Sorties Alternées

1 avril 2011

Photographe Scott W H Young

Il est 5h du matin, je suis rentrée depuis bientôt 3h, il n’est toujours pas là.

Je suis allongée, pas vraiment soucieuse, juste peut-être un peu de culpabilité judéo et d’excitation chrétienne. Je ne devais pas sortir, juste un dîner dans ce restaurant où les notables de la ville ont leurs habitudes. Une tenue légèrement transparente, aux motifs slaves, une allure à qui l’on donnerait le Bon Dieu sans confession, le décolleté est caché, la longueur de la robe validée, les talons ne sont pas trop hauts. Seul mon regard et mes cheveux jamais coiffés pourraient en dire long, pour ceux qui savent reconnaître les êtres comme moi.

Cela fait longtemps que le pacte moral a été signé, nous nous sommes habitués à nos étranges conceptions de la vie, à force de concessions et de négociations, un équilibre sur le long terme fait le ciment de notre couple, aux yeux du monde, bancal.

Hier nuit, nous étions tout deux dehors, lui avec ses amis, moi avec les miens, nos enfants bien au chaud, couchés tôt. Nous nous sommes croisés, salués comme de vieilles connaissances. Puis perdus du regard vers minuit, chacun ayant envie d’ailleurs, sans surveillance bienveillante.

Je passe le reste de la nuit à écouter des jeunes hommes qui me donnent un sourire que bien des jeunes filles reprouvent du regard. Si elles savaient comment elles vont devenir, une fois qu’elles auront construit ce que j’ai. Elles effaceraient sans doute leurs mauvaises pensées conventionnelles à mon égard.

5h10, j’entends la porte du garage s’ouvrir. Elle est sans doute quelque part entrain de dormir ou de se coucher celle qui va me le prendre. Je ne sais même pas si ça m’angoisse, m’énerve ou me rend heureuse pour lui.

La porte grince. Je ferme les yeux, sereine, en attendant que tout s’effondre.

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