Jeunesse éternelle 

24 août 2015

 

Malmousque – Instagram alabama_duel

Le monde et la tête à l’envers. Je suis Benjamin Button.

Il est 8h30, la réunion va bientôt commencer. J’écoute les conversations, des week-ends à l’opposé des miens, ceux que je vivais avant. Cette période me semble si lointaine comme si j’avais été une femme il y a 20 ans et qu’aujourd’hui je vivais la vie d’une adolescente.

Je prends parfois la Corniche le matin. Je passe devant le Sunset, la rentrée scolaire est pour bientôt, la terrasse sera pleine de lycéens, les garçons n’ont pas de barbe mais arborent fièrement leurs PO 714, des Steeve MacQueen à peine majeurs déjà sûrs d’eux. Les filles sont discrètes, grandes et fines, souvent en ballerines, rien d’ostentatoire. La bourgeoisie dans le sud est teintée de St Germain. Quand on se rapproche, sous leurs chemises ou robes à peine froissées, on peut voir quelques tatouages ou à leurs doigts de grosses bagues. Quelques détails rebels juste là, pour faire angoisser leurs parents qu’ils ne voient jamais.

Je pense à cette période où je croisais souvent Antoine qui jouait tous les jours aux cartes avec ses amis peu soucieux de leurs emplois du temps d’étudiants. Je déposais mes enfants à l’école privée juste à côté, chaque matin pendant quelques mois, je m’asseyais à la table juste derrière, un thé fruits rouges et quelques pages de la Provence plus tard, je partais travailler. A chaque fois, je sentais son regard se posait sur moi, ni insistant ni malsain, juste curieux et parfois accompagné d’un sourire angélique.

Un vendredi matin, je n’avais pas mon sac en cuir mais un grand cabas en tissus avec mes affaires de plage. Je descends à pied vers l’accès à la mer, j’étais seule, je venais de partir du bar. Je sens une présence derrière moi, c’était Antoine et ses amis. J’installe ma serviette sur le rocher, Malmousque est désert. Ils chahutent et plongent. Je fais semblant de lire.

Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’aller nager si loin, je ne sais pas ce qu’il m’a pris de le laisser s’approcher si près, je ne sais pas ce qu’il m’a pris quand il a plaqué son torse contre mon dos et défait les noeuds de mon maillot.

Je ne sais pas.

« Notre vie est définie par des opportunités… Même celles qu’on manque. » 

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