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JJJJound

J’achète des cigarettes, je fume.

Avant je passais mon temps à me plaindre, ma vie avait une façade parfaite, je tirais à vue sur cet enduit irréprochable, je décapitais le bonheur de mes amis, de mon mari, de mes enfants. J’étais une sale égoïste à qui rien ne manquait. Ça c’était avant.

Aujourd’hui je passe mon temps à me plaindre mais tout à changer dans ma façon de voir les choses, de vivre. Les ingrédients sont quasi les mêmes, les amis, l’ex mari, les enfants sont toujours là, il y a juste ce zeste de piment blond, cette liberté réelle retrouvée.

J’avale la fumée en regardant les voitures passer, je fume régulièrement depuis 3 mois comme si toutes ces bonnes nouvelles, ces projets motivants… Ce bonheur indéniable, il fallait que j’y infiltre un peu de mal, de mauvais.

L’interdit, le nocif sont toujours tellement plus attirants.

Rien de tout blanc, toujours quelques nuances de rose anthracite.

20130911-120435.jpg Hôtel Standard , New York. Olivier Zahm
Le 11 septembre 2001, je me souviens exactement ce que j’ai fait comme la plupart d’entre nous.

Bien des choses ont changé. Les douze années qui sont les plus importantes d’une vie de femme dans la normale, rien d’extraordinaire, rien de transcendant, acheter une maison, faire des enfants, changer de voiture, évoluer professionnellement, baiser de plus en plus puis de moins en moins, perdre du poids, couper ses cheveux, faire du sport, arrêter de fumer, être toujours pressée, se saouler avec ses amies, pleurer devant son miroir, se disputer, ne plus avoir envie de rentrer, sortir de plus en plus sans lui, rire, reprendre ses études, voir mourir sa mère, compter ses premiers cheveux blancs… se séparer. Recommencer.

Il y a un mois, j’ai acheté un appartement, toute seule, j’y vivrai avec mes enfants en janvier 2014.

J’ai fait beaucoup de choses depuis ce 11 septembre 2001, sauf une.

Je regardais les tours s’effondrer dans le salon de ma mère, en allaitant mon fils qui avait un peu plus d’un mois. Et je me disais que je rêvais depuis toujours de partir à New-York. Je n’y suis jamais allée.

COSA MIA

6 septembre 2013

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http://feaverishphotography.com/

Il y a ces moments posés, seule à penser à des choses dégueulasses sous des airs insoupçonnables. Combien vivent dans leur bulle, combien de jeunes filles, de jeunes femmes, de mamans irréprochables, lisses, souriantes vivent ici avec cette petite pensée en écoutant la radio annonçant chaque jour un nouveau mort. Il y a longtemps, cette crainte d’entendre le nom, son nom était constante. Aujourd’hui, je compatis mais mes peurs sont ailleurs.
Je suis tourmentée depuis quelques semaines, il y a des relents d’un passé compliqué.

Je me demande encore comment a fait ma mère pour supporter l’attente.

Et puis un matin de février 96, j’ai compris que ça serait bien pire pour elle maintenant qu’elle ne l’attendrait plus jamais.

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