(Bascule) #2

2 avril 2010

Photographe Cederic Berh 

Je faisais 48kg toute mouillée, j’allais fêter mes 22 ans.

Ce soir là, en revenant du restaurant avec notre bande de copains, nous avions longé le bord de mer, la Pointe Rouge, la Grotte Rolland, la Madrague de Montredon… Nous avions prolongé jusqu’au petit terre-plein face à l’île de Maïre, entre les Goudes et la Baie des Singes. J’étais toute excitée.

Il a arrêté le moteur, l’Amour de ma vie, il m’a regardée et il s’est mis à pleurer et moi je me demandais ce qu’il pouvait bien lui arriver, à mille lieux de réaliser . 

« J‘aimerais te mettre dans une petite boîte et te ressortir dans quelques années… Tu sais bien que je t’aime mais tu comprends… On ne peut pas rester ensemble, nous sommes trop jeunes… Il faut qu’on profite, qu’on fasse notre expérience…  » Il avait raison évidemment mais ça je ne le savais pas encore.

Nous sommes peut-être restés deux heures à nous regarder chialer, puis il a redémarré, un parcours silencieux interminable, il m’a déposée chez mes parents, j’ai claqué la porte de sa Renault 5 toute cabossée, toujours sans dire un mot, même pas un au revoir, rien, je n’ai plus parlé pendant 3 jours, je suis restée cloîtrée dans ma chambre sans manger, ni dormir. Je ne ressemblais plus à rien, je n’étais plus rien. Un fantôme et son boulet de chagrin d’amour.

Mon père est rentré de sa semaine à Paris, il savait ce qu’il allait m’arriver, l’Amour de ma vie était venu le voir à son quartier général, la brasserie le Skating, et lui avait annoncé son intention de me quitter. Bien des années plus tard, l’Amour de ma vie m’avouera qu’ils avaient fait ensemble 3 fois le tour du Parc Borely à pied et qu’il avait eu un stress terrible. Persuadé qu’il allait finir les pieds coulés dans le béton bouffé par les Gobis.

Mon père est rentré dans ma chambre, il a posé un sac de l’Eclaireur sur mon lit, j’ai ouvert son cadeau, des Tod’s en cuir rouge, c’était il y a 17 ans et à l’époque j’avais trouvé ces mocassins très laids, je n’avais rien dit pour ne pas lui faire de la peine mais je crois qu’il aurait juste pensé que je n’y comprenais rien en chaussures.

Il a balayé la mèche que j’ai toujours sur le visage quand je suis mal. Il m’a juste dit   « Tu ne le sais pas encore, mais il t’a rendu service en te quittant… Quand tu seras heureuse dans les bras du prochain, on en reparlera … ».

Depuis, cette phrase est gravée dans ma tête et s’est avérée des plus juste de nombreuses fois. Je n’oublie jamais de ressortir cette petite anecdote quand j’ai en face de moi cette jeune fille complètement anéantie que j’ai été moi aussi.

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