Le périlleux enchaînement des choses*

1 mai 2010

Les choses ont commencé au bar de l’hôtel, ambiance calme et tamisée d’un milieu de semaine professionnelle.

Toutes deux assises sur les tabourets du comptoir. Nous sommes si différentes, les cheveux, la silhouette, la tenue, un verre de rouge pour Miss Hua, un verre de blanc pour moi, rien ne semble nous rapprocher à première vue. Nous attendons pourtant avec une envie complice notre rendez-vous secret.

Je savais qu’elle entretenait des échanges virtuels avec cet Homme depuis quelques mois sans ambiguïté affichée, ils s’étaient rencontrés deux fois et avaient été irréversiblement attirés dès le premier soir, comme une évidence après un dîner isoupçonnable quasi vertueux et un dernier verre prémédité en toute connivence. Elle le décrivait comme un hédoniste charmeur et arrogant, joueur impétueux. Je la sentais admirative et fatalement éprise.Profondément éperdue. J’avais hâte de le rencontrer. Il était 21h, un sms nous annonçait son arrivée imminente. Nous avons pivoté pour faire face à l’entrée. Il avançait maintenant vers nous et je sentais le trac qui me chauffait les joues, signe que j’étais impressionnée. Il était là, devant nous, il souriait, Miss Hua nous présenta. J’ai aimé instantanément son aisance, son sourire, son regard espiègle et le dîner qui suivit le quart d’heure que nous avions passé à faire connaissance, fût léger et naturel comme si nous étions trois amis de toujours. Tout invitait à un glissement des sens, des envies. Elle avait oublié de me dire qu’il avait de trés belles mains ce à quoi je suis toujours sensible. L’Homme ne perdait rien de notre complicité, de nos bouts de peaux visibles, de nos yeux pétillants et il s’est montré attentif, curieux de tout. Surtout de nous. Les contradictions se révèlent souvent pleines de bonnes surprises. Le cognac servi en digestif m’amena à cette petite provocation de me rapprocher du visage de Miss Hua tout en regardant l’Homme droit dans les yeux. Je l’ai embrassée sans me soucier des regards autour, comme un signal, un feu vert. J’étais bien. Confiante.

Il était presque 2h du matin. Sur le chemin entre le restaurant et le bar de l’hôtel, un ascenseur. Nos talons s’enfoncent dans l’épaisse moquette. L’Homme ose, il nous propose deux alternatives ; le cocktail au bar ou le champagne dans la chambre. Miss Hua et moi, sans un regard, nous nous dirigeons vers l’ascenseur. La porte se referme, l’Homme nous fait face et là, commence ce que nous avions prévu : Miss Hua et l’Homme vont baiser devant moi.

Nous sommes dans la chambre depuis 10mn, nous posons nos coupes sur une tablette en silence, tout est entendu, je me dirige vers le fauteuil placé en retrait dans un des angles de la chambre. Seul le lit est éclairé par des masques qui donnent une ambiance irréelle bleutée. Je suis une femme invisible et la scène se poursuit comme si je n’étais pas là. L’Homme  et Miss hua se font face, ils s’embrassent, il enlève sa chemise, la pose près de moi, je sens instantanément cet effluve à la fraîcheur boisée et élégante reconnaissable entre mille. Je porte le tissu à mon visage, j’adore ce parfum. L’Homme poursuit en déboutonnant le chemisier transparent que portait Miss Hua, il fait glisser sa jupe, je vois le rebondi de ses mini fesses entre le noir de ses bas et de son caraco. Il l’embrasse dans le cou en regardant vers moi. Je ne bouge pas, tétanisée, j’ai extrêmement chaud. Miss Hua est maintenant assise sur le bord du lit, elle me sourit, l’Homme en profite pour sortir son sexe et se place à hauteur de son visage, elle se tourne vers lui et se retrouve la bouche contre son gland. Il bande fort, je suis impressionnée quand elle engloutit son sexe presque en entier avec une facilité surhumaine. Je ne perds pas une seconde du spectacle, j’ai enlevé ma robe, je porte des dessous violets, mes jambes sont écartées, d’une main j’agrippe mon sein gauche, de l’autre j’effleure mon sexe au rythme des va-et-vient de cette pipe magnétisante.

J’observe,  je jouis des yeux, les choses s’enchaînent comme une danse chorégraphiée, c’est maintenant au tour de l’Homme de se transformer en chat, il s’agenouille près du lit, la tête entre les jambes repliées de Miss Hua que j’entends gémir. Sa langue lape le liquide luisant, il aspire, lèche, mordille, cela dure, il est inépuisable, je vois les mains de Miss Hua appuyer avec force sur sa nuque, l’Homme se dégage et se relève. L’Homme se place devant moi, il me regarde, mes cuisses  sont calées sur les accoudoirs du fauteuil, moi habituellement si pudique, je me fous de ce qu’il peut bien voir, il me tend une main. Je me lève, je suis debout, nous sommes devant le lit, Miss Hua semble en transe, son sexe est rouge et gonflé, son petit trou est pris de spasmes, l’Homme a sa bite à la main. Sans le lui demander, Miss Hua se redresse et se place dos à nous en levrette. De ses deux mains elle écarte son cul, la scène est obscène et terriblement excitante. L’homme caresse la peau caramel de Miss Hua puis il commence par claquer sa fesse droite de plus en plus fort. Miss Hua est cambrée au maximum. Il vient d’humidifier deux de ses doigts et les fait glisser dans son trou serré.

Regarde bien maintenant comment je vais enculer ta copine et comme elle va aimer ça. Miss Hua a poussé un cri libérateur.

Je suis maintenant allongée à côté. Entre pandémonium et Eden fantasmagorique, mes pensées se perdent à mesure que mon excitation, de les sentir si près, se fait de plus en plus puissante. J’entends le souffle de Miss Hua en me caressant. La suite s’est diluée dans un brouillard de sons et de gestes. J’ai été pénétrée par plusieurs jouissances foudroyantes, les leurs, les miennes.

Je ne sais pas quelle heure il peut bien être. La chambre est plongée dans le noir total, j’entends le bruit de l’eau mêlé aux rires de Miss Hua et de l’Homme dans la salle de bain. Je suis allongée, le corsage défait, incapable du moindre geste, épuisée, comme une illusion suspendue entre deux vies.

Un fantasme déguisé en réalité ou en doux rêve ? Qui sait !

* Eros – Le périlleux enchaînement des choses – Michelangelo Antonioni

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