Correspondance imaginaire…

20 décembre 2016

« Me voilà terré depuis des semaines dans cette forêt enchantée. L’épaisse ramure des arbres empêche la lumière d’y pénétrer. À terre, des milliers de limaces trainent lourdement leurs masses informes autour de mes pieds. Alors que le temps s’envole, je fais du surplace. Ironie du sort, leur bile vient pommader la crevasse des mes artères. Mon regard se plonge dans la cécité d’un passé encore intime. Mémoire de ces éclats comme de ces calvaires. 
Les nouvelles se font rare tandis que mon deuil fait le mort. Mais sa légende elle, continuer de se raconter. Plus vulnérable peut-être, mais toujours aussi glamour et mystérieuse. Et puis un matin, c’est le tonnerre gronde au réveil. Elle a rencontré un autre homme. Il aurait son âge et une situation… Autant de détails insignifiants qui en fin de compte pourraient se montrer rassurants. Étrangement, je n’y crois pas un mot. 
Un éclair de lucidité s’empare de moi, pour en avoir le cœur net, je décide de foutre le camp de ce merdier. Il est 22h passée, nous sommes à l’aube de la trêve hivernale. Je guète la fenêtre de sa chambre depuis le trottoir d’en face. Cette nuit là, elle a laissé les rideaux grands ouverts. J’aperçois alors la silhouette virile de son nouvel amant. Sa plastique rappelle celles des statues grecques antiques. La beauté d’un dieu et tout aussi jeune que moi.
L’éphèbe est nu comme un ver, toutefois coiffé d’un masque vénitien. Un oreiller est soigneusement disposé au sol, sur lequel les genoux de l’Aphrodite viennent se planter. La distance est trop importante pour voir en détail, mais l’expression de son visage laisse deviner qu’un sexe vigoureux est profondément enfoui dans sa gorge. 
Tandis qu’elle vit d’un autre que moi, un goût d’acier se dépose sur ma langue. Ce spectacle manigancé et pervers me fait prendre conscience qu’auprès d’elle, j’avais cessé de me questionner. Mon être atteignait des sommets de plénitude. J’ai perdu la gâchette, mais à l’heure qu’il est, j’ai peine à voir que mon soleil s’éteint au fur et à mesure de ces mots qui s’écoulent. Pourtant, je m’obstine à croire que notre romance irrationnelle est destinée sans même qu’elle ne s’écroule. » K 

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