Amours barbares

20 novembre 2015

BRASSAÏ

Nous nous sommes peut-être croisés des dizaines de fois devant ce comptoir en zinc. Le hasard n’était pas en notre faveur.

Il y a 7 jours.

Vendredi dernier à l’heure du diner, je sais comme vous tous où j’étais, ce que je faisais exactement, j’ai ressenti cette stupeur, cet effroi, cette angoisse devant mon écran, je n’en ai pas dormi, j’étais dans l’attente de réponses, j’étais hantée par ces beaux visages souriants que beaucoup de mes amis espéraient revoir, ils auraient pu être le père de mes enfants, un frère ou mon dernier amant. Je me suis endormie au petit matin à la fois soulagée, rassurée par mes proches et extrêmement triste pour tout ceux qui ont eu la malchance d’être là où nous aurions pu tous être. Juste entrain de vivre.

Cette nuit là, pendant que des milliers de personnes étaient terrifiées, anéanties totalement impuissantes devant tant de barbarie, je m’étais inscrite sur l’application de rencontres la plus pathétique, partagée entre l’envie de me divertir et un profond dégoût de ce que j’étais entrain de faire, choisir un homme comme on choisit sa lessive le samedi matin.

J’ai sélectionné quelques profils parce qu’à force de déplacer mon index vers la gauche, ça devenait sans espoir.

Ce soir là entre un monde réel en plein chaos et les bas fonds du virtuel, j’ai croisé un ange.

Je ne sais pas comment cette rencontre va évoluer, nous sommes si différents quasi incompatibles pourtant je viens de passer une semaine si douce, sans me poser de question, sans tourments.

Au milieu de tout ce noir, l’évidence des contraires qui s’attirent. L’improbable évidence de notre désir un peu fou.

Brève possession 

11 novembre 2015

L’important c’est d’aimer Andrzej Żuławski

Tu t’interdis à moi ou peut-être même que j’ai totalement disparu de tes pensées, alors immanquablement tu hantes les miennes. Une vieille comptine, l’éternel refrain, on veut celui qui ne nous veut pas.

Il suffit de le savoir, de manigancer dans ce sens là pour arriver à ses fins. Alors pourquoi je ne le fais pas en post production ? Pourquoi je ne respecte pas le scénario ? Pourquoi je suis toujours en totale impro ? Pourquoi j’écoute mon désir plutôt  que mon cerveau ? Parce que ma vie ne s’écrit pas tout simplement, parce que quand je te vois de loin pixelisé, me frôler, où me sourire, j’ai juste envie de t’embrasser, de nous faire plaisir quelques heures, je ne veux pas plus. Le plus j’ai eu la chance de l’avoir et je l’ai encore, la baraque, les gosses, le mari, le break, le chien, la sécurité, la tendresse, le sexe à papa et la pizza le dimanche soir. Tout ça ce fut et c’est aussi ma vie.

Avec toi, je ne veux que de l’éphémère, je veux que mon cœur chavire quand tu me touches ou juste quand tu me regardes.

Je veux être éperdument amoureuse, je veux avoir mal de te perdre sans jamais t’avoir.

Posséder tes pensées et ton envie juste quelques nuits.


La beauté du dégoût 

9 novembre 2015

 Instagram @alabama_duel

Il faudrait ne jamais donner pour continuer à recevoir. De l’attention, de l’amour ou juste un peu d’affection, à croire que les Hommes préfèrent les égoïstes.

Le constat est sans appel, il a disparu aussi vite qu’il est arrivé dans ma vie, rentré par une porte dérobée, sorti sans la claquer. Sa quête se poursuit, son envie de nouveauté est intarissable, tu n’as pas fini de lui répondre que ses yeux sont déjà sur le cul d’une autre. Sa beauté comme appât, son intérêt est si flatteur, qui peut résister ? Sûrement pas moi.

Je n’ai même pas pu succomber, son avidité à voir, entendre, imaginer l’a rassasié si vite, de la beauté au dégoût, il n’y a parfois que 117 secondes de trop. je n’aurais peut-être pas du envoyer ce cadeau. Trop de réalité tue le désir.

Alors je pars dans mon autre univers, celui où mon visage remplace mon corps. Il est peut-être 2h du matin, je suis scotchée contre un mur, devant moi les alchimistes en plein set. Je n’ose rien faire, il retourne mon cerveau comme de jeunes savants fous.

Il est 7h, je suis noyée dans la ville. Esclave seulement de ma fatigue.

Depuis plus rien. Electroencéphalogramme plat.

The Shoes.

L’ennuie 

2 novembre 2015

La journée est longue, je croise et décroise mes jambes en attendant qu’elle passe, on me demande ce que j’ai, je réponds que tout va bien que le week-end c’était super que je suis juste un peu fatiguée que j’ai perdu le rythme qu’il ne faut pas s’inquiéter. C’est toujours rassurant quand les autres se font du souci, c’est ennuyant aussi. Je rentre tôt, je ne parle presque plus, je reste de longues heures toute seule dans ma chambre, face au miroir, à m’enduire de crème, à changer la couleur de mon vernis, je pourrais faire ça tout le temps, vivre qu’avec moi, mon reflet, mes frustrations, mes névroses. Je libère mes envies, elles passent par les ondes et leur impact n’est qu’un discret afflux de sang qui réveillera une queue au désir endormi, le moment fort de la journée. Je me sens vivante entre ces 4 murs et cette présence derrière moi qui n’existe pas. J’ai ce manque, la cigarette comme alibi et le reste dont j’ai honte. Cette chose étrange qui me ronge chaque jour. Cette chose qui accélère mon pouls qui entraîne des réactions que les autres ne comprennent pas. Je suis d’une humeur rouge sang, je ne permets rien à ceux que j’aime que je m’autorise impunément chaque jour.

Sur ce, je file, ce soir je reviens à mes bonnes vieilles habitudes de vie mondaine et populaire à la fois.

Jeanne sans Jules ni Jim

1 novembre 2015

 Jules et Jim 1962

Un week-end interminable.

Il a commencé mercredi comme un vendredi, mon jeudi fut un samedi et le vendredi un dimanche. Alors La nuit dernière pour me finir en beauté j’ai abusé de mon corps que je devrais ménager selon la science. Je n’écoute plus personne, je brûle le peu d’énergie qu’il me reste. Je suis entre la vie et la mort, comme Jeanne entre Jules et Jim. Je fais l’amour avec l’un en pensant à l’autre. Je joue à me faire peur, mes nuits sont interminables, sans sommeil, agitée et rythmée jusqu’à l’épuisement. Jules est si beau, éblouissant de jeunesse, comme ses cheveux dorés au milieu de cette faune grouillante. Jim l’est tout autant, attirant comme une force occulte, son regard noir envoûtant au milieu des lumières aveuglantes.

Je déambule, ivre de musique et de liberté, ma main s’accroche à l’un quand l’autre m’attrape par la nuque. Jules mord mes lèvres, Jim me cherche. Jim serre ma taille, Jules vibre dans ma poche.

Les premiers sons de My name is barbarella rentrent, j’ai 18 ans, je suis à l’Omen, Sven Väth commence son set, la foule est compacte, j’essaie de ne pas perdre Jim, Jules nous attend sous cette énorme boule, notre seul phare dans cette océan de corps effrayants.

Il est 5h, Jules m’agrippe. Jim poursuit sa nuit sans nous.

Il est 11h, au milieu d’un Paradis nos mèches blondes s’emmêlent, nos corps translucides s’enlacent, un rayon de soleil les transperce.

Jules retourne à sa vie de jeune vampire. Jim prend de mes nouvelles.

Un dimanche soir comme un mardi. Il est 21h, Jeanne est bien seule devant son thé Yogi.

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