L’Amour en CDD

26 juillet 2015

 Pierrot Le Fou 1965

C’est toujours étrange cette sensation de vivre une liaison à durée limitée.

Tout est joué à l’avance, la rencontre, le pendant et la fin. Pas vraiment de surprise, les jours se passent, on profite de l’instant sans fard, sans jouer le jeu du ménagement ou du ferrage. Ça coule comme un vieux couple, pas vraiment besoin de faire d’effort, on se laisse porter comme un condamné, il n’y a besoin de faire des concessions puisqu’aucun avenir. C’est presque un peu triste, passés les premiers jours de la découverte, la réalité du limité rend les baisers encore brûlants déjà désabusés, les gestes tendres et fréquents prennent un rythme plus distants au fil des moments comme pour se préparer à la séparation qui approche. C’est plaisant puis ça devient vite pesant, comme un chewing-gum qu’on adore qui perd petit à petit son goût.

Il était 20h il y a 15 jours, sur cette terrasse minérale une énième apéro avec ce que la ville compte de jeunes et jolies, il est arrivé et nous avons mis quelques minutes à nous reconnaître, je cherchais un jeune homme seul et lui une blonde avec un chapeau, il était accompagné et moi tête nue. Les premières heures furent consacrées à l’observation, de regards en coin aux paroles mesurées, l’approche. Ça aurait pu s’arrêter là, un passage du virtuel au réel comme il s’en passe des milliers pas vraiment décevant ni très engageant. Les heures ont passé, les jours, les déjeuners, les soirées, les dîners, les rires, les discussions tournent en confidences, l’envie de partager et de vivre le moment sans promesses ni projections. Un début sans fin et vice versa.

Il est 22h47, nous sommes 9 jours plus tard, il est toujours là presque devenu un intime, vivant avec moi, dans un peu plus de 24h nous ne nous reverrons peut-être jamais plus, je ressens ce petit pincement comme le dernier jour des vacances qui commencent réellement quand il partira. De doux moments entre deux inconnus qui vont retourner à leur quotidien l’un sans l’autre. Le temps et la distance vont-ils effacer le manque ? Si manque il y a, les jours prochains nous le diront. Je crois que nous nous sommes formatés à cette éventualité comme pour se protéger.

Offrir sans attendre en retour. C’est peut-être ça aimer… Même si c’est éphémère.

Les Amoureux de l’éphémère.
 

Miss Pan

20 juillet 2015

  Anita Pallenberg & The Rolling Stones

Aussi longtemps que je m’en souvienne, je suis entourée de vingtenaires.

Des filles, souvent des garçons, peut-être mon humeur changeante, mon humour de camionneur, mon attitude mi maman mi gamine… Je ne sais pas vraiment pourquoi. je ne m’en plains pas, leur présence m’amuse et me réconforte.
Ils avaient 25 ans quand j’en avais 15, je partais avec eux le soir sur Saint Florent danser à la Conca d’oro en Buggy vert, ma langue était alors mon seul organe pénétrant. Aujourd’hui encore c’est mon anti-oxydant, mon placebo de fréquenter des Peter Pan et des Fée Clochette, passer du temps avec eux me rassure puis m’angoisse encore plus de vieillir inexorablement. Du chaud, du froid mais surtout pas du tiède.
En parlant de tiède, j’ai toujours eu, un souci avec les post-trentenaires, ce besoin de construire, de réassurance, de stabilité, de confort et pourtant j’ai suivi ce chemin tout tracé comme un petit soldat. Ce qui est normal dans tout ça, c’est qu’évidemment je suis attirée par ce qui m’excède.

En attendant, je pars sur un coup de tête me baigner au Bestouan en vieille 1100 GSX bleue et son beau trentenaire, pour garder cette sensation d’être toujours une ado, attirée par ce qu’il ne faut pas et avoir cette envie de plaquer ses fesses sous l’eau puis de se défiler comme une anguille.

Il doit bien y en avoir un qui me ressemble, un comme moi, un adulte terrible mais avec une barbe rousse.

Évidemment que si.

 
Elle est magnifique cette fille, être à son bras te rend instantanément plus intéressant. Comme une belle parure, c’est ton faire-valoir, elle te donne de l’assurance, elle te rend encore plus fort et beau. C’est le symbole de la réussite, ce que les autres voient de toi, tu parles, tu es l’ami de tous, tu n’as plus de retenu, rien ne te semble impossible, tu n’as peur de personne, tu roules vite, tu consommes beaucoup, tu brûles tout. Tu crois la posséder et elle sait t’en donner l’illusion.

Les heures passent, les semaines, les mois, elle est toujours aussi belle, toute de blanc vêtue, une tête d’ange, un corps de déesse et toi tu commences à transpirer, beaucoup, à t’agiter, tu deviens gênant, incohérent. Je ne sais pas si tu t’en rends compte qu’elle est entrain de te vampiriser, de tout te pomper. Je ne sais comment te le dire, alors je te l’écris parcequ’à ma façon je t’aime que je sais que tu ne me m’ecouteras pas, que tu as cette sensation de maîtriser cette chose. Oui c’est une chose, cette fille n’est pas humaine, son cœur est en poudre et ce n’est que vers le fond qu’elle peut t’attirer même si sa douce apparence te fait croire le contraire.

… Une grande solitude.

Solitude accompagnée 

13 juillet 2015

 
© Matthew Oliver CalviOnTheRocks

Calvi c’est fini, je suis dans mon lit, je fais défiler les photos en attendant que mon cerveau décide enfin de déclarer forfait. Je suis de ces personnes qui n’arrivent jamais à s’arrêter, alors je me lève en pleine nuit pour aller danser des heures et essayer d’exténuer cette chose qui me possède.

Il est 2h je suis collée aux baffles à en devenir sourde, il y a ce garçon souriant à côté de moi, nous sommes contre la barrière, j’ai la tête baissée, les yeux fermés, mon visage fouetté par mes cheveux au rythme de Ready for the floor. Le son me transperce, il irradie tout mon corps, le point G atteind, j’ouvre ma bouche pour trouver un peu d’air. J’aime cet état de trance, sans alcool, sans substances, juste de bonnes vibrations, la musique comme seule drogue, puissante, euphorisante, jouissive.

Il est presque 4h, je n’arrête pas j’en veux encore, comme une nymphomane je cherche un nouveau plaisir, il y a ces mini cabanes installées à l’entrée du festival, je me faufile, bras levés, la nuque trempée, les boots blanchies de poussière, j’ai envie d’y laisser ma peau, je colle mon ventre contre les platines, un Jésus blond envoie de la deep house, il fait tellement chaud, peut-être 40 personnes dans 12 mètres carrés, je suffoque mais plus rien n’a d’importance. je sens les seins chauds de BB derrière qui tambourinent mon dos, je suis bien, je ne veux pas que ça s’arrête. Les gens crient autour n’ayant que le son comme seul Dieu.

Il est 6h, je suis scotchée contre le mur à la droite d’Etienne, son Hashtag My Ass met d’accord la foule compacte, je dégouline sans bouger une oreille, autour ça saute dans tout les sens, il faut que je sorte de là, impossible, je suis crucifiée, seule, entourée de centaines d’inconnus.

Ma solitude prend fin, je marche sur les pavés qui me mènent à mon hôtel, il est 8h, je ne sens plus mon corps, je croise une tribu d’indiens surexcités, je suis prête à les suivre, remonter vers la citadelle, mais non je m’effondre, juste assez d’énergie pour rentrer. Je finis ces 24h, le cerveau rassasié, allongée sur mon lit, en fond sonore le ronronnement de la clim, je m’apaise enfin, des mains me caressent, ce ne sont pas celles de ma belle amie mais d’inconnus au visage peint qui dansaient avec moi, je rêve que je fais l’amour avec cette marée humaine. Il y a des plumes, des yeux qui pétillent, des corps doux et dorés.

Il est midi, je jouis. Seule.

Calvi Sans Rose

4 juillet 2015

 

Instagram @alhabama_duel

Ces moments qui se ponctuent de l’observation d’inconnus, il y a quelques jours cette blonde en robe verte, aujourd’hui le nouveau a une chemise en jeans mal boutonnée. Il était seul à pieds au milieu de cette cohue de voitures familiales, écouteurs vissés aux oreilles, ébouriffé, l’air ailleurs, loin. Je l’ai tout de suite remarqué, son allure différente, un négligé subtil, bien loin des pantacourts alentour, il fumait, il était 6h30 du matin, sans doute pas encore couché, un gros sac kaki à ses pieds, il n’arrêtait pas de bailler.

Il est a quelques mètres à ma gauche, allongé sur un transat, comme moi, il somnole autour d’une piscine de miasmes. Des boucles châtains autour d’un visage d’ange, une belle bouche, une légère barbe, je n’ai pas encore vu ses yeux, je les imagine noirs en amande, je ne sais pas, je suis myope et j’ai encore oublié mes lunettes.

Je vais donc passé ces 5 nuits à danser , à ne rien voir passer 3 mètres, j’aime ça, le monde flou autour, l’imagination est tellement plus agréable que la réalité. C’est ma drogue, vivre dans le brouillard.

L’inconnu s’est réveillé, il se lève, passe devant moi, son corps est mince, on devine une musculature de sportif, il est jeune, peut-être 27 ans, il revient avec deux cafés, il s’assoit à côté de moi et me propose le deuxième. Je souris, j’accepte. Nicolas et toi ? Tu vas au festival ? Tu es seule ? La conversation débute par de simples questions, puis il me raconte, pourquoi il voyage seul, j’écoute. La traversée passe finalement tres vite, 7h, le temps de se raconter une partie de nos vies.

Il est 14h. L’inconnu ne l’est plu. Ses yeux étaient finalement verts et sa dernière petite amie s’appelait Rose.

Calvi On The Rocks, sans Rose.

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