Fond noir

30 août 2012

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Pavillon allemand – Barcelone 1929 – Architecte Mies Van Der Rohe

Septembre dans deux jours et il pleut.

Audrey sort de sa maison sur les hauteurs de la ville, face à la mer.
Habillée de blanc, seul son visage doré ressort, elle s’arrête au bord de la piscine.
Aujourd’hui, elle enterre sa mère, elle pense à la robe qu’elle va porter.
La tasse de thé est brûlante entre ses paumes, elle est triste mais ne pleure pas.
Cette mort est un soulagement, sa mère luttait depuis plusieurs années et la voir dépérir devenait insupportable.
Audrey a 38 ans, pèse 48 kg pour 1m68, son fils a 5 ans, sa fille va avoir 2 ans bientôt.
Audrey est en bonne santé pourtant son visage lui donne 10 ans de plus, émacié, son regard est triste. Ses beaux yeux bleus, ses longs cheveux blonds et son bronzage ne font pas illusion, aujourd’hui. Demain peut-être, au restaurant avec ses amies, ses clones, toutes belles et souriantes, cachant sous leurs tenues griffées et leurs manucures rutilantes, des problèmes de femmes à qui on ne pardonne rien parce qu’elles ont l’apparence du bonheur et de la réussite.

Audrey boit une dernière gorgée, elle se retourne, dans son dos la plus belle vue de la ville.
Elle va enfiler une robe gris anthracite que son mari lui avait offerte pour lui faire passer la pilule de ses nombreuses absences. Il lui a fait l’amour ce soir là encore imprégné de l’odeur d’une inconnue. Ça doit sans doute l’exciter de passer de l’une à l’autre. Audrey ferme les yeux… Au propre et au figuré.

Audrey joue son rôle, son image immaculée, sa baraque, sa famille… Son âme se reflète à la surface de la piscine.

Sa piscine au fond noir.

Un long été à la mer

27 août 2012

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Les Garçons Crus †

Bientôt septembre, et mon apparence estivale va devenir aussi pathétique que celle d’une quadra qui accumule les signes de sa peur de vieillir.

Sinon tout va bien, j’ai changé d’amis.

Ou plutôt j’ai gardé les fidèles et de nouvelles connaissances font aujourd’hui partie de ma vie.

En moyenne, ils sont plus jeunes, plus beaux, plus riches comme je l’étais à leur âge.
J’écoute leurs préoccupations, leurs loisirs et leurs déviances. Des récits, l’expérience de leurs 30 ans que je revis par procuration. Je me sens bien avec eux, je les regarde en repensant aux très belles années qui ont fait de moi une maman, une propriétaire, une femme pleine de projets en figeant quelques grammes de cellulite pour surtout ne jamais les oublier, tous les matins, nue devant ce miroir impartial.

J’aime écouter la vie des autres, j’aime la lire aussi.
Alors j’achète des romans mais le plaisir de découvrir en temps réel, la vie cachée du commun des mortels, n’est pas le même.
Il y a en pas cet exhibitionnisme indécent à écouter ces amis, la pudeur des uns, l’impudeur des autres.

Il est tard dans ce restaurant à la vue phénoménale, autour de la table, personne n’en parle, l’attention, la discussion ne sont motivées que par des choses bien plus ordinaires. Des quotidiens si riches de banalités que je ne m’arrêterai jamais d’écrire ici si j’en avais le temps.

Je suis admirative de ceux qui inventent totalement, ce n’est pas mon cas. Je n’ai pas ce talent. Il est 23h, je puise mon inspiration en mangeant des calamars frits et leur sauce à l’ail.

Tout ici n’est que ressenti de ce que je vis ou ai vécu, de ce que mes proches me racontent. J’invente aussi bien sûr. Je n’ai pas la volonté d’exhiber ma vie, j’essaie plutôt d’être dans une forme d’analyse de nos comportements. Je me base sur des faits ordinaires et c’est vrai que beaucoup s’y retrouve, pensant que tout ce que je dis est vrai parce que ça fait réel. Un mélange de mayonnaise et d’aïoli.

Il y a quelques jours, j’écoutais un ami me dire que certains trouvaient mes posts presque malsains, obscènes, que j’étalais mon intimité, ma vie sans pudeur. Evidemment, cela m’a déstabilisé, évidemment j’aimerais rencontrer ces personnes, me défendre et peut-être que ce sont les mêmes qui, une fois en face de moi, me disent que j’écris bien et que je dois continuer.

J’ai longtemps porté un masque, pour protéger mon anonymat, j’ai voulu me dévoiler, j’ai perdu un peu de liberté.

C’est toujours dur, d’entendre la vérité des autres.

Ma vérité est ailleurs. Ici que des réalités ressenties.

Je ne suis qu’une « femme crue ». L’interprétation est libre.

« l’écriture ne soulage guère. Elle retrace, elle délimite. Elle introduit un soupçon de cohérence, l’idée d’un réalisme. » extrait de Rester vivant – Michel Houellebecq

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Whitest Boy Alive – Keep A Secret

Cela fait 20 jours que je n’ai pas vu mes enfants.

Sensation étrange de liberté culpabilisante. Je sais qu’ils sont heureux avec leur père, je sais qu’ils l’étaient aussi en juillet avec moi. Je passe mes journées et mes nuits comme si mes 15 ans de vie idéalement convenable n’avaient jamais existé. Avant j’étais une mère de famille de 41 ans dans un corps de fille de 30 et un cerveau de 20. Aujourd’hui, j’ai dépassé les 42 et j’ai la vie d’une cinquantenaire décomplexée au bras d’un blond qui fait 15 ans de moins qu’elle, même si réellement ce n’est que 8. Je l’oblige à porter la barbe.

Je ne sais pas pourquoi mais ce corps de page centrale de magazine que j’étais si fière d’arborer ne me manque pas. D’apparats de la jeunesse, il ne me reste que mes cheveux. De dos, mon visage et mes mains cachées, l’illusion n’est plus totale.

Rassurez-vous, j’ai la vie que je voulais, le bonheur est presque imparfait et je suis toujours capable en quelques secondes, une nuit vers 3h du matin, un verre de gin à la main, de me replonger dans ce désarroi incompréhensible mais tellement bon avec un peu de schweppes tonic.

Tout ça n’est évidemment que pure invention. En vrai je prépare mon mariage et je suis enceinte d’un troisième enfant.

Sous influence

9 août 2012

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Elle est interminable cette journée.

Avoir envie de quelque chose, avoir la sensation d’oublier quelque chose, se tortiller dans tous les sens, prendre des photos de l’insignifiant, trouver que les heures sont aussi longues que des jours, écrire des messages et les effacer, boire un café puis un thé, ranger, classer, jeter… Relire 15 fois le même mot.

Je ne devrais pas être dans cet état, j’ai un peu forcé le destin, j’ai décidé sans vraiment réfléchir, l’égoïsme à son paroxysme. J’avais envie de ces quelques jours là-bas et j’ai tout fait pour y aller sans mesurer les conséquences. Je vis les choses, le reste ne m’importe plus.

Se demander sans cesse si on est heureux, amoureux, satisfait… Ce n’est pas l’être. Non ?!

Je le suis, j’impose. J’avance vers les ravages du temps et je suis prête pour faire une énorme bêtise. De celle que personne ne comprendra sans être vraiment étonné.

J’ai acheté ma première planche à repasser.

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Pattie Boyd & Eric Clapton

Anita, Pattie, Patricia, Pamela… Peu importe, leur prénom. Les femmes jouent avec le cœur des hommes. Leur amour est grand et passe de l’un à l’autre. Tout ça sans aucune raison.

Depuis toujours, j’affronte rarement les choses, de l’agression à l’amour, quand je me retrouve face à une situation qui me dépasse, je fuis. Ma jalousie amoureuse est intense mais parfois silencieuse, quelquefois râleuse, souvent angoissée. Ce sentiment qui me compresse les poumons, me fait tourner la tête, pleurer sous la douche loin des regards, éclate toujours et fait de moi une femme qui se pose beaucoup trop de questions comme il dit.

Je pleure moins souvent depuis plusieurs mois, je me sens mieux même si j’ai toujours cette sensation que l’on ne m’aime pas ou pas assez, pas à la hauteur de mon attachement.

La porte vient de claquer, je prends ma voiture, que nos vies se séparent ou que cela ne durera que quelques semaines. Pour moi, le déchirement est intense, douloureux, les relents des départs de mes parents sont encore présents. L’enfant abandonnique que j’étais a fait une adulte névrosée. C’est comme ça.

Alors j’achète des tee ou des chaussures, j’attends que ça passe en comptant les jours.

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