Les mariages arrangés, les liaisons d’intérêt, les amours impossibles, les coups de foudre, le hasard et les lois de l’attraction, de multiples façons de faire connaissance… Et il y a depuis quelques années la rencontre qui commence virtuellement. Il y avait le Minitel, les chats puis les blogs, les réseaux sociaux, les messageries instantanées, les sites et les appli de rencontres… Des millions de possibilités, une source intarissable, un puit sans fond. A ce rythme, l’amour exclusif n’a plus beaucoup d’avenir. La concurrence de la rencontre facile, du mystère à chaque nouveau clic, l’excitation de la découverte sont devenus bien trop forts et à la porter du plus grand nombre. La banale réalité de femmes et d’hommes ordinaires ou même exceptionnels ne sera jamais à la hauteur de tant de nouveauté, de choix, d’êtres fantasmés. Il y a de plus en plus de filtres, entre nous et la réalité. L’idéalisation est si forte par ce prisme que la déception est quasi obligatoire, la réalité toute belle et souvent pleine de charme, ne peut lutter contre le pouvoir de l’effet des messages prometteurs d’inconnus. La confiance n’existe plus, chasseur ou proie, on peut tous l’être sans même réaliser.

Un inoffensif « alors ? », un « ça va ? », un « je suis là » autant d’approches qui font mine de se soucier de savoir comment va l’autre depuis la première connection, demander des nouvelles sans attendre de réponse, un nouveau contact rassurant, un favori à l’écoute, toujours là, même à des milliers de kilomètres. Un plat au chaud qui un jour sans peu d’effort se fera déguster puis remplacer. 

Les amoureux low tech sont peut-être les seuls à avoir une chance de faire un petit bout de chemin ensemble, il y aura évidemment quelques coups de canif, la boulangère au décolleté accueillant, le prof de gym motivant mais si peu en comparaison du haut débit.

La journée fut magique mais c’est dimanche.

Désolée.

« Alors quoi ? »

Dans la tête d’un blond

22 janvier 2016

 

Je te quitte, j’ai mal. Tu me quittes, j’ai mal. C’est peut-être plus facile de laisser pourrir, voir de disparaître. C’est une technique qui a fait ses preuves. 

« Un silence sans raison fera qu’elle ou il s’en fera une. » 

Une femme par fierté sans doute mais un homme amoureux ne comprend pas. Il essaie, il se démène, il insiste puis un jour brutalement plus rien, et là généralement cela devient intrigant donc intéressant. On gratte un peu, on retourne sur son profil comme on questionnait le boulanger il y a 50 ans. 

La cause est toujours accordée au féminin, la main dans la culotte d’une autre.

Le temps est venu de reprendre mes bonnes habitudes d’amoureuse solitaire. Je n’ai le temps que d’être une, pour être mieux. Je supporte l’autre quand je le vois peu, je préfère être concentrée sur ma petite personne, mes abdos et ma bite si j’en avais une.

Il n’y a pas de doute, je suis un garçon manqué.

Choc thermique

19 janvier 2016

Photographe PURIENNE

Ressentir ce froid intense, ce pincement au cœur, s’agiter pour ne plus y penser, pour se réchauffer.

C’est une douleur lancinante qui semble bénigne, comme ce petit bobo sur lequel notre maman nous faisait un baiser pour faire passer le mal.

Il y a ce manque, l’odeur, la texture de la peau, les sourires entendus, les discrètes attentions, les messages invisibles. Ces choses, ces êtres qui n’ont jamais vraiment existé mais qui squattent nos pensées comme des fantômes. Etirer son bras dans le lit, toucher l’oreiller gonflé de vide.

Cela faisait presque une petite semaine longue comme une année entière, souviens-toi l’été 90.

Tout a commencé sans préméditation, un mélange de curiosité et d’ennui, les grandes vacances. Tu me lançais des regards furtifs à chaque fois que l’on se croisait, la première fois dans cette papeterie, puis sur le quai de la gare, je me demandais qui tu étais. Le lendemain, je suis descendue sur la plage avec mon père, tu étais derrière nous. Cela a duré plusieurs jours, à se tourner autour. Un soir, je t’ai approché au bar de l’hôtel, nous avons bu un verre ensemble puis les choses se sont enchaînées naturellement, évidentes, nous avons fini sur la plage puis dans l’eau. Nous avons fait l’amour toute la nuit puis les suivantes. Les vacances se sont terminées, nous sommes repartis comme nous étions arrivés sans vraiment nous connaître.

Les jours qui ont suivi, nous avons continué à nous appeler dès que nous le pouvions, mon parfum imbibé les cabines téléphoniques.

Puis nos quotidiens ont repris le dessus, évidemment. Mon coeur a commencé à se serrer, mes humeurs à se noircir, je n’avais pas appréhendé cet écart si grand entre le bouillant puis le glacial, le plein puis le vide. Le temps l’a comblé comme tes pensées sans doute pour une autre.

Cette année-là j’ai appris que le mot Amour au pluriel s’accordait au féminin.

Les Amours Adolescentes toutes inoubliables qu’elles soient, sont perissables.

Pour le reste, on verra…

Mauvaises résolutions 

1 janvier 2016

 

2016 est là, je regarde défiler le bonheur des autres.

J’ai les symptômes de la parfaite progéniture de notre société de consommation. Je suis malade depuis 5 jours, j’ai sans doute fait quelque chose de très mal, cela m’a procuré bien trop de plaisir pour que ça reste impuni. Depuis je vomis, je comate, je déprime dans mon lit les yeux rivés sur mon écran, hypnotisée par ces sourires radieux, ces couples en rodage qui s’aiment en parcourant le monde, ces plastiques parfaites, ces robes étincelantes, de temps en temps un message déprimé, une photo sordide, quelques morts, j’accélère. Ma curiosité malsaine ne s’attarde pas sur le malheur, je préfère me faire du mal en suivant ceux qui sont heureux.

En lisant vos bonnes résolutions, je réfléchis aux 5 mauvaises que je pourrais prendre :

« Quitter quelqu’un qui m’aime, 

reprendre la cigarette,

continuer à ne faire aucun sport,

couper mes cheveux,

arrêter de prendre des douches à 16h30. »

Je ne les tiendrai pas comme les bonnes, finalement ce n’est pas très risqué.

Tous mes vœux de bonheur chers lecteurs.

 

Quelques années après notre rupture, je l’ai revu.

J’ai vu une silhouette au milieu des mortels insignifiants. Il attendait son tour comme les autres, ça ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas être là. Pourtant je l’ai reconnu immédiatement puis j’ai eu un doute, j’ai regardé ses chaussures, ses fesses, son dos, ses cheveux, j’attendais qu’il se retourne pour être certaine. Pendant quelques secondes, j’ai pensé faire demi-tour, je n’avais pas envie qu’il me voit, pas comme ça, si ordinaire. C’était trop tard, il se serait sûrement retourné juste à ce moment là. J’ai tendu mon bras, en pointant mon doigt j’ai touché son dos. C’était bien lui, encore plus surpris que moi de me voir là, réelle, simplement humaine. Impossible d’articuler la moindre réponse, j’avais du Baudelaire dans la tête.
« Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? »

Tout était flou autour, l’homme entre nous totalement transparent, plus rien n’avait d’existence, j’étais là, comme nue devant lui. Totalement intimidée comme la première fois.

L’inachevé et son pouvoir de séduction inépuisable. La frustration et cette chaleur qui tape directement au cerveau. L’inaccessible qui rend fou. Des joncs puissants autour de mon cou, mes poignets et mes doigts. Brillants, attirants, trompeurs.

15 mn. Un snif éphémère. Une promesse vaine. Un semblant d’amour éternel.

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