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Frédéric Beigbeder sera le prochain rédac chef de LUI. Voilà ce que j’ai lu en me levant bien trop tôt pour mon rythme nocturne.

Je suis une larve.

J’ai bu deux litres d’eau, pris un Nurofen, une vitamine C et mes quatre Gerblé muesli raisin noisette. Rien n’a changé.
Seul point positif à cet état comateux, il anesthésie cette journée devant mon pc à rédiger des articles, choisir des photos sur un thème qui ne m’intéresse plus depuis le premier jour où j’ai accepté ce poste. Avant j’avais une double vie virtuelle, aujourd’hui ma vie professionnelle est virtuelle, tout court.
Mes enfants rentrent bientôt, ils vont se charger de recadrer leur mère qui sort beaucoup trop pour positiver le lendemain.
En attendant, ce terrible mal de tête n’attendra pas une bonne nuit de sommeil pour se calmer, je me charge dès ce soir de l’entretenir. Nous serons assis sur des marches à siroter notre désespoir statique entre deux discutions stériles mais très drôles. Il suffit de quelques regards alentour, pour réaliser l’innocuité de ces soirées où malgré les efforts de certains, un mini short même bien porté ne fait pas le vice.
J’avais mis un jeans un peu grand hier soir mais il ne lui a fallu que quelques secondes pour qu’il comprenne mon désir de rentrer.
Il est bien ce jeans vicieux.

Parano ordinaire

28 août 2013

Je ne compte plus le nombre de fois où l’on m’a raconté que la sœur, le meilleur ami, la collègue, le parent d’élève s’est mis avec tu ne devineras jamais ? En Amour, en désir, en 5 à 7… Une valeur sûre… La proximité.
Je ne le répéterai jamais assez « On ne convoite que ce que l’on voit » pourtant j’en arrive toujours à être jalouse d’un regard fuyant vers une inconnue qui passe, une petite réflexion sur la fabuleuse poitrine de Brigitte Lahaie un dimanche, il y a longtemps sur Arte… Le véritable danger n’est pas en ces créatures, la plupart du temps, inaccessibles, non non… le danger est tapis derrière cette critique récurrente du mauvais caractère de cette nouvelle collaboratrice, ce rire nerveux quand la femme de son meilleur ami dit une connerie, cet entrain soudain a aller courir avec Anna qui doit perdre du poids, mais oui tu sais Anna la petite boulotte mais très sympa du club de sport…
Il y a prescription, il y a quelques années, je ne comprenais pas pourquoi cette jolie brune à qui il manquait un oeil pleurait ce soir là. J’étais arrivée à l’improviste dans le club où nous travaillons tout les trois, mon mec, elle et moi. Ce soir là, je ne devais pas bosser et j’avais décidé sans le prévenir de passer m’amuser un peu avec quelques amies. Il fût surpris mais ne laissa rien transparaître. J’avais mis son attitude sur le compte de son professionnalisme et de notre dispute de la veille… En fait la jolie brune que j’appréciais beaucoup, avec qui je partageais mes pourboires et quelques fous rires, la fille qu’il trouvait très jeune et un peu con con… et bien il se la tapait dès que j’avais le dos tourné. Je l’ai su le lendemain de notre rupture quelques jours plus tard.

Elle semblait si inoffensive. « Gentil n’a qu’un oeil ! » Pourtant.

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Les raisins de la colère avec Brigitte Lahaie

Faire tapisserie

25 août 2013

scenes-chinoises-tapisserie-seriesScènes chinoises tapisserie Osborne & Little chez Sériès

Je pourrais écrire les mêmes sensations de 658 fois différentes. C’est ce que je fais ici. Je suis restée peut-être deux heures contre un mûr à observer sans m’ennuyer jusqu’au dégoût.

J’enchaîne les sorties comme si mes jours étaient comptés, je suis sans rechigner une bande de jeunes gens, de jeunes parents qui fêtent des choses qui me replongent dans un état nostalgique. J’ai 43 ans et dans très peu de temps je n’aurai plus le choix socialement correct d’agrandir ma famille, de donner la vie une dernière fois, de voir mon corps devenir fou, plein d’hormones et de bonheur. Alors j’accepte ces vodka gini sans respirer contre le mûr de ce tunnel incandescent. Il est 4h et je n’ai plus envie de danser, de boire, de ne rien entendre à ce que l’on me dit, j’ai envie de rentrer, de m’échapper, de courir le long du quai, de monter dans un taxi, de voir le soleil se lever les pieds dans l’herbe fraîche, de faire l’amour et m’endormir épuisée.

D’autres font des enfants, moi je suis enfin propriétaire pour la première fois seule. J’avais une bonne raison de m’enivrer, j’ai préféré faire tapisserie. L’obsession du moment, tapisser des mûrs d’un futur proche.

En attendant, démolir pour mieux reconstruire, mais cette fois ce ne sera qu’une partie d’un appartement.

Bois Blonde

21 août 2013

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Il y a 5 jours, je suis morte.

Terminal 1 Hall 4 Porte 89 et des milliers touristes blonds carbonisés.

Je reviens du Paradis, passage obligé en Enfer, Ryanair.

Il est deux heures du matin, mes genoux coincés et le front collé au dos du fauteuil, le bus bondé va décoller. Je ne peux même pas écrabouiller la main de mon voisin ce n’est celui avec qui je couche depuis bientôt deux ans. Le temps passe décidément très vite sauf quand on a peur.

Dans leur grande majorité les hommes de plus de 40 ans n’ont jamais eu beaucoup d’intérêt à mes yeux encore moins depuis que je suis plus âgée qu’eux. L’acceptation de soi passe aussi par l’affirmation de ses préférences. Il est trop tard pour changer. J’aime un homme qui n’est pas fait pour moi, je bois des Spritz tout les soirs, je le regarde découper des légumes et plaisanter. Je souris, je ris bêtement. Je suis un passage dans sa vie, une photo qui restera à côté d’une carte postale sur son frigo, un numéro dans son téléphone, une légère effluve quand il dépliera un pull, une culotte oubliée…

Je serai son souvenir blond.

Profitons.

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C’est un retour, un retour de vacances.

Les couloirs moquettés sont vides, les stagiaires sont partis.

Si j’étais une femme jeune et enjouée, je vous écrirais ma vie formidable, la plage, les cocktails, ma nouvelle robe, les endroits merveilleux que j’ai visités, ce superbe bougainvillier… Pour cela il y a les réseaux sociaux, alors tout les jours nous postons ces photos insignifiantes que les filtres rendent acceptables. Ces images, ces moments sont des réalités mais derrière il y a toujours ce côté sombre, insatisfait qui a peur que le bonheur ne se sauve comme il sait si bien le faire.

Je suis tellement bien que j’en ai la frousse.

Ce n’est jamais bon signe quand je reviens ici.

Les yeux grand fermés

15 avril 2013

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Photographe Alison Brady

Il y a toujours un autre qui se cache derrière celle ou celui à qui vous parlez, surtout durant ces soirées où l’on porte le masque de rigueur. Quelques heures plus tard, se sont les mêmes quelques grammes d’alcool ou autres dans le sang, les regards et les langues se délient. J’aime me poster dans un angle, un recoin et regarder les mutations, les rapprochements, les fausses complicités et les vraies animosités. La plupart ne s’apprécie pas mais ça ne se voit pas. il y a certains regards qui ne mentent pas, le mien m’a trahie souvent. J’ai beaucoup de mal à faire semblant. Alors j’essaie de jouer mon rôle comme les autres, je biaise en évitant de m’épancher. Je porte ce masque, ces accessoires superficiels qui cachent mes joies et mes peines.

J’ai toujours beaucoup d’affection pour ceux qui aiment se cacher en se faisant remarquer, se grimer… Je me vois en eux.

Sentimental Road

9 avril 2013

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Pierrot le fou – Jean Luc Godard – 1965

15 jours que je n’ai quasi aucune nouvelle pourtant il n’a jamais été aussi présent, il n’y a pas un jour où des proches, des moins proches me demandent s’il m’a rappelée. Une rupture, c’est toujours douloureux avec ou sans véritable raison, avec ou sans dispute mais finalement de toutes celles que l’on peut vivre, la dernière semble toujours la plus insurmontable. Il n’y a pas une odeur, un objet, une musique, un endroit, une personne qui ne nous rappelle l’autre. Alors on s’assomme de travail, on revoit des amis, on sort beaucoup, on s’enivre… on comble un vide.

Et puis un petit matin, imbibé de remords et de gin, sans plus aucun amour propre, on craque. Toutes les bonnes résolutions, toute la ferveur que l’on a mise pour résister part en fumée en une seconde.

Le temps d’un sms.

« Qu’est ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire ! Qu’est ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire ! Qu’est ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire ! »

Dreamer

2 avril 2013

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http://cryingdoesntsolveanything.com

« Je rêve de rencontrer quelqu’un comme moi, ni bon, ni mauvais juste assez superficiel pour apprécier… » Je relis cette phrase écrite il y a plus de trois ans. Rien n’a changé ou plutôt retour à la case départ. Nos vies, nos rencontres, nos liaisons ne sont qu’un éternel recommencement d’année en année pour certains, de semaine en semaine pour d’autres et de nuit en nuit pour les plus chanceux vers minuit, malheureux vers midi le lendemain.

Tout ça me faisait envie parfois peur, ça m’excitait. Aujourd’hui, je pourrais user de mon esprit et de mon corps comme il me chante. Je suis au milieu de la meilleure pâtisserie de la ville mais je n’ai plus faim.

Alors j’écoute des chansons à texte comme on dit et je me surprends à rêver qu’un jour on me défiera en duel.

Ce soir, je fais un vœu.

Break up

28 mars 2013

Break Up from Matthew Frost

Il est 22h, je suis accroupie devant une des fenêtres, je fume en fixant les voitures garées dans la rue.

J’attends en regardant les phares défiler, j’attends un vrombissement spécifique qui ne viendra plus jamais, je le sais, je le sens mais j’ai encore à ce moment là l’infime espoir d’une fierté mal placée, ravalée.

Ma cigarette n’est pas encore finie et j’ai déjà la tête qui me tourne, je l’éteins, j’avale mon dégoût et je referme la fenêtre.

L’appartement me semble immense et glacial, je retourne dans la salle de bain, le rituel avant de se coucher est le même, le sourire en moins et le rimmel sur les joues en plus.

Il est 22h3o, je suis allongée sur mon lit, je fixe la danse des lumières urbaines sur les mûrs, j’ai froid.

Je me fais le film à l’envers, ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, je cherche des raisons, des excuses, des souvenirs.

Les journées et les nuits vont défiler, la douleur va s’estomper. Je le sais ou plutôt l’âge de mon cerveau le sait mais le reste à toujours 17 ans. J’ai mal.

Les amours adolescentes ne prennent décidément pas une ride.

Et cette nuit, j’ai pleuré comme la première fois.

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Artiste Gris – Backside Gallery

J’ai ouvert mon cadeau de rupture. Je bois mon thé mélange Noël. J’écris une lettre que je n’enverrai jamais.

On s’aime mais on se quitte, voilà un bon résumé.

J’ai passé mon week-end à essayer d’oublier, et finalement je n’ai fait qu’en parler.

J’ai des doutes plein la tête, je me dis qu’il faudrait que je rencontre quelqu’un vite, que je passe à autre chose, que j’arrête de me refaire le film à l’envers. Il faudrait. Mais je ne vois personne qui pourrait me convenir à faire passer cette pilule amère. Lui est trop jeune, lui n’est pas libre, lui branche tout ce qui à deux seins, lui se cherche, lui ne sait pas ce qu’il veut… Il y a le choix mais je crois qu’une liaison sans lendemain me ferait encore plus de mal. J’ai envie qu’on s’occupe de moi, qu’on me parle de choses qui me passionnent, qu’on me donne envie… Je voudrais retrouver l’Amour sans le chercher. Retrouver cette sensation que tout est léger. Comme ça l’est quand on est amoureux.

Je suis à cet anniversaire vendredi, il y a quelques mois je ne connaissais quasi aucune des personnes invitées. Les filles sont jeunes et belles, j’ai le double de leur âge pour la plupart et pourtant je ne me sens pas différente. Je les écoute me raconter leurs histoires de coeur ou de cul, la problématique sera toujours la même, une relation prend de l’importance après le sexe pour une fille et l’est beaucoup moins pour un garçon une fois la proie emballée. Alors on danse en buvant du champagne pour oublier et faire semblant de ne pas comprendre que Mars et Vénus seront toujours chien et chat. Je sais qu’elle va arriver cette fin de nuit où je suivrai un homme, celui que j’ai aimé ou un autre. Je le regrette déjà.

Pour la première fois de ma vie, je me suis achetée de l’herbe pour m’aider à supporter ces longues soirées où je serai seule.

Collapsus

19 décembre 2012

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Je n’ai toujours pas fait l’arbre de Noël.

Une fin d’année affreusement longue, une série de mauvaises nouvelles, la mort, la maladie, la speudo tromperie et puis voilà, le message qui fait sourire.
Les souvenirs qui meurent doivent être remplacés, mon corps, ma tête, mon coeur détestent le vide. J’ai l’amour propre susceptible et rancunier.
Je donne beaucoup et je n’attends rien en échange mais je ne supporte pas l’indifférence dédaigneuse et la lâcheté.
Alors je souris en lisant quelques lignes, en essayant de penser qu’à des choses chaudes et douces qui pénètrent sans faire de mal. J’ai besoin d’être heureuse et je le mérite.
Mon sachet d’excuses s’est vidé soudainement. Un collapsus amoureux.

Mario Bros n’a plus de vie.

L’Autre, cet inconnu

18 décembre 2012

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Gabriel Moreno – Seize Galerie

On pense connaître l’autre, on pense aussi le changer même si ce sont
souvent ses travers qui nous attirent.
L’âge, l’expérience, la maturité, la sagesse ne changent rien quand on
aime, on est au final toujours un aveugle en souffrance.
Je n’ai rien vue ou plutôt j’ai trouvé mille excuses pour continuer à y croire.
Je me suis même souvent dit que ce n’était que de ma faute, à en
culpabiliser, à vouloir prendre la décision de tout arrêter pour notre
bien et surtout le sien.
Aujourd’hui, je n’ai plus le choix. La décision est une évidence et en
face il n’y a que le silence.
Un silence qui évite une nouvelle discussion stérile.

Après la colère, il y a la souffrance et un jour l’indifférence. Vite.

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http://cryingdoesntsolveanything.com/

Je sais qu’il ne faut pas que je le fasse, il est peut-être 5h du mat, la dernière vodka Get bue un peu trop vite, je regarde le dancefloor se vidait sans le voir et je pars. Il fait froid, je suis seule, je ne comprends pas pourquoi il ne m’a pas rejoint. C’est vrai que je n’ai pas répondu à son dernier message, c’est vrai que j’étais en colère, j’en voulais à la terre entière assise sur ce billard, un peu sonnée d’avoir gâché cette soirée qui avait bien commencé. J’aurais du rentrer me coucher, ne pas chercher à comprendre, le laisser lui et sa jeunesse passer sa soirée et mieux le laisser faire sa vie. J’ai voulu me faire du mal, tester pour la énième fois son attention, qui n’est jamais au rendez-vous dans ces moments là. J’ai tourné la clef, j’ai démarré et j’ai filé pour le retrouver. Faire la paix.

15 minutes plus tard, j’étais garée devant chez lui, mon coeur battait de plus en plus vite, j’étais essoufflée. Je suis sortie de la voiture, j’ai traversé la rue, ouvert le premier portail, traversé la cour. J’ai vu de la lumière, j’avais un pressentiment mais je souriais sans vraiment imaginer. J’ai composé son numéro, j’entendais de la musique, il était là. Pas de réponse, messagerie. Je suis devant la porte, je suis stressée, je fais demi-tour, je vais pour redescendre. Mais non, c’est plus fort que moi, il faut que je sache qui est avec lui.

Je remonte, je tape à la porte, il ouvre.

Et je vois, ce que je redoutais.

Echec et mat.

Reprise

12 décembre 2012

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http://cryingdoesntsolveanything.com/

Les Si ne sont plus d’actualité. La réalité a envahi mon quotidien, les échappées virtuelles se font rares. Il paraît que j’ai l’air mieux.

J’ai finalement ce que je voulais. Je suis avec un homme plus jeune qui mène une vie qui n’a pas besoin de femme.
Ecrire ici n’était plus nécessaire, « se vider du pire » comme disait quelqu’un que j’aimais lire, ne me prenait plus ces matins très tôt ou soirs très tard, seule à la recherche d’une attention néfaste.
Je ne suis sans doute pas plus aimée mais aujourd’hui je le ressens, les autres aussi d’ailleurs, ils me donnent leur numéro comme ils me donneraient l’heure. Dans ce jeu devenu réel, tout le monde sait la vie de l’autre, le cerveau ne s’arrête jamais à la réalité, le cerveau nous fait prendre un bain à 2h du matin avec la plus belle ou le plus beau des inconnus.

Je n’ai pas de baignoire. L’envisager pour mon prochain appartement.

Sérendipité à l’ancienne

10 septembre 2012

vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu – Woody Allen

Je n’ai plus les moyens mais je fais quand même mes courses chez Monoprix. Je mange moins, j’ai pourtant pris 5 kgs.

Quand j’ai vu pour la première fois celui qui m’invite maintenant beaucoup trop souvent au restaurant, je vivais encore dans ma cage dorée à la porte grande ouverte. Je le croisais parfois à des soirées, où nous avions bien trop d’amis en commun pour ne pas finir, lors d’un dîner, l’un à côté de l’autre. Ce soir là, je ne devais pas sortir et encore moins aller au restaurant. Ce soir là, on a choisi tous les deux une salade à l’ail comme accompagnement. Ce soir là, je ne portais pas de talons, pas de jeans slim, pas de décolleté,  je ne portais pas la tenue dans laquelle il me préfère aujourd’hui. Ce soir là, j’étais une nouvelle célibataire cernée, triste et préoccupée. Ce soir là, rien n’était propice à une rencontre. J’ai toujours été persuadée que je finirai avec quelqu’un via le net, moi qui suis une hyper connectée. Je crois que c’est la personne la plus low-tech que je connaisse.

Croiser une personne, une dizaine de fois et ne pas la voir, ou plutôt ne pas la regarder. L’attraction, un jeu de hasard sans lois.

Si je ne n’étais pas sortie ce soir là… Si j’avais retenu un poignet, il y a plus d’un an… Si je n’avais pas fait un deuxième enfant, il y a 8 ans… Si j’étais morte après cette opération, il y a 3 ans… Parfois je m’imagine avec des si.

Fond noir

30 août 2012

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Pavillon allemand – Barcelone 1929 – Architecte Mies Van Der Rohe

Septembre dans deux jours et il pleut.

Audrey sort de sa maison sur les hauteurs de la ville, face à la mer.
Habillée de blanc, seul son visage doré ressort, elle s’arrête au bord de la piscine.
Aujourd’hui, elle enterre sa mère, elle pense à la robe qu’elle va porter.
La tasse de thé est brûlante entre ses paumes, elle est triste mais ne pleure pas.
Cette mort est un soulagement, sa mère luttait depuis plusieurs années et la voir dépérir devenait insupportable.
Audrey a 38 ans, pèse 48 kg pour 1m68, son fils a 5 ans, sa fille va avoir 2 ans bientôt.
Audrey est en bonne santé pourtant son visage lui donne 10 ans de plus, émacié, son regard est triste. Ses beaux yeux bleus, ses longs cheveux blonds et son bronzage ne font pas illusion, aujourd’hui. Demain peut-être, au restaurant avec ses amies, ses clones, toutes belles et souriantes, cachant sous leurs tenues griffées et leurs manucures rutilantes, des problèmes de femmes à qui on ne pardonne rien parce qu’elles ont l’apparence du bonheur et de la réussite.

Audrey boit une dernière gorgée, elle se retourne, dans son dos la plus belle vue de la ville.
Elle va enfiler une robe gris anthracite que son mari lui avait offerte pour lui faire passer la pilule de ses nombreuses absences. Il lui a fait l’amour ce soir là encore imprégné de l’odeur d’une inconnue. Ça doit sans doute l’exciter de passer de l’une à l’autre. Audrey ferme les yeux… Au propre et au figuré.

Audrey joue son rôle, son image immaculée, sa baraque, sa famille… Son âme se reflète à la surface de la piscine.

Sa piscine au fond noir.

Un long été à la mer

27 août 2012

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Les Garçons Crus †

Bientôt septembre, et mon apparence estivale va devenir aussi pathétique que celle d’une quadra qui accumule les signes de sa peur de vieillir.

Sinon tout va bien, j’ai changé d’amis.

Ou plutôt j’ai gardé les fidèles et de nouvelles connaissances font aujourd’hui partie de ma vie.

En moyenne, ils sont plus jeunes, plus beaux, plus riches comme je l’étais à leur âge.
J’écoute leurs préoccupations, leurs loisirs et leurs déviances. Des récits, l’expérience de leurs 30 ans que je revis par procuration. Je me sens bien avec eux, je les regarde en repensant aux très belles années qui ont fait de moi une maman, une propriétaire, une femme pleine de projets en figeant quelques grammes de cellulite pour surtout ne jamais les oublier, tous les matins, nue devant ce miroir impartial.

J’aime écouter la vie des autres, j’aime la lire aussi.
Alors j’achète des romans mais le plaisir de découvrir en temps réel, la vie cachée du commun des mortels, n’est pas le même.
Il y a en pas cet exhibitionnisme indécent à écouter ces amis, la pudeur des uns, l’impudeur des autres.

Il est tard dans ce restaurant à la vue phénoménale, autour de la table, personne n’en parle, l’attention, la discussion ne sont motivées que par des choses bien plus ordinaires. Des quotidiens si riches de banalités que je ne m’arrêterai jamais d’écrire ici si j’en avais le temps.

Je suis admirative de ceux qui inventent totalement, ce n’est pas mon cas. Je n’ai pas ce talent. Il est 23h, je puise mon inspiration en mangeant des calamars frits et leur sauce à l’ail.

Tout ici n’est que ressenti de ce que je vis ou ai vécu, de ce que mes proches me racontent. J’invente aussi bien sûr. Je n’ai pas la volonté d’exhiber ma vie, j’essaie plutôt d’être dans une forme d’analyse de nos comportements. Je me base sur des faits ordinaires et c’est vrai que beaucoup s’y retrouve, pensant que tout ce que je dis est vrai parce que ça fait réel. Un mélange de mayonnaise et d’aïoli.

Il y a quelques jours, j’écoutais un ami me dire que certains trouvaient mes posts presque malsains, obscènes, que j’étalais mon intimité, ma vie sans pudeur. Evidemment, cela m’a déstabilisé, évidemment j’aimerais rencontrer ces personnes, me défendre et peut-être que ce sont les mêmes qui, une fois en face de moi, me disent que j’écris bien et que je dois continuer.

J’ai longtemps porté un masque, pour protéger mon anonymat, j’ai voulu me dévoiler, j’ai perdu un peu de liberté.

C’est toujours dur, d’entendre la vérité des autres.

Ma vérité est ailleurs. Ici que des réalités ressenties.

Je ne suis qu’une « femme crue ». L’interprétation est libre.

« l’écriture ne soulage guère. Elle retrace, elle délimite. Elle introduit un soupçon de cohérence, l’idée d’un réalisme. » extrait de Rester vivant – Michel Houellebecq

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Whitest Boy Alive – Keep A Secret

Cela fait 20 jours que je n’ai pas vu mes enfants.

Sensation étrange de liberté culpabilisante. Je sais qu’ils sont heureux avec leur père, je sais qu’ils l’étaient aussi en juillet avec moi. Je passe mes journées et mes nuits comme si mes 15 ans de vie idéalement convenable n’avaient jamais existé. Avant j’étais une mère de famille de 41 ans dans un corps de fille de 30 et un cerveau de 20. Aujourd’hui, j’ai dépassé les 42 et j’ai la vie d’une cinquantenaire décomplexée au bras d’un blond qui fait 15 ans de moins qu’elle, même si réellement ce n’est que 8. Je l’oblige à porter la barbe.

Je ne sais pas pourquoi mais ce corps de page centrale de magazine que j’étais si fière d’arborer ne me manque pas. D’apparats de la jeunesse, il ne me reste que mes cheveux. De dos, mon visage et mes mains cachées, l’illusion n’est plus totale.

Rassurez-vous, j’ai la vie que je voulais, le bonheur est presque imparfait et je suis toujours capable en quelques secondes, une nuit vers 3h du matin, un verre de gin à la main, de me replonger dans ce désarroi incompréhensible mais tellement bon avec un peu de schweppes tonic.

Tout ça n’est évidemment que pure invention. En vrai je prépare mon mariage et je suis enceinte d’un troisième enfant.

Sous influence

9 août 2012

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Elle est interminable cette journée.

Avoir envie de quelque chose, avoir la sensation d’oublier quelque chose, se tortiller dans tous les sens, prendre des photos de l’insignifiant, trouver que les heures sont aussi longues que des jours, écrire des messages et les effacer, boire un café puis un thé, ranger, classer, jeter… Relire 15 fois le même mot.

Je ne devrais pas être dans cet état, j’ai un peu forcé le destin, j’ai décidé sans vraiment réfléchir, l’égoïsme à son paroxysme. J’avais envie de ces quelques jours là-bas et j’ai tout fait pour y aller sans mesurer les conséquences. Je vis les choses, le reste ne m’importe plus.

Se demander sans cesse si on est heureux, amoureux, satisfait… Ce n’est pas l’être. Non ?!

Je le suis, j’impose. J’avance vers les ravages du temps et je suis prête pour faire une énorme bêtise. De celle que personne ne comprendra sans être vraiment étonné.

J’ai acheté ma première planche à repasser.

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