Souvenirs blonds

24 avril 2016


Il y a 5 jours, je suis morte. 

Terminal 1 Hall 4 Porte 89 et des milliers touristes blonds carbonisés. 

Je reviens du Paradis, passage obligé en Enfer, Ryanair. 

Il est deux heures du matin, mes genoux coincés et le front collé au dos du fauteuil, le bus bondé va décoller. Je ne peux même pas écrabouiller la main de mon voisin ce n’est celui avec qui je couche. Le temps passe décidément très vite sauf quand on a peur. 

Dans leur grande majorité les hommes de plus de 40 ans n’ont jamais eu beaucoup d’intérêt à mes yeux encore moins depuis que je suis plus âgée qu’eux. L’acceptation de soi passe aussi par l’affirmation de ses préférences. Il est trop tard pour changer. J’aime un homme qui n’est pas fait pour moi, je bois des Spritz tous les soirs, je le regarde découper des légumes et plaisanter. Je souris, je ris bêtement. Je suis un passage dans sa vie, une photo qui restera à côté d’une carte postale sur son frigo, un numéro dans son téléphone, une légère effluve quand il dépliera un pull, une culotte oubliée… 
Je serai son souvenir blond.
Profitons.

Aristophane est parti

14 avril 2016

Je ressasse mes états d’âmes comme on suce la même queue pendant des années par Amour.

Il est parti. Il ne va pas me manquer même si je lui ai dit le contraire tous ces derniers jours, ce que je ressens est bien pire, j’ai la sensation qu’on vient de m’enlever ma légèreté, mon envie, mes rires qui ont rythmé ces dernières semaines. Ce n’est pas un simple nouvel amant qui a partagé mes nuits, j’avais cette sensation d’évidence, de fluidité comme si je n’avais plus besoin de formuler. Un double au masculin. Zeus vient de nous punir, « embrassés, enlacés l’un à l’autre, brûlant de n’être qu’un, ils mouraient de faim et d’inaction, car ils ne voulaient plus rien faire l’un sans l’autre. »

Le Banquet, c’est ce soir dans ma tête.


Le rythme est effréné, rien de mieux pour ne plus se poser de question, vivre les choses en balayant tout sur son passage.

Il est peut être 3h du mat « et que ne durent que les moments doux », j’ai ce refrain dans la tête et ses doigts dans ma bouche, la place Thiars est déserte, on se perd dans ces rues qui se ressemblent toutes, des restaurants vides, des chaises et des tables empilées, des rires au loin, un porche comme un refuge à notre envie, quelques minutes pour que nos mèches blondes s’emmêlent, nos fluides se mélangent, il me serre si fort qu’on pourrait croire qu’il est entrain de me faire du mal. Les rires nous passent devant sans nous voir, son corps fait rempart aux regards s’ils avaient été indiscrets. Vivre nos soirées dans un temps accéléré comme si c’était une dernière nuit, entre burrata crémeuse et shot de Hendrick’s, ne se souvenir des détails que dans la narration le lendemain, allongés l’un contre l’autre comme un vieux couple qui se remémorent une folle jeunesse. Nos frasques sont totalement puériles, prendre de petits risques pour se faire peur et courir comme deux voleurs aux mains vides.

Ce soir, c’est le manque qui écrit, je ferme les yeux pour revivre son goût dans ma bouche, ses mains qui malaxent mes seins comme un apprenti boulanger fan de Russ Meyer, écrire pour ressentir encore et encore. Il n’y a pas de fin à mon plaisir, je l’entretiens de mots vrais ou faux, vécus ou fantasmés.

Tout ici n’est que mélange, il n’y aurait pas ces dizaines de photos dans mon téléphone que j’en arriverais presque à douter. Mentir en étant crédible, un long entraînement, l’apanage de ceux qui ont été en couple longtemps. Devoir un jour repasser à nouveau les chemises d’un homme me conforte dans ma soif de liberté.

Je savoure la dernière cuillère de ce yaourt à la vanille en écoutant one ring circus un petit goût de blond endiablé dans la bouche.

Sur ma route

3 avril 2016

 
Je vis au rythme d’un compte à rebours.

Je ne pense qu’à ce qui n’est pas encore arrivé, rien de mieux pour se noircir un dimanche déjà bien gris.

Les verbes à l’infinitif se succèdent, danser, manger, dormir et l’écouter respirer en attendant un départ. Je n’arrive même plus à profiter des bonnes choses, totalement obnubilée par l’après.

J’ai peut-être 10 ans, les fêtes de noël viennent de passer, ma mère prépare son sac de voyage dans ma chambre, elle va repartir comme elle le fait à chaque fois. Le rituel est identique, la joie intense de la voir arriver, les journées qui passent comme des heures, l’angoisse de l’imaginer partir, son odeur, il reste quelques minutes, je prends son flacon de shalimar, deux pschitts sur une peluche et elle est déjà dans l’ascenseur.

La porte vient de claquer. Ils sont déjà repartis.

Je ressens cette sensation d’abandon, comme si je ne les reverrais plus. Totalement disproportionnée, comme mon état ce soir. Pauvre petite chose qui se cherche des états d’âme.

Jack est mort à 47 ans. Je relis sur la route pour passer ce temps que je déteste vivre seule.

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