Marseille, Soleils Noirs

2 février 2016

 

 
 Artiste Peintre Benjamin Chasselon 



Je prends le métro depuis quelques jours, une habitude que je n’avais plus depuis la fac.

Ce matin, je reçois mes alertes comme d’habitude, quelques morts assez loin pour ne pas vraiment sourciller, une mère de famille infanticide et suicidaire déjà je commence à blémir, un ado poignardé, un incendie, la matinée commence mal dans ce putain de monde. Les drames sont ici mais aussi ailleurs.

Je sors la tête de mon téléphone, et je regarde les gens autour de moi, beaucoup de jeunes, il est 7h45 c’est un trajet populaire, je pense aux peintures de Benjamin Chasselon, ce mélange, cette mixité, cette fureur de vivre. De longues chevelures, des yeux noirs parfois verts translucides sur une peau légèrement hâlée, des corps fins et musclés que l’on devine sous leurs jeans moulants, ils sont pour la plupart remarquable, 20 ans et la beauté du diable comme on dit ici, ils rient, se chamaillent. Un peu plus loin, d’autres un peu plus âgés, plus clairs de peau écouteurs sur les oreilles, les sacs à dos Chabrand, Eastpak collés aux Vanessa Bruno et quelques Dreyfuss. C’est ma ville, c’est notre jeunesse, flamboyante de bon matin, mélangée, métissée, vive et enjouée. Je me sens bien, ni en danger, ni en sécurité, je suis habituée à la ville au milieu de la nuit de l’Opéra aux rooftops, que ce soit rue paradis ou dans une cité, je sais que ça peut déraper, je connais ses qualités et ses faiblesses, alors quand je regarde la première page de Libé, je souris, je ne suis pas surprise. Notre ville a un cancer et son seul espoir c’est ce sang frais, les enfants de nos 111 quartiers de Belsunce, Montredon … Périer à Mourepiane.

Il y a de l’espoir dans notre jeunesse, comme un bébé qui n’est pas né au bon endroit où avec un handicap, elle est forte, elle compense, elle surmonte. Ce mélange doit nous hisser vers le haut.
C’est notre jeunesse solaire.

Nos soleils noirs.

  

Les mariages arrangés, les liaisons d’intérêt, les amours impossibles, les coups de foudre, le hasard et les lois de l’attraction, de multiples façons de faire connaissance… Et il y a depuis quelques années la rencontre qui commence virtuellement. Il y avait le Minitel, les chats puis les blogs, les réseaux sociaux, les messageries instantanées, les sites et les appli de rencontres… Des millions de possibilités, une source intarissable, un puit sans fond. A ce rythme, l’amour exclusif n’a plus beaucoup d’avenir. La concurrence de la rencontre facile, du mystère à chaque nouveau clic, l’excitation de la découverte sont devenus bien trop forts et à la porter du plus grand nombre. La banale réalité de femmes et d’hommes ordinaires ou même exceptionnels ne sera jamais à la hauteur de tant de nouveauté, de choix, d’êtres fantasmés. Il y a de plus en plus de filtres, entre nous et la réalité. L’idéalisation est si forte par ce prisme que la déception est quasi obligatoire, la réalité toute belle et souvent pleine de charme, ne peut lutter contre le pouvoir de l’effet des messages prometteurs d’inconnus. La confiance n’existe plus, chasseur ou proie, on peut tous l’être sans même réaliser.

Un inoffensif « alors ? », un « ça va ? », un « je suis là » autant d’approches qui font mine de se soucier de savoir comment va l’autre depuis la première connection, demander des nouvelles sans attendre de réponse, un nouveau contact rassurant, un favori à l’écoute, toujours là, même à des milliers de kilomètres. Un plat au chaud qui un jour sans peu d’effort se fera déguster puis remplacer. 

Les amoureux low tech sont peut-être les seuls à avoir une chance de faire un petit bout de chemin ensemble, il y aura évidemment quelques coups de canif, la boulangère au décolleté accueillant, le prof de gym motivant mais si peu en comparaison du haut débit.

La journée fut magique mais c’est dimanche.

Désolée.

« Alors quoi ? »

Dans la tête d’un blond

22 janvier 2016

 

Je te quitte, j’ai mal. Tu me quittes, j’ai mal. C’est peut-être plus facile de laisser pourrir, voir de disparaître. C’est une technique qui a fait ses preuves. 

« Un silence sans raison fera qu’elle ou il s’en fera une. » 

Une femme par fierté sans doute mais un homme amoureux ne comprend pas. Il essaie, il se démène, il insiste puis un jour brutalement plus rien, et là généralement cela devient intrigant donc intéressant. On gratte un peu, on retourne sur son profil comme on questionnait le boulanger il y a 50 ans. 

La cause est toujours accordée au féminin, la main dans la culotte d’une autre.

Le temps est venu de reprendre mes bonnes habitudes d’amoureuse solitaire. Je n’ai le temps que d’être une, pour être mieux. Je supporte l’autre quand je le vois peu, je préfère être concentrée sur ma petite personne, mes abdos et ma bite si j’en avais une.

Il n’y a pas de doute, je suis un garçon manqué.

Choc thermique

19 janvier 2016

Photographe PURIENNE

Ressentir ce froid intense, ce pincement au cœur, s’agiter pour ne plus y penser, pour se réchauffer.

C’est une douleur lancinante qui semble bénigne, comme ce petit bobo sur lequel notre maman nous faisait un baiser pour faire passer le mal.

Il y a ce manque, l’odeur, la texture de la peau, les sourires entendus, les discrètes attentions, les messages invisibles. Ces choses, ces êtres qui n’ont jamais vraiment existé mais qui squattent nos pensées comme des fantômes. Etirer son bras dans le lit, toucher l’oreiller gonflé de vide.

Cela faisait presque une petite semaine longue comme une année entière, souviens-toi l’été 90.

Tout a commencé sans préméditation, un mélange de curiosité et d’ennui, les grandes vacances. Tu me lançais des regards furtifs à chaque fois que l’on se croisait, la première fois dans cette papeterie, puis sur le quai de la gare, je me demandais qui tu étais. Le lendemain, je suis descendue sur la plage avec mon père, tu étais derrière nous. Cela a duré plusieurs jours, à se tourner autour. Un soir, je t’ai approché au bar de l’hôtel, nous avons bu un verre ensemble puis les choses se sont enchaînées naturellement, évidentes, nous avons fini sur la plage puis dans l’eau. Nous avons fait l’amour toute la nuit puis les suivantes. Les vacances se sont terminées, nous sommes repartis comme nous étions arrivés sans vraiment nous connaître.

Les jours qui ont suivi, nous avons continué à nous appeler dès que nous le pouvions, mon parfum imbibé les cabines téléphoniques.

Puis nos quotidiens ont repris le dessus, évidemment. Mon coeur a commencé à se serrer, mes humeurs à se noircir, je n’avais pas appréhendé cet écart si grand entre le bouillant puis le glacial, le plein puis le vide. Le temps l’a comblé comme tes pensées sans doute pour une autre.

Cette année-là j’ai appris que le mot Amour au pluriel s’accordait au féminin.

Les Amours Adolescentes toutes inoubliables qu’elles soient, sont perissables.

Pour le reste, on verra…

Mauvaises résolutions 

1 janvier 2016

 

2016 est là, je regarde défiler le bonheur des autres.

J’ai les symptômes de la parfaite progéniture de notre société de consommation. Je suis malade depuis 5 jours, j’ai sans doute fait quelque chose de très mal, cela m’a procuré bien trop de plaisir pour que ça reste impuni. Depuis je vomis, je comate, je déprime dans mon lit les yeux rivés sur mon écran, hypnotisée par ces sourires radieux, ces couples en rodage qui s’aiment en parcourant le monde, ces plastiques parfaites, ces robes étincelantes, de temps en temps un message déprimé, une photo sordide, quelques morts, j’accélère. Ma curiosité malsaine ne s’attarde pas sur le malheur, je préfère me faire du mal en suivant ceux qui sont heureux.

En lisant vos bonnes résolutions, je réfléchis aux 5 mauvaises que je pourrais prendre :

« Quitter quelqu’un qui m’aime, 

reprendre la cigarette,

continuer à ne faire aucun sport,

couper mes cheveux,

arrêter de prendre des douches à 16h30. »

Je ne les tiendrai pas comme les bonnes, finalement ce n’est pas très risqué.

Tous mes vœux de bonheur chers lecteurs.

 

Quelques années après notre rupture, je l’ai revu.

J’ai vu une silhouette au milieu des mortels insignifiants. Il attendait son tour comme les autres, ça ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas être là. Pourtant je l’ai reconnu immédiatement puis j’ai eu un doute, j’ai regardé ses chaussures, ses fesses, son dos, ses cheveux, j’attendais qu’il se retourne pour être certaine. Pendant quelques secondes, j’ai pensé faire demi-tour, je n’avais pas envie qu’il me voit, pas comme ça, si ordinaire. C’était trop tard, il se serait sûrement retourné juste à ce moment là. J’ai tendu mon bras, en pointant mon doigt j’ai touché son dos. C’était bien lui, encore plus surpris que moi de me voir là, réelle, simplement humaine. Impossible d’articuler la moindre réponse, j’avais du Baudelaire dans la tête.
« Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? »

Tout était flou autour, l’homme entre nous totalement transparent, plus rien n’avait d’existence, j’étais là, comme nue devant lui. Totalement intimidée comme la première fois.

L’inachevé et son pouvoir de séduction inépuisable. La frustration et cette chaleur qui tape directement au cerveau. L’inaccessible qui rend fou. Des joncs puissants autour de mon cou, mes poignets et mes doigts. Brillants, attirants, trompeurs.

15 mn. Un snif éphémère. Une promesse vaine. Un semblant d’amour éternel.

Ma vie est devenue une mauvaise comédie romantique.

Je n’écris plus, on me dit que j’ai l’air heureuse.

J’étais une célibataire toujours accompagnée, je suis maintenant bien plus souvent seule ce qui est paradoxale.

La monogamie, la fidélité, la stabilité demandent des concessions notamment celle d’attendre les moments où deux plannings trouvent une pause.
Alors je passe mon temps à avoir envie de lui, à imaginer ce que l’on va pouvoir faire, à me souvenir des dernières heures passées ensemble, à regretter celles qui passent trop vites, une série de moments sans lui pleine de son odeur.

Il y a juste cette incapacité totale à vivre l’instant présent même heureux, même intense, j’ai cette fâcheuse manie à vivre dans le passé et même dans l’avenir. On me parle, je suis ailleurs, avec lui. Et quand il est là, je disparais comme engloutie pour mieux me souvenir plus tard. J’aime nourrir mon être de ces moments comme s’ils étaient les derniers, comme si j’allais le quitter. Je suis une ogresse, je suis barbe bleue, je suis dans l’excès.
J’ai ce refrain dans la tête, je vous épargne Indochine.

Mon cœur est en guimauve, je n’ai vraiment aucune empathie pour ce que je deviens. Ne t’en fais pas, ça ne durera pas.

En attendant je relis La prospérité du vice.

Les blondes parfaites & moi

4 décembre 2015

  

Photographe Laurence Von Thomas

Finalement je n’ai pas été une bonne fille, ni une bonne amie, pas même une bonne maman et encore moins une bonne épouse.

Sur les photos, on voit une belle jeune femme, c’est l’été, elle est bronzée, souriante. Ma curiosité me pousse à tout regarder, on y voit ses vacances, ses enfants, son mari, sa vie qui ressemble à la mienne, avant, celle que j’aurais pu afficher sur l’album d’un réseau social quelconque. Les sourires, les glaces qui coulent sur les tee-shirts, les repas entre amis à visages découverts, les vacances au ski et l’été en Espagne ou en Corse. Cette femme heureuse, ça pourrait être moi. Les paramètres, les ingrédients, les données, appelez ça comme vous voulez, sont les mêmes. La seule chose de ratée dans ce casting parfait, c’est moi ou plutôt c’était moi.

J’ai déjeuné avec l’homme qui m’a supportée 15 ans ce midi, un tête-à tête d’un père et d’une mère qui essaient de prendre soin de leurs enfants, qui décident ensemble des décisions importantes. Entre nous il reste l’affection et l’amour pour eux. J’avais envie de pleurer quand la médecin nous a dit qu’elle était contente de nous voir réunis à ce rendez-vous.

Durant le déjeuner, je le regardais et je repensais à ces matins où je venais de rentrer complètement ivre d’une jeunesse qui ne reviendra pas. Ces matins, enfouie sous la couette, honteuse, malheureuse, effrontée, en totale opposition contre un homme qui ne voulait que mon bien. Je repensais à tout ça et j’ai eu envie de lui demander pardon.

Je n’ai rien dit, j’ai souri et j’ai essayé de ne pas mettre mon coude sur la table. Il déteste ça.
Peut-être qu’un jour, il sera fier de moi. Ou juste heureux, loin de moi.

Photographe Juergen Teller

Écrire pour une seule personne comme si il était plusieurs, cette sensation d’immortalité revenue.

Un homme multiple, quasi idéal. J’en rêvais sans plus vraiment l’espérer. Hier soir, je relisais ici les moments de ces derniers mois, cette cadence infernale, à la recherche d’un idéal. Je suis vraiment une personne éparpillée, il n’y a plus aucun doute. Lui est si différent, et j’aime tellement. Je ne supporte plus les gens comme moi, ils me fatiguent autant que lui m’apaise, me rassure, m’équilibre.

J’imaginais que je le rencontrerais un jour mais tard, trop tard quand mes seins ressembleraient à des pommes reinettes que la jeunesse ne voudrait plus de moi, un jour où la ride annoncerait mon cadavre.

Ce jour est arrivé plus tôt, par surprise quand je m’y attendais le moins quand je commençais à me faire une raison de ce célibat mal accompagné. Mes 46 ans approchent et je ne me suis jamais sentie si intensément hors du temps en quelques jours.

Je lèvite au dessus de tout. Une seule chose m’importe prendre un bain avec lui et vivre comme si nous avions à peine 20 ans.

J’avais presque oublié comme il peut être bon l’âge de la déraison.

Amours barbares

20 novembre 2015

BRASSAÏ

Nous nous sommes peut-être croisés des dizaines de fois devant ce comptoir en zinc. Le hasard n’était pas en notre faveur.

Il y a 7 jours.

Vendredi dernier à l’heure du diner, je sais comme vous tous où j’étais, ce que je faisais exactement, j’ai ressenti cette stupeur, cet effroi, cette angoisse devant mon écran, je n’en ai pas dormi, j’étais dans l’attente de réponses, j’étais hantée par ces beaux visages souriants que beaucoup de mes amis espéraient revoir, ils auraient pu être le père de mes enfants, un frère ou mon dernier amant. Je me suis endormie au petit matin à la fois soulagée, rassurée par mes proches et extrêmement triste pour tout ceux qui ont eu la malchance d’être là où nous aurions pu tous être. Juste entrain de vivre.

Cette nuit là, pendant que des milliers de personnes étaient terrifiées, anéanties totalement impuissantes devant tant de barbarie, je m’étais inscrite sur l’application de rencontres la plus pathétique, partagée entre l’envie de me divertir et un profond dégoût de ce que j’étais entrain de faire, choisir un homme comme on choisit sa lessive le samedi matin.

J’ai sélectionné quelques profils parce qu’à force de déplacer mon index vers la gauche, ça devenait sans espoir.

Ce soir là entre un monde réel en plein chaos et les bas fonds du virtuel, j’ai croisé un ange.

Je ne sais pas comment cette rencontre va évoluer, nous sommes si différents quasi incompatibles pourtant je viens de passer une semaine si douce, sans me poser de question, sans tourments.

Au milieu de tout ce noir, l’évidence des contraires qui s’attirent. L’improbable évidence de notre désir un peu fou.

Brève possession 

11 novembre 2015

L’important c’est d’aimer Andrzej Żuławski

Tu t’interdis à moi ou peut-être même que j’ai totalement disparu de tes pensées, alors immanquablement tu hantes les miennes. Une vieille comptine, l’éternel refrain, on veut celui qui ne nous veut pas.

Il suffit de le savoir, de manigancer dans ce sens là pour arriver à ses fins. Alors pourquoi je ne le fais pas en post production ? Pourquoi je ne respecte pas le scénario ? Pourquoi je suis toujours en totale impro ? Pourquoi j’écoute mon désir plutôt  que mon cerveau ? Parce que ma vie ne s’écrit pas tout simplement, parce que quand je te vois de loin pixelisé, me frôler, où me sourire, j’ai juste envie de t’embrasser, de nous faire plaisir quelques heures, je ne veux pas plus. Le plus j’ai eu la chance de l’avoir et je l’ai encore, la baraque, les gosses, le mari, le break, le chien, la sécurité, la tendresse, le sexe à papa et la pizza le dimanche soir. Tout ça ce fut et c’est aussi ma vie.

Avec toi, je ne veux que de l’éphémère, je veux que mon cœur chavire quand tu me touches ou juste quand tu me regardes.

Je veux être éperdument amoureuse, je veux avoir mal de te perdre sans jamais t’avoir.

Posséder tes pensées et ton envie juste quelques nuits.


La beauté du dégoût 

9 novembre 2015

 Instagram @alabama_duel

Il faudrait ne jamais donner pour continuer à recevoir. De l’attention, de l’amour ou juste un peu d’affection, à croire que les Hommes préfèrent les égoïstes.

Le constat est sans appel, il a disparu aussi vite qu’il est arrivé dans ma vie, rentré par une porte dérobée, sorti sans la claquer. Sa quête se poursuit, son envie de nouveauté est intarissable, tu n’as pas fini de lui répondre que ses yeux sont déjà sur le cul d’une autre. Sa beauté comme appât, son intérêt est si flatteur, qui peut résister ? Sûrement pas moi.

Je n’ai même pas pu succomber, son avidité à voir, entendre, imaginer l’a rassasié si vite, de la beauté au dégoût, il n’y a parfois que 117 secondes de trop. je n’aurais peut-être pas du envoyer ce cadeau. Trop de réalité tue le désir.

Alors je pars dans mon autre univers, celui où mon visage remplace mon corps. Il est peut-être 2h du matin, je suis scotchée contre un mur, devant moi les alchimistes en plein set. Je n’ose rien faire, il retourne mon cerveau comme de jeunes savants fous.

Il est 7h, je suis noyée dans la ville. Esclave seulement de ma fatigue.

Depuis plus rien. Electroencéphalogramme plat.

The Shoes.

L’ennuie 

2 novembre 2015

La journée est longue, je croise et décroise mes jambes en attendant qu’elle passe, on me demande ce que j’ai, je réponds que tout va bien que le week-end c’était super que je suis juste un peu fatiguée que j’ai perdu le rythme qu’il ne faut pas s’inquiéter. C’est toujours rassurant quand les autres se font du souci, c’est ennuyant aussi. Je rentre tôt, je ne parle presque plus, je reste de longues heures toute seule dans ma chambre, face au miroir, à m’enduire de crème, à changer la couleur de mon vernis, je pourrais faire ça tout le temps, vivre qu’avec moi, mon reflet, mes frustrations, mes névroses. Je libère mes envies, elles passent par les ondes et leur impact n’est qu’un discret afflux de sang qui réveillera une queue au désir endormi, le moment fort de la journée. Je me sens vivante entre ces 4 murs et cette présence derrière moi qui n’existe pas. J’ai ce manque, la cigarette comme alibi et le reste dont j’ai honte. Cette chose étrange qui me ronge chaque jour. Cette chose qui accélère mon pouls qui entraîne des réactions que les autres ne comprennent pas. Je suis d’une humeur rouge sang, je ne permets rien à ceux que j’aime que je m’autorise impunément chaque jour.

Sur ce, je file, ce soir je reviens à mes bonnes vieilles habitudes de vie mondaine et populaire à la fois.

Jeanne sans Jules ni Jim

1 novembre 2015

 Jules et Jim 1962

Un week-end interminable.

Il a commencé mercredi comme un vendredi, mon jeudi fut un samedi et le vendredi un dimanche. Alors La nuit dernière pour me finir en beauté j’ai abusé de mon corps que je devrais ménager selon la science. Je n’écoute plus personne, je brûle le peu d’énergie qu’il me reste. Je suis entre la vie et la mort, comme Jeanne entre Jules et Jim. Je fais l’amour avec l’un en pensant à l’autre. Je joue à me faire peur, mes nuits sont interminables, sans sommeil, agitée et rythmée jusqu’à l’épuisement. Jules est si beau, éblouissant de jeunesse, comme ses cheveux dorés au milieu de cette faune grouillante. Jim l’est tout autant, attirant comme une force occulte, son regard noir envoûtant au milieu des lumières aveuglantes.

Je déambule, ivre de musique et de liberté, ma main s’accroche à l’un quand l’autre m’attrape par la nuque. Jules mord mes lèvres, Jim me cherche. Jim serre ma taille, Jules vibre dans ma poche.

Les premiers sons de My name is barbarella rentrent, j’ai 18 ans, je suis à l’Omen, Sven Väth commence son set, la foule est compacte, j’essaie de ne pas perdre Jim, Jules nous attend sous cette énorme boule, notre seul phare dans cette océan de corps effrayants.

Il est 5h, Jules m’agrippe. Jim poursuit sa nuit sans nous.

Il est 11h, au milieu d’un Paradis nos mèches blondes s’emmêlent, nos corps translucides s’enlacent, un rayon de soleil les transperce.

Jules retourne à sa vie de jeune vampire. Jim prend de mes nouvelles.

Un dimanche soir comme un mardi. Il est 21h, Jeanne est bien seule devant son thé Yogi.

Mes lois de l’attraction

27 octobre 2015

 Photographie – L’ours et la poupée 

Mon ami Antoine est bien né, brillant, il a donc beaucoup d’argent, ça ne se voit pas au premier regard mais ça se remarque vite, il est très généreux.

Comme beaucoup dans sa catégorie sociale, sa maman était belle et pauvre, son papa moche et riche. Seulement certains ont la chance de cumuler beauté et argent, mais Antoine n’a rien pris de sa mère à part peut être sa gentillesse qui finalement ne s’avère pas toujours un point positif. je n’ai pas dit bêtise, j’aimais beaucoup cette femme.

Antoine vient souvent se confier, il gare sa vieille Targa en bas de chez moi, il monte les escaliers lentement toujours chargé de deux millefeuilles au thé vert mâtcha, notre rituel à l’heure du thé. Il s’assied sur le même tabouret et il commence à me raconter de sa petite voix qui semble ne jamais avoir muée ses déboires amoureux.

Il me dit souvent qu’il a vraiment l’impression de se faire berner que les femmes jouent avec lui, il les promène, les invite, les gâte mais la plupart du temps il sent bien qu’elles n’ont aucun désir puisqu’il ne se passe rien une fois le diner terminé. Il voit évidemment dans mon regard que je pense qu’il est mal barré, il attend de moi que je sois aussi franche que mes yeux dans mes conseils. C’est peine perdue, je ne ferai jamais d’Antoine un Divin Connard. j’ai donc décidé de le présenter à la très jolie Coralie que je surnomme l’artiste. Coralie l’artiste suce la queue de ce pingre et beau José, pour rien à part la dénigrer et accessoirement la faire jouir. En engloutissant à bon escient et goulûment avec son si beau regard bleu aimant insoupçonnable celle d’Antoine, elle rendrait un homme heureux. Une vraie Princesse souillon, parfaite pour mon Antoine qui la fera jouir à sa façon, avec 300 m2 au Roucas, ça aide.

Il existe deux êtres faits l’un pour l’autre, je serai leur élément dénominateur, avec un peu de chance, leur progéniture sera belle et riche.

Je suis persuadée que l’Amour arrangé a encore un bel avenir.

Vilaine Fille

26 octobre 2015

Un silence n’est pas une non réponse, un silence est souvent significatif d’un désintérêt total.

La plupart des êtres humains n’ont aucun amour propre, aucune fierté, pas même de l’empathie ou une once de machiavélisme quand ils reçoivent un message d’une personne qui ne les intéresse plus. On peut s’amuser à le faire exprès pour créer un manque ou par vice. Mais dans la grande majorité des cas quand quelqu’un nous plait, on répond.

C’est ainsi, une fois qu’on a bien compris ça, il faut être bien con pour en envoyer un deuxième quand le premier n’a pas reçu de réponse.

Ma connerie ne s’arrange pas avec l’expérience, évidemment ma méchanté non plus.

Je continue à me surprendre toute seule tellement je peux être consciente et savoir pertinemment ce qu’il ne faut pas faire, le faire et attendre la réaction. Aimer jouer.

Alors j’envoie 12 messages en 24h. Juste pour le plaisir de ne pas avoir de réponse.

Je suis un vilain garçon dans un corps de gentille fille. Ou l’inverse.

Barbarie Amoureuse #4

20 octobre 2015

Instagram MaisonClose photo MartialLeNoir

Je ne le regarde pas, mon café me brûle les lèvres. Je suis déjà habillée, je vais partir.
C’était une habitude, il n’y a pas si longtemps, ces longues semaines où il ne me touchait pas, ou je n’allais pas vers lui non plus. Il y avait des raisons, nombreuses, valables, nous étions un couple lambda avec ses hauts et ses bas. Notre vie, nos quotidiens avaient laminé notre amour, notre envie durant de nombreuses années.

Depuis, Lui a changé.

Je le regarde, mon café est froid. Je porte le perfecto de la veille nue dessous, assise sur un des hauts tabourets autour de ce comptoir souvent agité.

Hier soir quand je suis arrivée, il était assis sur les escaliers de mon hall d’entrée, je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Juste surprise de le voir, il n’a pas pu attendre, il a pris un train sans me prévenir, je n’osais espérer qu’il le fasse.

Nous n’avons même pas parlé. Il a enfoncé ses lèvres dans mon cou et j’ai senti son odeur en même temps que ses mains sur mes fesses. Il m’a enlevée ma casquette, nous avons posé nos sacs, nos blousons, nos boots, nos jeans, nos chemises, comme deux Petit Poucet pressés. Il s’est retrouvé nu sur mon lit, j’ai gardé ce body qu’il adore délacer en jouant avec ses doigts et sa langue à travers les liens. Cette fois, il a tout arraché, il m’a plaquée contre le mur, je n’arrivais même plus à respirer, comme si son corps me pénétrait en entier. Un instant tendre l’autre enragé. Avec lui aucune certitude, aucun quotidien, aucun projet, aucun acquis… Aujourd’hui, je ne sais même pas si c’est pas fini, à part que ça n’a pas commencé. Notre histoire n’existe que dans l’instant, ces quelques jours qu’il passe dans mes bras qu’il lèche et mord. Nous sommes un couple amoureux de ces moments éphémères, si fragiles et si forts. L’envie de se revoir est notre seule et unique habitude.

Il parait qu’on se lasse de tout dès qu’on peut l’avoir trop souvent, même si c’est notre plat préféré.

Il est déjà reparti, j’ai eu à peine le temps de l’engloutir et finir au petit matin, enlacés.

Meurtres en série 

14 octobre 2015

Joni Harbeck par Neil Krug

Il est reparti et j’ai envi d’hurler.

Je relis ces derniers messages sur le quai, j’embrasse l’ecran de mon iPhone, il y a cette photo de nous qu’il vient de m’envoyer. Je suis pathétique, totalement éprise, je ne sais pas si c’est le manque de nicotine ou déjà son odeur. Pourquoi c’est toujours à moi que ça arrive ? Pourquoi il est venu me reparler ? Pourquoi il ne vit pas ici ? Pourquoi il est si beau ? Pourquoi j’ai envie de sa peau tout le temps ? 
Il va falloir attendre deux semaines, une éternité. Je deviens folle, totalement schizophrénique, passer continuellement d’une vie à une autre. J’ai l’impression de tout gâcher, de ne rien vivre pleinement, mon travail, ma famille, mon amour… Je bâcle tout. J’ai posté cette photo de moi nue ce matin, il n’y a que lui qui peut la comprendre, et même s’ils pensent tous qu’elle est pour eux, je m’en fous, il s’en fout. Notre univers est public, l’intime n’existe plus, tout n’est que déballage. Qu’est ce qui est le plus intime une paire de seins ? Ou mettre une photo de son couple en profil pic ? Chacun fait ce qu’il veut tant qu’il assume.

J’ai enfin trouver celui qui me comprend, qui apprecie mon goût pour la provocation, qui gère mes états d’âme et ma spontanéité. Il m’aime pour ce que je suis depuis longtemps et je ne le voyais pas.

Il n’a qu’un seul petit défaut, il vit à 800 bornes mais c’est finalement bien moins handicapant qu’une demie-molle à domicile.

Dépeçage amoureux 

12 octobre 2015

J’étais assise en face de lui, il a mis 3 sucres dans son café.

L’évidence ne se pose aucune question, comme si ce que je vivais n’était que l’aboutissement de toutes ces répétitions, ces nuits, ces rencontres, du plaisir aux pleurs.
Il a l’âge, le physique, l’humour, l’attention que j’avais cessé d’espérer. Il me regarde comme si j’étais belle, m’écoute comme si tout ce que je disais été intéressant, il pose sa main sur mon genou quand je conduis, souffle des mots étranges dans ma nuque, son envie de me faire l’amour est insatiable. Parfois je me retourne vers lui avec cette appréhension de le rêver, de me l’inventer, comme toutes les choses bonnes je ne veux pas qu’elles se terminent.

Nous étions devant un paysage magnifique ce dimanche, face à la mer, quasi nus un 11 octobre. Les corps salés, blottis l’un contre l’autre, je lui raconte alors que quand j’étais plus jeune, j’avais pris la décision de photographier avec un clignement des yeux les beaux moments de ma vie et qu’à cet instant il en faisait parti. Comme un Instagram des sensations.

A cet instant, notre mièvrerie a été terrifiante, heureusement que nous avons violemment baisé après.

Evidemment le plus intéressant pour ici c’est quand tout va s’étioler, quand je vais commencer à souffrir, me morfondre, redevenir cet être torturé, incapable d’être aimé. Ce sont ces moments qui donnent les meilleurs textes. Après l’amour édulcoré, on va pouvoir passer à l’amour dépecé.

Vivement le début de la fin.

Silence j’aime 

11 octobre 2015

Photographe Neil Krug

Il y a ce brouhaha dehors, ces gens qui rient en fumant. C’était moi avant.

Sous une lumière rouge diffusée par de petits radiateurs, la fumée n’est pas très dense, ils ne sont qu’une petite dizaine. Je suis blottie dans ses bras, je suis bien, une semaine que nous ne nous quittons plus. Je regarde les silhouettes derrière la baie vitrée. Le vin commence à faire son petit effet comme ces quelques jours que nous avons passé ensemble. Un malheureux heureux hasard, cette rencontre, au moment où on ne s’y attend pas, un soir fatiguée, pas apprêtée devant un énième bar marseillais inauguré. La procédure amoureuse a démarré normalement, on a commencé par échanger des nuits entières puis à baiser à s’en irriter le sexe et les sentiments. L’envie tiraille, l’amour embrase, le plaisir apaise puis la peur de perdre réapparaît.

Il est 3h. Téléportation.

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