À travers l’Art

11 mai 2016


Tania Mouraud – atelier Tchikebe

Cette nuit-là devait être un décalcomanie des autres, un dîner dans le 7ème et autres banalités dans la vie d’une noctambule marseillaise lambda, rien n’est allé comme je l’avais prévu. J’ai suivi un monde que je regarde de loin, parfois je m’y perds un peu tard quand je suis quelques bonnes fréquentations. L’envie mène à tout, il nous motive à suivre l’autre là où parfois on n’a même pas l’idée d’aller. Ses petites mèches blondes virevoltent sur un rooftop tellement grand que toute la planète arty ne pourrait le remplir. Il est peut-être 23h, j’ai fait un peu moins de bises et bu beaucoup plus de bières, les œuvres se succèdent exposées du sol au plafond, le tapis de jeu est immense, personne ne joue dessus, on y marche juste pieds nus pour les plus soucieux de leur image ou de la fragilité de l’oeuvre. On se perd dans cette Belle Friche en attendant un mois de mai un peu plus chaud, la soirée se continue plus loin, alors nous suivons dans les ruelles sombres la coupe afro d’un géant pailleté sans réfléchir. Le boulevard est calme, une foule compacte apparaît soudain au 34, un essaim d’abeilles, de guêpes, de frelons, de créatures avec et sans barbe, beaucoup de jolies filles aux cheveux juste un peu moins brillants et lisses que ceux quelques arrondissements plus loin. Les sacs, les vestes sont accrochés à des piliers blancs, la foule y danse autour au rythme d’un couple survolté, cette nuit-là rien d’impossible. Noir, blanc, petit, gros, vieux, jeune, aucun regard étonné, aucun malaise, aucune agressivité, chacun est là pour une seule chose ce savoureux mélange entre l’art et la musique. Finir en cellule de dégrisement à 4h du mat n’était finalement que la cerise avariée sur une très bonne soirée.
A l’année prochaine pour un autre PAC à l’eau marseillais.


La Piscine 1969

C’est étrange cette sensation, comme un relent acide bloqué entre mon cerveau et mon coeur. Un couple a parfois besoin d’aération sans vraiment s’en rendre compte ni le demander. S’aimer à s’en étouffer existe donc.

Je me blottis contre lui en pleine nuit, sa chaleur me gène mais m’éloigner m’est insoutenable. Il serre mon corps au petit matin, j’étouffe mais je ne dis rien. je suis bien. Nous sommes la sphère d’Aristophane, ne faire qu’un entre plénitude et rupture sans transition ni nuance. Tout ça ne pourra que très mal se finir.

Il faudrait que je me détache de son emprise, il faudrait qu’il mette des limites à mon envie. L’explosion est proche, les reproches montrent le bout de leur nez, la faute est toujours celle de l’autre et les excuses suivent alors que personne n’est coupable.

Etre sous l’emprise de sentiments comme sous l’effet d’une drogue dure. J’ai la tête qui tourne et les poumons compressés dès que l’idée d’une séparation germe dans ma tête. La chute n’est jamais très loin de la rupture, et la rupture du vrai amour. Notre plénitude, cet état parfait n’est pas la force des sentiments, n’est pas le vrai désir de revoir l’autre, de le retrouver à nouveau. Alors il me suspecte de provoquer la division pour retrouver la première sensation de notre désir originaire, cette perfection qui au fil des jours ne peut que se perdre.

Je nous fais penser à ces couples étranges qui ne cessent de se disputer pour se retrouver. Pour s’unir à nouveau et viser ainsi les Amours éternelles.

Rompre au plus haut pour ne jamais voir son amour se pourrir. Une mauvaise belle idée.

Souvenirs blonds

24 avril 2016


Il y a 5 jours, je suis morte. 

Terminal 1 Hall 4 Porte 89 et des milliers touristes blonds carbonisés. 

Je reviens du Paradis, passage obligé en Enfer, Ryanair. 

Il est deux heures du matin, mes genoux coincés et le front collé au dos du fauteuil, le bus bondé va décoller. Je ne peux même pas écrabouiller la main de mon voisin ce n’est celui avec qui je couche. Le temps passe décidément très vite sauf quand on a peur. 

Dans leur grande majorité les hommes de plus de 40 ans n’ont jamais eu beaucoup d’intérêt à mes yeux encore moins depuis que je suis plus âgée qu’eux. L’acceptation de soi passe aussi par l’affirmation de ses préférences. Il est trop tard pour changer. J’aime un homme qui n’est pas fait pour moi, je bois des Spritz tous les soirs, je le regarde découper des légumes et plaisanter. Je souris, je ris bêtement. Je suis un passage dans sa vie, une photo qui restera à côté d’une carte postale sur son frigo, un numéro dans son téléphone, une légère effluve quand il dépliera un pull, une culotte oubliée… 
Je serai son souvenir blond.
Profitons.

Aristophane est parti

14 avril 2016

Je ressasse mes états d’âmes comme on suce la même queue pendant des années par Amour.

Il est parti. Il ne va pas me manquer même si je lui ai dit le contraire tous ces derniers jours, ce que je ressens est bien pire, j’ai la sensation qu’on vient de m’enlever ma légèreté, mon envie, mes rires qui ont rythmé ces dernières semaines. Ce n’est pas un simple nouvel amant qui a partagé mes nuits, j’avais cette sensation d’évidence, de fluidité comme si je n’avais plus besoin de formuler. Un double au masculin. Zeus vient de nous punir, « embrassés, enlacés l’un à l’autre, brûlant de n’être qu’un, ils mouraient de faim et d’inaction, car ils ne voulaient plus rien faire l’un sans l’autre. »

Le Banquet, c’est ce soir dans ma tête.


Le rythme est effréné, rien de mieux pour ne plus se poser de question, vivre les choses en balayant tout sur son passage.

Il est peut être 3h du mat « et que ne durent que les moments doux », j’ai ce refrain dans la tête et ses doigts dans ma bouche, la place Thiars est déserte, on se perd dans ces rues qui se ressemblent toutes, des restaurants vides, des chaises et des tables empilées, des rires au loin, un porche comme un refuge à notre envie, quelques minutes pour que nos mèches blondes s’emmêlent, nos fluides se mélangent, il me serre si fort qu’on pourrait croire qu’il est entrain de me faire du mal. Les rires nous passent devant sans nous voir, son corps fait rempart aux regards s’ils avaient été indiscrets. Vivre nos soirées dans un temps accéléré comme si c’était une dernière nuit, entre burrata crémeuse et shot de Hendrick’s, ne se souvenir des détails que dans la narration le lendemain, allongés l’un contre l’autre comme un vieux couple qui se remémorent une folle jeunesse. Nos frasques sont totalement puériles, prendre de petits risques pour se faire peur et courir comme deux voleurs aux mains vides.

Ce soir, c’est le manque qui écrit, je ferme les yeux pour revivre son goût dans ma bouche, ses mains qui malaxent mes seins comme un apprenti boulanger fan de Russ Meyer, écrire pour ressentir encore et encore. Il n’y a pas de fin à mon plaisir, je l’entretiens de mots vrais ou faux, vécus ou fantasmés.

Tout ici n’est que mélange, il n’y aurait pas ces dizaines de photos dans mon téléphone que j’en arriverais presque à douter. Mentir en étant crédible, un long entraînement, l’apanage de ceux qui ont été en couple longtemps. Devoir un jour repasser à nouveau les chemises d’un homme me conforte dans ma soif de liberté.

Je savoure la dernière cuillère de ce yaourt à la vanille en écoutant one ring circus un petit goût de blond endiablé dans la bouche.

Sur ma route

3 avril 2016

 
Je vis au rythme d’un compte à rebours.

Je ne pense qu’à ce qui n’est pas encore arrivé, rien de mieux pour se noircir un dimanche déjà bien gris.

Les verbes à l’infinitif se succèdent, danser, manger, dormir et l’écouter respirer en attendant un départ. Je n’arrive même plus à profiter des bonnes choses, totalement obnubilée par l’après.

J’ai peut-être 10 ans, les fêtes de noël viennent de passer, ma mère prépare son sac de voyage dans ma chambre, elle va repartir comme elle le fait à chaque fois. Le rituel est identique, la joie intense de la voir arriver, les journées qui passent comme des heures, l’angoisse de l’imaginer partir, son odeur, il reste quelques minutes, je prends son flacon de shalimar, deux pschitts sur une peluche et elle est déjà dans l’ascenseur.

La porte vient de claquer. Ils sont déjà repartis.

Je ressens cette sensation d’abandon, comme si je ne les reverrais plus. Totalement disproportionnée, comme mon état ce soir. Pauvre petite chose qui se cherche des états d’âme.

Jack est mort à 47 ans. Je relis sur la route pour passer ce temps que je déteste vivre seule.

   

Ken Park Larry Clark

Être loin d’elle, c’est être loin de tout.

Cette nuit là, elle a dû se glisser hors du lit, d’un pas léger pour ne pas me réveiller. Le bruit de ta ville est loin maintenant et caresse les barreaux de ma cellule rongés par la rouille. J’approche cette créature qui fait le trottoir posté immobile sous un réverbère. Les sables mouvants ont commencé à esquinter le cuir de ses Santiags qui lui monte jusqu’aux plis de ses fesses. Sa fourrure en lambeau découvre des bouts de chair qui me mettent en appétit.
On se promène le long du port. Aux allures d’étoiles de cinéma, il semble que tout nous soit permis. On crache des paroles brutales aux visages des passants. Sans scrupules, mes mains portent sa précieuse poitrine. Ivre d’insouciance, le mistral nous souffle dans le dos pour nous faire avancer, mais il arrive parfois aussi, qu’il nous fasse trébucher. Pas besoin de lui raconter, elle sait que je viens de buter quelqu’un. Sa réaction reste stoïque, mais c’est la première fois que j’arrive à palper de la méfiance dans son intensité.
Menottes et point liés, j’enjambe les papillotes de caramel mous qui parsèment le sol humide de mon cachot. Tout ce qu’il me reste d’elles, ce sont ces souvenirs. Cette ville et cette blonde devenues une idée spectaculaire. Tous leurs défauts réunis et sublimés pour rendre cette mémoire splendide et immortelle. Ces éclats de verre, cette odeur de pneu brûlé, ses questions indiscrètes et ce désir insatiable de preuve d’affection.
De crainte de l’oublier une fois libre, je gratte le mur de ma piaule qui s’effrite de ma prochaine destination : Marseille – Alabama.
Demain, je passe devant le juge. Pour la première fois depuis longtemps, un sentiment de peur m’envahit. J’ai du mal à aller chercher ma respiration, elle aussi m’a quitté. Cette sensation de vertige est un déjà-vu inévitable s’éprend de moi. J’essaye tant bien que mal de me raisonner, de me convaincre quelle que soit la décision, ce sera pour un mal pour un bien. Pourvu que la sentence soit juste et sans appel.

Je n’oserais m’endurcir comme un maniaque dans la certitude que c’est son âme qui m’attendrit. Mais à qui en vouloir si on m’accuse coupable ? Je ne suis pas irréprochable, mais je n’ai pas commis d’erreur non plus. Simplement, car j’ai décidé de ne jamais regretter. Il paraît qu’il y a des mots qui changent les gens certes, mais qui oserait croire qu’un chien andalou pourrait changer sa vraie nature ?

K.

Si près si loin

29 mars 2016

 Photographer Lukasz Wierzbowski 

Je n’apprends pas de mes erreurs, c’est ma seule constante.

Je suis sur le point de l’étouffer comme je fais à chaque fois, je couve, je décide, j’impose, je materne, j’exige, je suis un monstre d’attention, de générosité castratrice. Je sais que ça rend dingue, que l’autre se sent étouffé mais je continue. Je pourrais faire illusion, prendre un air lointain et des attitudes détachées, je pourrais prendre sur moi, contrôler mon foutu caractère qui en demande toujours plus qui impose pour faire plaisir. Au final je tue mes amours dans l’œuf comme une mère infanticide.

Il était un faux 23h30 dimanche soir, je n’avais pas sommeil. L’objet de mon attention dormait paisiblement comme un tueur en série insoupçonnable. Les traits d’un ange, les cheveux fous et l’esprit vagabond, tout ce qui m’est interdit. Je le regarde quelques minutes, espérant que la télépathie fonctionne, en vain sa respiration ne ment pas, il est déjà loin.

Je me lève sans bruit, le vacarme est dans ma tête, j’ai besoin d’une cigarette même sans avoir fait l’amour, je ne tirerai que quelques lattes, accroupie à la porte fenêtre. Il est minuit, j’ai 17 ans je roule ma première amsterdamer.

Ce goût de caramel, et ces hormones qui rendent folle. Rien n’a changé, même pas l’âge de mon amant.

« J’ai juste besoin d’un peu de ton air désabusé. Du baiser de la mort un matin rêvé. »

Nos vraies natures veulent être ensemble… Laissons les faire.

Rêve volé

28 mars 2016

 
 
Photographe http://laboops.tumblr.com

Il est 1h38 du matin, mon coeur frappe violemment à la porte et me tire d’un mauvais rêve. Mes draps mouillés de sueur comme par accident. J’abandonne l’idée d’enfouir ma tête sous l’oreiller quand le son aigu du moustique vient siffler dans le silence de l’obscurité. Tout me fait penser que la nuit habituellement si douce avec moi est contrariée, je ne sais pour quelle raison.

3h00 Après plusieurs tentatives, j’arrive enfin à trouver une pharmacie de garde. J’aperçois une silhouette qui se fond dans les abysses de l’arrière boutique. Adossée au comptoir, elle porte à sa bouche un bout d’une tarte à tatin. Le phare de ma bécane a du l’alerter de mon arrivée car discrètement elle, range sa fringale nocturne dans une petite boîte métallique et vient à ma rencontre.
Elle est élégamment coiffée d’un chapeau qui s’abat sur son visage dépourvu de conscience et d’âge. Ses lèvres généreuses et bienveillantes dévoilent une beauté surnaturelle tombée du camion.
–  » Qu’est-ce qu’il vous arrive ? » Me demande t’elle ? Du coin de l’œil, je guète cette lune menteuse qui se dessine dans l’immensité du néant.

Assommé par sa grâce, je l’imagine assise en tailleur dans un bain et se verser du lait tiède et sucré sur les seins.
– « J’ai besoin de toi comme d’une infirmière, que tu passes ta main dans mes cheveux et que tu me dises que tout va bien se passer. Sur la musique, on va on vient. On s’éloigne et on revient. Puis tu t’élances et je te tiens. Je te retiens du bout des doigts pour te ramener contre moi. »

Ce fut un matin de bonheur au petit dej.

(Ou plutôt)

Ce sera ce matin que je comprendrai que cette douceur vient droit du ciel.

Fais de beaux rêves.

K.

Un sale rêve 

28 mars 2016

 Photographe Pierre-Ange Carlotti

L’oxymore est une constante comme si tout n’était que contradiction depuis le début entre nous.
A quelques mètres du sommeil profond, l’incompréhension, la mienne. Cette envie de plonger la tête sous l’eau, de noyer mes doutes, de prendre un bain salvateur.

Comment tout peut basculer en quelques heures, je n’ai pas pu rester, j’avais besoin d’avaler cette boule, de défaire ce noeud. Il est minuit moins le quart, je n’ai plus sommeil, recroquevillée au bord du lit ma tête est pleine de questions à la con. J’ai envie de m’épuiser alors je m’isole et j’écris.

Allongée ailleurs, je ressens l’angoisse d’un enfant puni sans qu’il ne sache pourquoi, l’orgueil prend alors le dessus, je reste confinée dans mon amour propre. Je passerai cette nuit dans ma solitude accompagnée. Une cloison en guise de séparation, finalement si peu par rapport à tout le reste qui n’aurait jamais dû nous rapprocher.

Tout ça n’est qu’une interprétation qui comme tout détail peut être fatal.

Cette nuit je la vis comme si c’était la dernière mais sans sueur, sans jouissance, sans crachat, sans éclat de rire, sans pleur, ni heureuse ni triste. Dans l’indifférence totale du fantasme une fois assouvi, du foutre plein le ventre. Que la chair est faible, que l’esprit est petit.

Les enfantillages peuvent être parfois plus violents que des coups de poings.

Faite de beaux rêves.

Le mien se termine, je vais pourvoir m’endormir.

 

 Je traverse la foule compacte, je cherche son regard, je l’ai perdu volontairement. J’ai ces moments d’objectivité soudaine et violente où je réalise que son visage n’est pas assez ridé. Alors je m’échappe, peut-être juste pour voir s’il me suit ou pour le plaisir d’avoir peur de le perdre.

Je suis contre la barrière j’ondule mes fesses sur Ann wants to dance, je sens un corps fin et chaud se coller contre moi, son odeur iodé remarquable envahit mes narines, j’ai envie qu’il me touche qu’il me prenne sans pudeur au milieu de tous. Je ferme les yeux, la musique nous transporte, nous sommes quelques heures plus tard, nus dans une salle de bain, mes mains s’agrippent au lavabo pour ne pas me fracasser le front contre le miroir. Retour vers le présent, il attrape mon poignet et me tire vers le fond de la salle dans un recoin plus sombre, à l’écart des regards, ses mains deviennent indiscrètes, il délasse les lacets de mon body, il fait une chaleur suffocante, son torse contre mes seins, il m’embrasse sans retenu, nous avons voyagé dans le temps, sa langue lèche mon cou, j’ai le souffle coupé et ses doigts sur la couture de mon short. Je serre les cuisses, il me reste une once de pudeur adolescente.

Les groupes, les artistes s’enchaînent nous sommes retournés danser avec nos amis, nous sourions en fredonnant, Améthys, je ne sais pas bien pourquoi je danse quand j’entends ta voix , il y a de la joie, de l’amour qui se répendent partout, nous avons envie de parler à tous, de danser, d’embrasser, notre attitude est presque suspecte, juste une montée d’adrénaline totalement inoffensive, pas besoin de substances, notre envie est fortement dosée, le shoot fait son effet plusieurs heures.

Un rayon de soleil traverse nos visages. Les oiseaux sautillent sur les toits, leurs petits bruits me réveillent, j’ouvre les yeux, il est nu près de moi, totalement insoupçonnable, inoffensif, ses mèches blondes chatouillent mon épaule. Ces heures que l’on a passées ensemble ne se remémorent que par flashs, j’ai cette sensation que nous avons fait quelque chose de mal cette nuit, presque étonnée qu’elle ne se soit pas terminée en cauchemar. 

Il est l’heure que je m’échappe avant que la réalité ne soit trop dure.

Cendrillon n’a plus 20 ans et son prince au bois dormant fait des rêves de jeunesse éternelle.

Mon amour imaginaire

24 mars 2016

Instagram @alabama_duel

Je me promène avec lui la nuit, le jour, on rit, on dîne ensemble, on fait l’amour dés qu’on le peut, nos envies sont simples, le besoin est partagé, on ne se pose pas vraiment de question, notre temps est limité, alors nous en profitons pleinement, intensément, sa langue parcourt chaque millimètre de mon corps comme pour le scanner entièrement, en garder un souvenir le jour où la séparation sera inéluctable.

Je vis mon duel amoureux, l’ami, l’adversaire ce n’est que moi, et l’objet de la convoitise, l’amoureux existe-t-il vraiment… Comme si je m’inventais cette histoire, j’ai la sensation de vivre un rêve éveillé, de fantasmer ma romance, notre correspondance. Je deviens folle, et cette folie me plait, plus rien n’a d’importance, je me fous de ce que les autres pensent, de ces regards étonnés à la limite du jet de pierres en d’autres temps, des messes basses quand on passe, des rires sournois et même des compliments.

Je me sens belle à 7h du matin, quand il passe sa main dans mes cheveux pour voir mon regard fatigué.

Nos cœurs ont le même âge.

Sentiments décousus 

21 mars 2016

Photographie @nightydrunklovers

L’oxymore se manie avec délicatesse, à force de maladresse on peut l’effrayer.

Chacun appréhende la frustration à sa façon. Légèrement sur la défensive ou par la justification systématique, on appelle ça mal la gérer. Le constat, une sorte d’incompréhension continue entre deux êtres qui n’ont envie que d’une chose se rapprocher. Comme deux petits « animal » échaudés ou ne parlant pas le même langage, sauf allongés.

Il est 18h30, j’attends mon bus alors évidemment j’ai la tête dans mon iPhone ou je regarde défiler les immeubles cossus et les quelques bâtiments modernes ratés, je sais que cette envie inassouvie  n’est pas une bonne conseillère. Je veux mais j’ai été mal habituée alors j’occupe mon cerveau pour éviter qu’il ne commande les mauvaises informations à ma bouche.

La fragilité de l’instant reflet de cette histoire, tout est si flou et pourtant l’évidence est là. Le manque m’envahit dès que son odeur d’égoïste n’a laissé que quelques effluves sur l’oreiller. Je sais que vous me comprenez qui n’a jamais vécu ce sentiment étrange que l’air manque que plus rien autour n’existe à part son retour dans des bras prometteurs.

Je suis une éponge gonflée de désir, et je n’ai que les mots pour être avec lui.

C’est ma correspondance imaginaire.

Un long instant

17 mars 2016

Instagram @maudchalard & @theogosselin

« Nous n’étions qu’un moment.

Le temps d’un rêve. Chapeaux de sables balayés par le vent. L’orchestre, enfin, s’exécute. Un Chef d’œuvre de séduction pervers sans mauvaise intention. Emballé, pesé, consommé, pour seul regret peut-être, un caprice trot vite assouvit. J’ai tatoué ton nom sur le mur de mes souvenirs. France, la jeunesse n’a pas d’âge.
Sentir, sous l’étreinte, cette belle viande s’ensevelir dans les méandres de tes draps. Une balle perdue. Pauvre animal blessé, qui saigne, s’agite et gémit. Le parfum du sang mélangé à celui du gingembre. Ca me fait jouir. Pourtant, ton clito ne cesse de clignoter, l’heure de l’intime confidence vient remplacer le décor d’une nuit improvisée à l’hôtel de passe.
Je te reconnais toi poupée qui m’a longtemps ignoré. Désormais que tu me tiens par le bout de la queue, la crainte de te déplaire m’envahit. Ce sont mes mains qui me trahissent. Lourdes et maladroites, elles viennent t’attraper par la nuque pour te retourner et te serrer fort de la gorge jusqu’à la fessée. Mon membre gonfle tout entier dans ta petite bouche pour te rassasier de flux créateur.
Souviens-toi, à quand remonte la dernière fois que tu as vécu un moment pour la première fois ? N’étions-nous que cet instant précis ? Je veille à garder un œil ouvert, car je crains que le sommeil me tende un piège et que mon désir pour toi, muse immortelle, ressuscite en moi demain dès les premières lueurs du soleil. »

K.

Lente fulgurance

16 mars 2016

Photographe inconnu au petit matin

« On n’a finalement jamais envie qu’un rêve s’arrête. »

Parfois un message part plus vite qu’une pensée et tout peut basculer. Comme une photo ou un statut que l’on poste trop tard pour l’effacer au petit matin.

Il est 17h40, mon cerveau est au ralenti, une nuit sans vraiment dormir, une journée entre je n’ai pas envie et il faut le faire. Et voilà, la connerie part, écrire sans réfléchir comme un petit chat qui sort ses griffes, baisser l’armure, partir au combat sans attendre que la guerre soit déclarée.

La réaction est évidemment immédiate, logique, masculine. je me retrouve à l’autre bout du fil, nue, à essayer de cacher ma maladresse comme une adolescente mal dans sa peau qui doute alors qu’il suffit de se laisser aller.

Pourquoi vouloir à tout prix remonter le courant ? Aller à contre sens sans réfléchir, droit dans le mur, savoir vite, prendre des décisions, agir agir agir et se fouetter un peu au passage.

Je ne serai jamais un homme, même pas une femme, juste une capricieuse qui veut tout dévorer au lieu de savourer.

Heureusement en face il y a pire, un oxymore dans toute sa splendeur.

Wild 

14 mars 2016

  Instagram @sidiomaralami 

il est 7h et je sais déjà que ce lundi va m’ennuyer profondément. C’est un ennui plein d’activités, d’obligations, de responsabilités et autres banalités.

J’aimerais prendre le temps de ne plus rien faire de sérieux, de me suspendre aux branches, loin, dans une forêt, de respirer l’air d’ailleurs, de plonger nue dans un lac. J’attends ce moment comme d’autres attendent le prince charmant.

j’imagine sentir frémir le sol sous une couverture de fortune, mes fesses sur un tapis de mousse. L’attrait, l’attirance de l’être qui s’échappe, à peine arrivé qu’il doit déjà repartir. A en perdre le désir du reste. Je me couche, je me lève, j’y pense et ça donne de l’épaisseur à tout ce vide autour.

La liberté a pris corps, le sien… Une obsession, un sort, un enchantement, un sortilège, pas une minute ne passe sans une seule pensée vierge de son odeur. C’est un road-trip sauvage entre 4 murs, nos âmes en plein désert, la nuit, avides de sensations. Il fait presque jour, le vent fouette nos visages aux premiers rayons, la morsure du soleil. Mon sourire préféré.

On n’a finalement jamais envie qu’un rêve s’arrête.

 

Photo Erika Lust 

Il est minuit, je viens de rentrer et j’ai cette envie de fumer que j’avais presque oubliée. On se pense parfois trop vite sevré des mauvaises choses, c’est encore pire des bonnes. J’ai passé ces trois derniers jours comme si j’avais un cancer en phase finale, sans me soucier ni des autres ni de toute la misère du monde. J’étais bien presque trop, à en faire peur à mon petit cœur. Trop vite, trop fort, 21 heures sans interruption, l’intensité des dernières bouffées comme si j’étais une condamnée, « une seule décharge et puis je crève ».

Bande son La vie électrique 

Instagram @ alabama_duel

J’ai succombé à Free.

Le hasard et ses multiples possibilités. Aujourd’hui l’inconnu devient intime, rentre dans un quotidien, comme cette nouvelle carte sim que je vais bientôt insérer. Changer d’être désiré comme on passe d’un opérateur à un autre, sans vraiment s’en apercevoir.  
J’ai croisé la route de l’archétype de tout ce que j’aime. Un soir vers 21h je marchais rue Breteuil d’un pas décidé comme à mon habitude, je ne portais pas de chapeau assez rare pour s’en souvenir, un homme me suivait, fatigué de le faire. Tous ses détails, je ne m’en souviens pas, ils n’ont aucune importance ce qui l’est, c’est que lui se souvient de la scène précisément. Ces quelques secondes, mon sourire illuminé, ma démarche, sa surprise, nos regards qui se croisent et sa casquette rouge. il me raconte, je ne l’écoute pas, je ne vois que sa bouche, je l’ai approché peut-être des dizaines de fois sans le voir, alors que tout me plait chez lui.

Cette scène, je l’ai peut-être rêvée, je n’ai pas envie de me réveiller. J’aimerais passer des heures dans ma chambre à l’écouter me raconter ce moment et son désir d’être près de moi, enlacés ces longues minutes comme des heures où le moindre effleurement fait l’effet d’un violent orgasme.

Fermer les yeux pour tout ressentir, ne rien oublier, vivre le moment comme le dernier pensant qu’il ne s’arrêtera jamais. Les heures passent et se vivent, se ressentent comme des secondes. Se raconter cet instant de risque et de plaisir, l’imaginer, le rêver et créer de toutes pièces un fantasme, un homme sans âge, sans passé, un entracte impalpable. ce sentiment que rien n’est réel que tout se joue dans l’instant. Ce weekend intense, fatigant, ponctué de rires, de musiques, entourée d’amis sans se préoccuper du reste.
Et puis la possibilité d’une nuit.
Il est 7h, je suis seule.

Je bois un café accompagné de l’envie d’une dernière cigarette en regardant ce petit morceau de pizza, seul rescapé.

Il est 8h, je longe le bord de mer, comme pour provoquer le destin je passe par un nouveau chemin. L’été approche, l’envie d’être jambes nues et d’embrasser l’inconnu. Un éternel recommencement.

  Les Goudes 

Je n’ai jamais été une abeille bien disciplinée.

Un mardi comme les autres un nouveau pari. Deux guêpes et un bourdon sont en virée, ils butinent de bar en bar et se retrouvent à la Ruche avec de mauvais Don Draper en costume bleu canard.

Ici pas de vestes LeMaire, juste du synthétique Zara, à faire cramer tout le quartier.

Les barbus sont taillés de trop près, ça sent l’axe Ange ou démon et le service quasi-militaire.

Moi je suis une Marseillaise et quand je montais dans les escaliers des bouges de l’Opéra aux Goudes, petit « esque » ! Tu n’étais pas né.

Alors tu sais quoi dans ton bar de faux étudiants qui sentent le rance, je n’irais plus jamais.

Adieu diplomatico, vive les guêpes libres !

L’homme gâté

28 février 2016

 Prieur de la Marne – Photographe Hervé Dapremont 

L’homme gâté rentre dans une vie.

 Toutes les étapes se succèdent comme tatouées. Le premier contact, un hasard organisé, un lien. Puis les échanges égrainés au fil du temps, évidemment longs et lents, des mails, des sms, des chuchotements, des regards, des morceaux de peau, l’envie d’un dernier verre, le charme opère. Rien de grave, rien d’important, il n’existe pas vraiment. Une respiration entre deux vies cloisonnées, des mondes radicalement opposés. Une faille, d’une noirceur extrême, une peau parsemée de bouts de vie comme le corps de cette femme gourmande, avide de plaisir. Des centaines de questions sans réponse, l’homme gâté prend forme et cette envie incontrôlable qui monte qui déborde qui envahit tout. L’envie d’être une passade, un soupir, une pulsion… Une histoire sans début donc sans fin.
Il existait quelque part un homme gâté sans dieu ni maître, juste des déesses et des maîtresses qui parsemaient sa peau. 
Un jour l’homme gâté beau comme un dieu est devenu mortel dans les yeux d’une femme.
L’homme gâté est enfin amoureux.

[ vous pouvez lire ma contribution dans le coffret « messages personnels »  de Prieur de la Marne chez Alpage records. ]

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