corps parfait, sculpté, affûté, qui ne laisse aucun survivants ni le cerveau ni la chair, tout y passe. L’envie c’est toi, c’est moi. C’est nous qui la nourrissons. Il suffit de fermer les yeux.

Et c’est pire. Elle nous bouffe.

 
OD m’envoie des e-mails comme s’il m’éjaculait sur les seins depuis quelques jours.

Je ne connais pas OD, il est un lecteur et il a décidé de m’écrire, qui est-il ? À quoi ressemble-t-il ? Je ne suis même pas sûre que ce soit un homme. 

OD se dit jeune et il écrit très bien, alors je le lis et je suis impatiente chaque jour de recevoir sa semence.

Il en devient presqu’excitant, bien plus que si je recevais des photos d’un visage sur un corps parfait.

Le pouvoir des mots, entre bienveillance et agression. Mon imagination fait le reste.

Tu es bon. Tu es très bon.

Barbarie Amoureuse #5

16 février 2016

 
Inspiration Purple  

Il ramène une fille dans son lit comme on se désaltère, naturellement sans une once d’effort, de culpabilité ou même d’envie, instinctivement. Il s’étonne parfois de leurs mauvaises réactions, comme un enfant pris en flagrant délit la main dans le sac à bonbons. Pour lui, il n’y a pas de mal, il chasse, il séduit, il emballe comme nous respirons.

Sa danse de séduction comme celle d’une araignée-paon peut durer plusieurs mois, douce, légère, parfaitement dosée. Quelques messages, des compliments, s’intéresser sans vraiment s’attarder, du travail d’orfèvre. Il arrive à pas de loup, avec son sourire ravageur, ses morceaux de peau, on imagine son regard quand on entend ses éclats de rire, le soir tard du fond d’un lit désespérément vide.

J’ai été sa proie, comme il aurait pu être la mienne. Et j’ai aimé ça.
Je savais exactement ce qui allait se passer, je savais qu’on se plairait, je savais que nos langues comme nos peaux s’emmêleraient parfaitement au premier regard, très près du premier baiser.

Deux sentimentaux égoïstes se croisent dans une ville, il est peut-être 19h, l’heure de manger un risotto aux truffes arrosé de gin-tonic. Aucune logique comme la suite.

The Faceless Woman 

15 février 2016

Série réalisée par la photographe Malika Mokadem dans le showroom Street Art Galerie à Marseille.

       

                            

 
Photographe Sunny Suit

Les cheveux blonds d’une femme sans âge me frôlent. Je me retourne, je la suis du regard, j’ai cru la reconnaître mais ce n’est pas elle. Je viens d’arriver au Silencio, tout le monde s’y presse depuis son ouverture mercredi, j’y retrouve mes amis, ma tête est ailleurs avec elle dans une dimension qui m’échappe.

Je viens d’avoir 24 ans et je ne sais déjà plus combien de bouches ont englouti ma queue depuis que je suis arrivé sur Paris. Je vis dans un bel appartement, sous les plafonds d’un autre temps des inconnus souvent avec un « e » passent des soirées sur mon canapé parce que je déteste manger mes sushis seul. Je suis envoûté par une émotion légère comme un soleil radieux comme disait Higelin. Je suis envoûté par une femme que je ne connais pas, ni belle ni laide, sans visage. Juste un rire à des centaines de kilomètres, juste un parfum que je devine, juste des épaules recouvertes de boucles à la couleur indéfinissable. Je suis envoûté, je pense tout le temps à elle, je rêve d’elle, je la veux, j’ai envie de lui faire l’amour depuis des mois . Partout où je me trouve, je la cherche. J’imagine notre rencontre. Lui voler un baiser et lui tirer les cheveux jusqu’à ce qu’elle devienne chauve.

Cette nuit, après-minuit, j’aimerais être avec elle et la regarder dormir, la tête au-milieu du lit. Et ça me rendrait fou. Au lieu de celà, ivre de champagne et de frustration, je finirai allongé au milieu de la rue ou dans le lit d’une très belle inconnue avec qui je serai le pire des goujats.

Juste parce qu’elle a les cheveux lisses.

  
J’ai imaginé sa queue comme une gourmandise interdite. La culpabilité m’est douce au palais.
J’ai commandé un gâteau au chocolat avec un coeur fondant à la noisette, comme une enfant mal élevée, j’ai posé le bout de mon index gauche là où c’est mou et chaud, je l’ai regardé en portant à mes lèvres la douceur, j’ai légèrement ouvert la bouche, j’ai posé le bout de mon doigt sur ma langue et je l’ai retiré doucement en fermant les yeux. Il me regardait en souriant.
« ça à l’air bon, tu me fais goûter ? ».
J’ai toujours aimé partager mon dessert. Il paraît que c’est plutôt rare.

La femme d’à côté

11 février 2016

 #photographer @justinhollar

Il est 8h15, assise sur la terrasse de ce bar pmu, en avance comme à mon habitude, je bois un thé allongé d’une envie de cigarette. J’écoute les discussions passionnantes d’un groupe de lycéens presque en retard. Je porte une tenue qui suggère plus qu’elle ne montre, en parfaite salope de mère de famille. Il est 8h30, je confirme la règle, j’arbore une expression neutre tout en ressentant la douce vibration d’un sms présumé coupable.Il est 8h40 et j’attends toujours mon rendez-vous, je suis maintenant assise dans ma voiture et je regarde l’écran de mon téléphone. En fond sonore France Info parce que je suis sensible à la voix de Jérôme Colombain.
Un début de journée ordinaire pour une apparence trompeuse.
Je suis celle à qui on sourit souvent, qu’on siffle encore, qu’on embrasse le matin en partant, qu’on baise le jeudi quand elle rentre ivre, le samedi devant le journal du hard, le dimanche matin comateux, à qui on se confie, à qui on offre des cadeaux qu’elle ne mérite pas, à qui on fait sans hésiter des enfants, qu’on couche sur son assurance vie, en qui on a une entière confiance. Je suis celle qui conjugue tout et qui veut tout réussir. Je peux être la femme de ton meilleur ami, de ton patron, de ton père. Je suis même peut-être la tienne.

Quel chanceux !

Marseille, Soleils Noirs

2 février 2016

 

 
 Artiste Peintre Benjamin Chasselon 



Je prends le métro depuis quelques jours, une habitude que je n’avais plus depuis la fac.

Ce matin, je reçois mes alertes comme d’habitude, quelques morts assez loin pour ne pas vraiment sourciller, une mère de famille infanticide et suicidaire déjà je commence à blémir, un ado poignardé, un incendie, la matinée commence mal dans ce putain de monde. Les drames sont ici mais aussi ailleurs.

Je sors la tête de mon téléphone, et je regarde les gens autour de moi, beaucoup de jeunes, il est 7h45 c’est un trajet populaire, je pense aux peintures de Benjamin Chasselon, ce mélange, cette mixité, cette fureur de vivre. De longues chevelures, des yeux noirs parfois verts translucides sur une peau légèrement hâlée, des corps fins et musclés que l’on devine sous leurs jeans moulants, ils sont pour la plupart remarquable, 20 ans et la beauté du diable comme on dit ici, ils rient, se chamaillent. Un peu plus loin, d’autres un peu plus âgés, plus clairs de peau écouteurs sur les oreilles, les sacs à dos Chabrand, Eastpak collés aux Vanessa Bruno et quelques Dreyfuss. C’est ma ville, c’est notre jeunesse, flamboyante de bon matin, mélangée, métissée, vive et enjouée. Je me sens bien, ni en danger, ni en sécurité, je suis habituée à la ville au milieu de la nuit de l’Opéra aux rooftops, que ce soit rue paradis ou dans une cité, je sais que ça peut déraper, je connais ses qualités et ses faiblesses, alors quand je regarde la première page de Libé, je souris, je ne suis pas surprise. Notre ville a un cancer et son seul espoir c’est ce sang frais, les enfants de nos 111 quartiers de Belsunce, Montredon … Périer à Mourepiane.

Il y a de l’espoir dans notre jeunesse, comme un bébé qui n’est pas né au bon endroit où avec un handicap, elle est forte, elle compense, elle surmonte. Ce mélange doit nous hisser vers le haut.
C’est notre jeunesse solaire.

Nos soleils noirs.

  

Les mariages arrangés, les liaisons d’intérêt, les amours impossibles, les coups de foudre, le hasard et les lois de l’attraction, de multiples façons de faire connaissance… Et il y a depuis quelques années la rencontre qui commence virtuellement. Il y avait le Minitel, les chats puis les blogs, les réseaux sociaux, les messageries instantanées, les sites et les appli de rencontres… Des millions de possibilités, une source intarissable, un puit sans fond. A ce rythme, l’amour exclusif n’a plus beaucoup d’avenir. La concurrence de la rencontre facile, du mystère à chaque nouveau clic, l’excitation de la découverte sont devenus bien trop forts et à la porter du plus grand nombre. La banale réalité de femmes et d’hommes ordinaires ou même exceptionnels ne sera jamais à la hauteur de tant de nouveauté, de choix, d’êtres fantasmés. Il y a de plus en plus de filtres, entre nous et la réalité. L’idéalisation est si forte par ce prisme que la déception est quasi obligatoire, la réalité toute belle et souvent pleine de charme, ne peut lutter contre le pouvoir de l’effet des messages prometteurs d’inconnus. La confiance n’existe plus, chasseur ou proie, on peut tous l’être sans même réaliser.

Un inoffensif « alors ? », un « ça va ? », un « je suis là » autant d’approches qui font mine de se soucier de savoir comment va l’autre depuis la première connection, demander des nouvelles sans attendre de réponse, un nouveau contact rassurant, un favori à l’écoute, toujours là, même à des milliers de kilomètres. Un plat au chaud qui un jour sans peu d’effort se fera déguster puis remplacer. 

Les amoureux low tech sont peut-être les seuls à avoir une chance de faire un petit bout de chemin ensemble, il y aura évidemment quelques coups de canif, la boulangère au décolleté accueillant, le prof de gym motivant mais si peu en comparaison du haut débit.

La journée fut magique mais c’est dimanche.

Désolée.

« Alors quoi ? »

Dans la tête d’un blond

22 janvier 2016

 

Je te quitte, j’ai mal. Tu me quittes, j’ai mal. C’est peut-être plus facile de laisser pourrir, voir de disparaître. C’est une technique qui a fait ses preuves. 

« Un silence sans raison fera qu’elle ou il s’en fera une. » 

Une femme par fierté sans doute mais un homme amoureux ne comprend pas. Il essaie, il se démène, il insiste puis un jour brutalement plus rien, et là généralement cela devient intrigant donc intéressant. On gratte un peu, on retourne sur son profil comme on questionnait le boulanger il y a 50 ans. 

La cause est toujours accordée au féminin, la main dans la culotte d’une autre.

Le temps est venu de reprendre mes bonnes habitudes d’amoureuse solitaire. Je n’ai le temps que d’être une, pour être mieux. Je supporte l’autre quand je le vois peu, je préfère être concentrée sur ma petite personne, mes abdos et ma bite si j’en avais une.

Il n’y a pas de doute, je suis un garçon manqué.

Choc thermique

19 janvier 2016

Photographe PURIENNE

Ressentir ce froid intense, ce pincement au cœur, s’agiter pour ne plus y penser, pour se réchauffer.

C’est une douleur lancinante qui semble bénigne, comme ce petit bobo sur lequel notre maman nous faisait un baiser pour faire passer le mal.

Il y a ce manque, l’odeur, la texture de la peau, les sourires entendus, les discrètes attentions, les messages invisibles. Ces choses, ces êtres qui n’ont jamais vraiment existé mais qui squattent nos pensées comme des fantômes. Etirer son bras dans le lit, toucher l’oreiller gonflé de vide.

Cela faisait presque une petite semaine longue comme une année entière, souviens-toi l’été 90.

Tout a commencé sans préméditation, un mélange de curiosité et d’ennui, les grandes vacances. Tu me lançais des regards furtifs à chaque fois que l’on se croisait, la première fois dans cette papeterie, puis sur le quai de la gare, je me demandais qui tu étais. Le lendemain, je suis descendue sur la plage avec mon père, tu étais derrière nous. Cela a duré plusieurs jours, à se tourner autour. Un soir, je t’ai approché au bar de l’hôtel, nous avons bu un verre ensemble puis les choses se sont enchaînées naturellement, évidentes, nous avons fini sur la plage puis dans l’eau. Nous avons fait l’amour toute la nuit puis les suivantes. Les vacances se sont terminées, nous sommes repartis comme nous étions arrivés sans vraiment nous connaître.

Les jours qui ont suivi, nous avons continué à nous appeler dès que nous le pouvions, mon parfum imbibé les cabines téléphoniques.

Puis nos quotidiens ont repris le dessus, évidemment. Mon coeur a commencé à se serrer, mes humeurs à se noircir, je n’avais pas appréhendé cet écart si grand entre le bouillant puis le glacial, le plein puis le vide. Le temps l’a comblé comme tes pensées sans doute pour une autre.

Cette année-là j’ai appris que le mot Amour au pluriel s’accordait au féminin.

Les Amours Adolescentes toutes inoubliables qu’elles soient, sont perissables.

Pour le reste, on verra…

Mauvaises résolutions 

1 janvier 2016

 

2016 est là, je regarde défiler le bonheur des autres.

J’ai les symptômes de la parfaite progéniture de notre société de consommation. Je suis malade depuis 5 jours, j’ai sans doute fait quelque chose de très mal, cela m’a procuré bien trop de plaisir pour que ça reste impuni. Depuis je vomis, je comate, je déprime dans mon lit les yeux rivés sur mon écran, hypnotisée par ces sourires radieux, ces couples en rodage qui s’aiment en parcourant le monde, ces plastiques parfaites, ces robes étincelantes, de temps en temps un message déprimé, une photo sordide, quelques morts, j’accélère. Ma curiosité malsaine ne s’attarde pas sur le malheur, je préfère me faire du mal en suivant ceux qui sont heureux.

En lisant vos bonnes résolutions, je réfléchis aux 5 mauvaises que je pourrais prendre :

« Quitter quelqu’un qui m’aime, 

reprendre la cigarette,

continuer à ne faire aucun sport,

couper mes cheveux,

arrêter de prendre des douches à 16h30. »

Je ne les tiendrai pas comme les bonnes, finalement ce n’est pas très risqué.

Tous mes vœux de bonheur chers lecteurs.

 

Quelques années après notre rupture, je l’ai revu.

J’ai vu une silhouette au milieu des mortels insignifiants. Il attendait son tour comme les autres, ça ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas être là. Pourtant je l’ai reconnu immédiatement puis j’ai eu un doute, j’ai regardé ses chaussures, ses fesses, son dos, ses cheveux, j’attendais qu’il se retourne pour être certaine. Pendant quelques secondes, j’ai pensé faire demi-tour, je n’avais pas envie qu’il me voit, pas comme ça, si ordinaire. C’était trop tard, il se serait sûrement retourné juste à ce moment là. J’ai tendu mon bras, en pointant mon doigt j’ai touché son dos. C’était bien lui, encore plus surpris que moi de me voir là, réelle, simplement humaine. Impossible d’articuler la moindre réponse, j’avais du Baudelaire dans la tête.
« Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? »

Tout était flou autour, l’homme entre nous totalement transparent, plus rien n’avait d’existence, j’étais là, comme nue devant lui. Totalement intimidée comme la première fois.

L’inachevé et son pouvoir de séduction inépuisable. La frustration et cette chaleur qui tape directement au cerveau. L’inaccessible qui rend fou. Des joncs puissants autour de mon cou, mes poignets et mes doigts. Brillants, attirants, trompeurs.

15 mn. Un snif éphémère. Une promesse vaine. Un semblant d’amour éternel.

Ma vie est devenue une mauvaise comédie romantique.

Je n’écris plus, on me dit que j’ai l’air heureuse.

J’étais une célibataire toujours accompagnée, je suis maintenant bien plus souvent seule ce qui est paradoxale.

La monogamie, la fidélité, la stabilité demandent des concessions notamment celle d’attendre les moments où deux plannings trouvent une pause.
Alors je passe mon temps à avoir envie de lui, à imaginer ce que l’on va pouvoir faire, à me souvenir des dernières heures passées ensemble, à regretter celles qui passent trop vites, une série de moments sans lui pleine de son odeur.

Il y a juste cette incapacité totale à vivre l’instant présent même heureux, même intense, j’ai cette fâcheuse manie à vivre dans le passé et même dans l’avenir. On me parle, je suis ailleurs, avec lui. Et quand il est là, je disparais comme engloutie pour mieux me souvenir plus tard. J’aime nourrir mon être de ces moments comme s’ils étaient les derniers, comme si j’allais le quitter. Je suis une ogresse, je suis barbe bleue, je suis dans l’excès.
J’ai ce refrain dans la tête, je vous épargne Indochine.

Mon cœur est en guimauve, je n’ai vraiment aucune empathie pour ce que je deviens. Ne t’en fais pas, ça ne durera pas.

En attendant je relis La prospérité du vice.

Les blondes parfaites & moi

4 décembre 2015

  

Photographe Laurence Von Thomas

Finalement je n’ai pas été une bonne fille, ni une bonne amie, pas même une bonne maman et encore moins une bonne épouse.

Sur les photos, on voit une belle jeune femme, c’est l’été, elle est bronzée, souriante. Ma curiosité me pousse à tout regarder, on y voit ses vacances, ses enfants, son mari, sa vie qui ressemble à la mienne, avant, celle que j’aurais pu afficher sur l’album d’un réseau social quelconque. Les sourires, les glaces qui coulent sur les tee-shirts, les repas entre amis à visages découverts, les vacances au ski et l’été en Espagne ou en Corse. Cette femme heureuse, ça pourrait être moi. Les paramètres, les ingrédients, les données, appelez ça comme vous voulez, sont les mêmes. La seule chose de ratée dans ce casting parfait, c’est moi ou plutôt c’était moi.

J’ai déjeuné avec l’homme qui m’a supportée 15 ans ce midi, un tête-à tête d’un père et d’une mère qui essaient de prendre soin de leurs enfants, qui décident ensemble des décisions importantes. Entre nous il reste l’affection et l’amour pour eux. J’avais envie de pleurer quand la médecin nous a dit qu’elle était contente de nous voir réunis à ce rendez-vous.

Durant le déjeuner, je le regardais et je repensais à ces matins où je venais de rentrer complètement ivre d’une jeunesse qui ne reviendra pas. Ces matins, enfouie sous la couette, honteuse, malheureuse, effrontée, en totale opposition contre un homme qui ne voulait que mon bien. Je repensais à tout ça et j’ai eu envie de lui demander pardon.

Je n’ai rien dit, j’ai souri et j’ai essayé de ne pas mettre mon coude sur la table. Il déteste ça.
Peut-être qu’un jour, il sera fier de moi. Ou juste heureux, loin de moi.

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