Une nuit (des)habillée d’amour

31 mai 2011

La leçon de piano – Jeanne Campion – 1993

D’un côté, tout est rentré dans l’ordre, le ravalement de façade est terminé. La peinture est juste encore un peu fraîche.

De l’autre, un bien étrange foutoir. Je reçois de très bonnes nouvelles professionnelles, j’apprends le cancer d’une amie, je lis des dizaines de compliments d’inconnus virtuels et j’en attends qu’un seul réel. Qui n’arrivera jamais, ça me fait penser à un joli moment de ma vie amoureuse de salauds.

Je dois avoir 17 ans, j’ai passé la nuit avec cet homme plus âgé. C’est l’été, en Corse et la permission de sortir est un peu plus tardive. Il doit être 1h du matin, il a débarqué sur la place du village, je ne l’attendais plus, je crois que c’est une petite brune qui l’a ramené en voiture, je n’ai pas bien vu, je ne lui ai pas donné la satisfaction de regarder. J’ai continué à discuter avec mes amies. Il est arrivé d’un pas décidé, direct sur notre petit groupe. Tu fais quoi ? Tu m’accompagnes à pied jusqu’à chez moi ? J’ai répondu oui, en pensant très fort, dis-lui non ! Je suis très faible quand j’ai envie, comme vous. Nous sommes arrivés chez lui, il n’a pas allumé les lumières, juste la petite à côté du lit. Je me suis assise, j’ai déboutonné mon jeans qui me sciait le ventre… Il m’a dit : Mais qu’est-ce que tu fais ?! On avait dit qu’on restait habillé !

Nous avons fait l’amour toute la nuit. Une première fois irréelle tellement nos corps transpiraient l’évidence. Au petit matin, je me suis levée pour rentrer chez moi avant que mes tantes ne se lèvent. J’aurais pu rester, j’en avais envie, il ne m’a pas retenu. Il l’a fait sans doute pour mon bien et moi, je lui en ai voulu.

Les jours qui ont suivi, je ne les ai toujours pas compris. Son inertie allumeuse, ses silences aguicheurs, son attitude ambiguë ont eu raison de mon envie. Je me suis découragée avant la fin de l’été. C’est sans doute ce qu’il voulait.

Parfois je me demande si le paroxysme de l’envie, des sentiments, du plaisir ne peut être atteint que dans la frustration, le rejet et le tirage de cheveux… Je plaisante… A moitié.

Une sorte d’anthologie du mal pour faire du bien et vice versa.

 

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