L’homme gâté

28 février 2016

 Prieur de la Marne – Photographe Hervé Dapremont 

L’homme gâté rentre dans une vie.

 Toutes les étapes se succèdent comme tatouées. Le premier contact, un hasard organisé, un lien. Puis les échanges égrainés au fil du temps, évidemment longs et lents, des mails, des sms, des chuchotements, des regards, des morceaux de peau, l’envie d’un dernier verre, le charme opère. Rien de grave, rien d’important, il n’existe pas vraiment. Une respiration entre deux vies cloisonnées, des mondes radicalement opposés. Une faille, d’une noirceur extrême, une peau parsemée de bouts de vie comme le corps de cette femme gourmande, avide de plaisir. Des centaines de questions sans réponse, l’homme gâté prend forme et cette envie incontrôlable qui monte qui déborde qui envahit tout. L’envie d’être une passade, un soupir, une pulsion… Une histoire sans début donc sans fin.
Il existait quelque part un homme gâté sans dieu ni maître, juste des déesses et des maîtresses qui parsemaient sa peau. 
Un jour l’homme gâté beau comme un dieu est devenu mortel dans les yeux d’une femme.
L’homme gâté est enfin amoureux.

[ vous pouvez lire ma contribution dans le coffret « messages personnels »  de Prieur de la Marne chez Alpage records. ]

 
OD m’envoie des e-mails comme s’il m’éjaculait sur les seins depuis quelques jours.

Je ne connais pas OD, il est un lecteur et il a décidé de m’écrire, qui est-il ? À quoi ressemble-t-il ? Je ne suis même pas sûre que ce soit un homme. 

OD se dit jeune et il écrit très bien, alors je le lis et je suis impatiente chaque jour de recevoir sa semence.

Il en devient presqu’excitant, bien plus que si je recevais des photos d’un visage sur un corps parfait.

Le pouvoir des mots, entre bienveillance et agression. Mon imagination fait le reste.

Tu es bon. Tu es très bon.

Barbarie Amoureuse #5

16 février 2016

 
Inspiration Purple  

Il ramène une fille dans son lit comme on se désaltère, naturellement sans une once d’effort, de culpabilité ou même d’envie, instinctivement. Il s’étonne parfois de leurs mauvaises réactions, comme un enfant pris en flagrant délit la main dans le sac à bonbons. Pour lui, il n’y a pas de mal, il chasse, il séduit, il emballe comme nous respirons.

Sa danse de séduction comme celle d’une araignée-paon peut durer plusieurs mois, douce, légère, parfaitement dosée. Quelques messages, des compliments, s’intéresser sans vraiment s’attarder, du travail d’orfèvre. Il arrive à pas de loup, avec son sourire ravageur, ses morceaux de peau, on imagine son regard quand on entend ses éclats de rire, le soir tard du fond d’un lit désespérément vide.

J’ai été sa proie, comme il aurait pu être la mienne. Et j’ai aimé ça.
Je savais exactement ce qui allait se passer, je savais qu’on se plairait, je savais que nos langues comme nos peaux s’emmêleraient parfaitement au premier regard, très près du premier baiser.

Deux sentimentaux égoïstes se croisent dans une ville, il est peut-être 19h, l’heure de manger un risotto aux truffes arrosé de gin-tonic. Aucune logique comme la suite.

The Faceless Woman 

15 février 2016

Série réalisée par la photographe Malika Mokadem dans le showroom Street Art Galerie à Marseille.

       

                            

 
Photographe Sunny Suit

Les cheveux blonds d’une femme sans âge me frôlent. Je me retourne, je la suis du regard, j’ai cru la reconnaître mais ce n’est pas elle. Je viens d’arriver au Silencio, tout le monde s’y presse depuis son ouverture mercredi, j’y retrouve mes amis, ma tête est ailleurs avec elle dans une dimension qui m’échappe.

Je viens d’avoir 24 ans et je ne sais déjà plus combien de bouches ont englouti ma queue depuis que je suis arrivé sur Paris. Je vis dans un bel appartement, sous les plafonds d’un autre temps des inconnus souvent avec un « e » passent des soirées sur mon canapé parce que je déteste manger mes sushis seul. Je suis envoûté par une émotion légère comme un soleil radieux comme disait Higelin. Je suis envoûté par une femme que je ne connais pas, ni belle ni laide, sans visage. Juste un rire à des centaines de kilomètres, juste un parfum que je devine, juste des épaules recouvertes de boucles à la couleur indéfinissable. Je suis envoûté, je pense tout le temps à elle, je rêve d’elle, je la veux, j’ai envie de lui faire l’amour depuis des mois . Partout où je me trouve, je la cherche. J’imagine notre rencontre. Lui voler un baiser et lui tirer les cheveux jusqu’à ce qu’elle devienne chauve.

Cette nuit, après-minuit, j’aimerais être avec elle et la regarder dormir, la tête au-milieu du lit. Et ça me rendrait fou. Au lieu de celà, ivre de champagne et de frustration, je finirai allongé au milieu de la rue ou dans le lit d’une très belle inconnue avec qui je serai le pire des goujats.

Juste parce qu’elle a les cheveux lisses.

  
J’ai imaginé sa queue comme une gourmandise interdite. La culpabilité m’est douce au palais.
J’ai commandé un gâteau au chocolat avec un coeur fondant à la noisette, comme une enfant mal élevée, j’ai posé le bout de mon index gauche là où c’est mou et chaud, je l’ai regardé en portant à mes lèvres la douceur, j’ai légèrement ouvert la bouche, j’ai posé le bout de mon doigt sur ma langue et je l’ai retiré doucement en fermant les yeux. Il me regardait en souriant.
« ça à l’air bon, tu me fais goûter ? ».
J’ai toujours aimé partager mon dessert. Il paraît que c’est plutôt rare.

La femme d’à côté

11 février 2016

 #photographer @justinhollar

Il est 8h15, assise sur la terrasse de ce bar pmu, en avance comme à mon habitude, je bois un thé allongé d’une envie de cigarette. J’écoute les discussions passionnantes d’un groupe de lycéens presque en retard. Je porte une tenue qui suggère plus qu’elle ne montre, en parfaite salope de mère de famille. Il est 8h30, je confirme la règle, j’arbore une expression neutre tout en ressentant la douce vibration d’un sms présumé coupable.Il est 8h40 et j’attends toujours mon rendez-vous, je suis maintenant assise dans ma voiture et je regarde l’écran de mon téléphone. En fond sonore France Info parce que je suis sensible à la voix de Jérôme Colombain.
Un début de journée ordinaire pour une apparence trompeuse.
Je suis celle à qui on sourit souvent, qu’on siffle encore, qu’on embrasse le matin en partant, qu’on baise le jeudi quand elle rentre ivre, le samedi devant le journal du hard, le dimanche matin comateux, à qui on se confie, à qui on offre des cadeaux qu’elle ne mérite pas, à qui on fait sans hésiter des enfants, qu’on couche sur son assurance vie, en qui on a une entière confiance. Je suis celle qui conjugue tout et qui veut tout réussir. Je peux être la femme de ton meilleur ami, de ton patron, de ton père. Je suis même peut-être la tienne.

Quel chanceux !

Marseille, Soleils Noirs

2 février 2016

 

 
 Artiste Peintre Benjamin Chasselon 



Je prends le métro depuis quelques jours, une habitude que je n’avais plus depuis la fac.

Ce matin, je reçois mes alertes comme d’habitude, quelques morts assez loin pour ne pas vraiment sourciller, une mère de famille infanticide et suicidaire déjà je commence à blémir, un ado poignardé, un incendie, la matinée commence mal dans ce putain de monde. Les drames sont ici mais aussi ailleurs.

Je sors la tête de mon téléphone, et je regarde les gens autour de moi, beaucoup de jeunes, il est 7h45 c’est un trajet populaire, je pense aux peintures de Benjamin Chasselon, ce mélange, cette mixité, cette fureur de vivre. De longues chevelures, des yeux noirs parfois verts translucides sur une peau légèrement hâlée, des corps fins et musclés que l’on devine sous leurs jeans moulants, ils sont pour la plupart remarquable, 20 ans et la beauté du diable comme on dit ici, ils rient, se chamaillent. Un peu plus loin, d’autres un peu plus âgés, plus clairs de peau écouteurs sur les oreilles, les sacs à dos Chabrand, Eastpak collés aux Vanessa Bruno et quelques Dreyfuss. C’est ma ville, c’est notre jeunesse, flamboyante de bon matin, mélangée, métissée, vive et enjouée. Je me sens bien, ni en danger, ni en sécurité, je suis habituée à la ville au milieu de la nuit de l’Opéra aux rooftops, que ce soit rue paradis ou dans une cité, je sais que ça peut déraper, je connais ses qualités et ses faiblesses, alors quand je regarde la première page de Libé, je souris, je ne suis pas surprise. Notre ville a un cancer et son seul espoir c’est ce sang frais, les enfants de nos 111 quartiers de Belsunce, Montredon … Périer à Mourepiane.

Il y a de l’espoir dans notre jeunesse, comme un bébé qui n’est pas né au bon endroit où avec un handicap, elle est forte, elle compense, elle surmonte. Ce mélange doit nous hisser vers le haut.
C’est notre jeunesse solaire.

Nos soleils noirs.

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