© Marsatac 

Un soir tard, comme beaucoup d’entre nous, j’échange avec plus qu’un ami d’infortune des musiques, c’est la drague 2.0. Je clique sur la vidéo d’Odezenne, un groupe que je connaissais à peine. Apparaît en lettres phosphorescentes un JE VEUX TE BAISER… Un message qui a le mérite d’être clair. Intriguée par les paroles crues en total contraste avec un clip qui relate l’amour pur d’adolescents durant une soirée un peu folle, il fallait que j’en sache un peu plus. Je me retrouve donc au bar pro de Marsatac, vendredi dernier, j’ai le trac, je vais interviewer dans moins d’une heure ces trois trentenaires aux allures d’éternels adolescents pour le site Les Marseillaises.

Odezenne c’est 3 personnalités, 3 amis d’enfance qui en sont déjà à 4 albums, une douzaine de clips et de nombreuses heures sur scène où ils sont intenables. Je reviens de la Cartonnerie, transpirante, essoufflée. Ces mecs dégagent une énergie folle et au début j’étais stressée pour eux ils ont eu la lourde responsabilité d’ouvrir Marsatac. 
La meute des chiens et des loups était présente dés 21h30 tous crocs dehors pour recevoir Alix avec son mini Bob rouge, Jaco méconnaissable sans son bonnet, sans barbe, sans ses cheveux longs à la Serpico et enfin Mattia tout en finesse, tout trois totalement survoltés sur scène. Un concert attendu, un public qui connaissait leur répertoire, chantant en cœur « je veux ton cul, ton cul, ton cul… ». Mais Odezenne ce n’est pas que quelques titres provocateurs, sexuels et des rimes drôles, c’est aussi un univers très noir, engagé et parfois même désabusé qui peut parler du refus de la paternité comme dans « bouche à lèvres » qui passent des mots doux aux mots troubles dans « souffle le vent » ou « un corps à prendre ». Totalement conquise par ces garçons au charme rugueux, de vrais oxymores à la sensibilité à vif. Quand on sort d’un concert d’Odezenne, c’est comme après une bonne baise, avec du tendre, du dur et même un peu de hardcore, la fin comme une éjaculation de mots, de cris et de lumière. Merci les gars, c’était très bon.
Et mon interview bien moins intense que ce que j’ai vécu dans la fosse. J’ai fait l’impasse, j’avais qu’envie fumer une cigarette et m’endormir près de vous.

L’insoutenable beauté 

19 septembre 2016

Les rencontres d’Arles – Dominic Nahr 

Je suis rentrée dans la première salle d’exposition, au hasard, le cœur léger, le sourire aux lèvres et le corps encore chaud. Une petite salle vétuste, les murs recouverts des traces d’hivers humides et d’étés caniculaires, les murs d’une vieille bâtisse arlésienne.

La photo était en face de moi, immense ou sur un tout petit bout de mur, je ne sais plus, je ne voyais plus rien d’autre sans pouvoir la regarder, j’ai détourné instantanément mes yeux qui se remplissaient de larmes. Jamais une photo ne m’a fait un tel effet, la mort, la puanteur, l’atroce, ce qu’il restait d’un homme flottant dans l’eau symbolisant toute l’horreur de la guerre.  J’étais tétanisée, comme une enfant qui n’arrive pas à regarder un film d’horreur et qui a tellement envie de se rapprocher pour voir de plus près tous les détails de ce corps en décomposition. Je n’ai pas pu, même pas le prendre en photo comme je l’ai fait pour toutes les autres, les heures qui ont suivi.

Les gens passaient sans vraiment voir ce cadavre si réel, magnifique puis quelques mètres plus loin ils riaient sur les photos de saucisses en guise de nez. Un parcours, comme des montagnes russes.

J’ai continué ma visite avec ce goût de la mort sans jamais trouver aussi fort même si certaines œuvres étaient aussi belles.

Eaux troubles 

16 septembre 2016

Instagram @paris_obsessions

Je le croise souvent le soir assez tard.

Il a ce sourire en coin des hommes qui sont habitués à être l’objet de toutes les attentions pas que féminines.

Il est peut être 22h il plante son regard noir dans le mien et avec un ton anodin balance un « j’ai envie baiser sans avoir envie d’attendre ! ».

Cette exclamation ne me concerne pas, nous le savons. Je dois faire partie de ces femmes à qui l’on parle comme à un copain de chambré.

Autour de moi, les liaisons n’ont plus rien de cohérent, les célibataires sont fidèles, les femmes mariées ont compris qu’il valait mieux avoir un coup d’avance et on trouve presque plus facilement l’Amour sur Tinder.

Ce soir je dîne chez des recomposés, plus frais qu’un jeune couple à qui tout souri. Je me rappelle ces périodes de doutes où je l’écoutais des heures entre désespoir et certitude, chaque jour la situation basculait d’un côté puis de l’autre. Les retrouvailles, les projections, l’envie si grande d’être ensemble juste pouvoir se balader dans la rue normalement, le lendemain, les pleurs sans véritable raison, juste un mot qui fait déborder toute cette frustration. Imaginer l’autre dans ses bras à lui, l’imaginer elle, libre entourée des autres. Un long métrage dans une seule journée.

En attendant je vis ma fausse idylle sans avenir comme si le futur nous appartenait.

Dimanche Arles.

Ce qu’il y a de bien quand on ne se voit jamais c’est qu’on a très envie de baiser.

Il paraît qu’il va pleuvoir, j’espère que la piscine de l’hôtel sera au moins photogénique.

 

%d blogueurs aiment cette page :