L’Amour en CDD

26 juillet 2015

 Pierrot Le Fou 1965

C’est toujours étrange cette sensation de vivre une liaison à durée limitée.

Tout est joué à l’avance, la rencontre, le pendant et la fin. Pas vraiment de surprise, les jours se passent, on profite de l’instant sans fard, sans jouer le jeu du ménagement ou du ferrage. Ça coule comme un vieux couple, pas vraiment besoin de faire d’effort, on se laisse porter comme un condamné, il n’y a besoin de faire des concessions puisqu’aucun avenir. C’est presque un peu triste, passés les premiers jours de la découverte, la réalité du limité rend les baisers encore brûlants déjà désabusés, les gestes tendres et fréquents prennent un rythme plus distants au fil des moments comme pour se préparer à la séparation qui approche. C’est plaisant puis ça devient vite pesant, comme un chewing-gum qu’on adore qui perd petit à petit son goût.

Il était 20h il y a 15 jours, sur cette terrasse minérale une énième apéro avec ce que la ville compte de jeunes et jolies, il est arrivé et nous avons mis quelques minutes à nous reconnaître, je cherchais un jeune homme seul et lui une blonde avec un chapeau, il était accompagné et moi tête nue. Les premières heures furent consacrées à l’observation, de regards en coin aux paroles mesurées, l’approche. Ça aurait pu s’arrêter là, un passage du virtuel au réel comme il s’en passe des milliers pas vraiment décevant ni très engageant. Les heures ont passé, les jours, les déjeuners, les soirées, les dîners, les rires, les discussions tournent en confidences, l’envie de partager et de vivre le moment sans promesses ni projections. Un début sans fin et vice versa.

Il est 22h47, nous sommes 9 jours plus tard, il est toujours là presque devenu un intime, vivant avec moi, dans un peu plus de 24h nous ne nous reverrons peut-être jamais plus, je ressens ce petit pincement comme le dernier jour des vacances qui commencent réellement quand il partira. De doux moments entre deux inconnus qui vont retourner à leur quotidien l’un sans l’autre. Le temps et la distance vont-ils effacer le manque ? Si manque il y a, les jours prochains nous le diront. Je crois que nous nous sommes formatés à cette éventualité comme pour se protéger.

Offrir sans attendre en retour. C’est peut-être ça aimer… Même si c’est éphémère.

Les Amoureux de l’éphémère.
 

Miss Pan

20 juillet 2015

  Anita Pallenberg & The Rolling Stones

Aussi longtemps que je m’en souvienne, je suis entourée de vingtenaires.

Des filles, souvent des garçons, peut-être mon humeur changeante, mon humour de camionneur, mon attitude mi maman mi gamine… Je ne sais pas vraiment pourquoi. je ne m’en plains pas, leur présence m’amuse et me réconforte.
Ils avaient 25 ans quand j’en avais 15, je partais avec eux le soir sur Saint Florent danser à la Conca d’oro en Buggy vert, ma langue était alors mon seul organe pénétrant. Aujourd’hui encore c’est mon anti-oxydant, mon placebo de fréquenter des Peter Pan et des Fée Clochette, passer du temps avec eux me rassure puis m’angoisse encore plus de vieillir inexorablement. Du chaud, du froid mais surtout pas du tiède.
En parlant de tiède, j’ai toujours eu, un souci avec les post-trentenaires, ce besoin de construire, de réassurance, de stabilité, de confort et pourtant j’ai suivi ce chemin tout tracé comme un petit soldat. Ce qui est normal dans tout ça, c’est qu’évidemment je suis attirée par ce qui m’excède.

En attendant, je pars sur un coup de tête me baigner au Bestouan en vieille 1100 GSX bleue et son beau trentenaire, pour garder cette sensation d’être toujours une ado, attirée par ce qu’il ne faut pas et avoir cette envie de plaquer ses fesses sous l’eau puis de se défiler comme une anguille.

Il doit bien y en avoir un qui me ressemble, un comme moi, un adulte terrible mais avec une barbe rousse.

Évidemment que si.

 
Elle est magnifique cette fille, être à son bras te rend instantanément plus intéressant. Comme une belle parure, c’est ton faire-valoir, elle te donne de l’assurance, elle te rend encore plus fort et beau. C’est le symbole de la réussite, ce que les autres voient de toi, tu parles, tu es l’ami de tous, tu n’as plus de retenu, rien ne te semble impossible, tu n’as peur de personne, tu roules vite, tu consommes beaucoup, tu brûles tout. Tu crois la posséder et elle sait t’en donner l’illusion.

Les heures passent, les semaines, les mois, elle est toujours aussi belle, toute de blanc vêtue, une tête d’ange, un corps de déesse et toi tu commences à transpirer, beaucoup, à t’agiter, tu deviens gênant, incohérent. Je ne sais pas si tu t’en rends compte qu’elle est entrain de te vampiriser, de tout te pomper. Je ne sais comment te le dire, alors je te l’écris parcequ’à ma façon je t’aime que je sais que tu ne me m’ecouteras pas, que tu as cette sensation de maîtriser cette chose. Oui c’est une chose, cette fille n’est pas humaine, son cœur est en poudre et ce n’est que vers le fond qu’elle peut t’attirer même si sa douce apparence te fait croire le contraire.

… Une grande solitude.

Solitude accompagnée 

13 juillet 2015

 
© Matthew Oliver CalviOnTheRocks

Calvi c’est fini, je suis dans mon lit, je fais défiler les photos en attendant que mon cerveau décide enfin de déclarer forfait. Je suis de ces personnes qui n’arrivent jamais à s’arrêter, alors je me lève en pleine nuit pour aller danser des heures et essayer d’exténuer cette chose qui me possède.

Il est 2h je suis collée aux baffles à en devenir sourde, il y a ce garçon souriant à côté de moi, nous sommes contre la barrière, j’ai la tête baissée, les yeux fermés, mon visage fouetté par mes cheveux au rythme de Ready for the floor. Le son me transperce, il irradie tout mon corps, le point G atteind, j’ouvre ma bouche pour trouver un peu d’air. J’aime cet état de trance, sans alcool, sans substances, juste de bonnes vibrations, la musique comme seule drogue, puissante, euphorisante, jouissive.

Il est presque 4h, je n’arrête pas j’en veux encore, comme une nymphomane je cherche un nouveau plaisir, il y a ces mini cabanes installées à l’entrée du festival, je me faufile, bras levés, la nuque trempée, les boots blanchies de poussière, j’ai envie d’y laisser ma peau, je colle mon ventre contre les platines, un Jésus blond envoie de la deep house, il fait tellement chaud, peut-être 40 personnes dans 12 mètres carrés, je suffoque mais plus rien n’a d’importance. je sens les seins chauds de BB derrière qui tambourinent mon dos, je suis bien, je ne veux pas que ça s’arrête. Les gens crient autour n’ayant que le son comme seul Dieu.

Il est 6h, je suis scotchée contre le mur à la droite d’Etienne, son Hashtag My Ass met d’accord la foule compacte, je dégouline sans bouger une oreille, autour ça saute dans tout les sens, il faut que je sorte de là, impossible, je suis crucifiée, seule, entourée de centaines d’inconnus.

Ma solitude prend fin, je marche sur les pavés qui me mènent à mon hôtel, il est 8h, je ne sens plus mon corps, je croise une tribu d’indiens surexcités, je suis prête à les suivre, remonter vers la citadelle, mais non je m’effondre, juste assez d’énergie pour rentrer. Je finis ces 24h, le cerveau rassasié, allongée sur mon lit, en fond sonore le ronronnement de la clim, je m’apaise enfin, des mains me caressent, ce ne sont pas celles de ma belle amie mais d’inconnus au visage peint qui dansaient avec moi, je rêve que je fais l’amour avec cette marée humaine. Il y a des plumes, des yeux qui pétillent, des corps doux et dorés.

Il est midi, je jouis. Seule.

Calvi Sans Rose

4 juillet 2015

 

Instagram @alhabama_duel

Ces moments qui se ponctuent de l’observation d’inconnus, il y a quelques jours cette blonde en robe verte, aujourd’hui le nouveau a une chemise en jeans mal boutonnée. Il était seul à pieds au milieu de cette cohue de voitures familiales, écouteurs vissés aux oreilles, ébouriffé, l’air ailleurs, loin. Je l’ai tout de suite remarqué, son allure différente, un négligé subtil, bien loin des pantacourts alentour, il fumait, il était 6h30 du matin, sans doute pas encore couché, un gros sac kaki à ses pieds, il n’arrêtait pas de bailler.

Il est a quelques mètres à ma gauche, allongé sur un transat, comme moi, il somnole autour d’une piscine de miasmes. Des boucles châtains autour d’un visage d’ange, une belle bouche, une légère barbe, je n’ai pas encore vu ses yeux, je les imagine noirs en amande, je ne sais pas, je suis myope et j’ai encore oublié mes lunettes.

Je vais donc passé ces 5 nuits à danser , à ne rien voir passer 3 mètres, j’aime ça, le monde flou autour, l’imagination est tellement plus agréable que la réalité. C’est ma drogue, vivre dans le brouillard.

L’inconnu s’est réveillé, il se lève, passe devant moi, son corps est mince, on devine une musculature de sportif, il est jeune, peut-être 27 ans, il revient avec deux cafés, il s’assoit à côté de moi et me propose le deuxième. Je souris, j’accepte. Nicolas et toi ? Tu vas au festival ? Tu es seule ? La conversation débute par de simples questions, puis il me raconte, pourquoi il voyage seul, j’écoute. La traversée passe finalement tres vite, 7h, le temps de se raconter une partie de nos vies.

Il est 14h. L’inconnu ne l’est plu. Ses yeux étaient finalement verts et sa dernière petite amie s’appelait Rose.

Calvi On The Rocks, sans Rose.

L’été meurtrier 

30 juin 2015

  Instagram @ alhabama_duel
Je ne sais pas pourquoi je pense à ce film, à cette robe rouge, au mal que peut faire une femme, à l’amour fou, à l’amour à sens unique, à Mister Iceberg… Conséquences ou vérités ? Modestie ou vanité ? Blond ou brun ? 
J’ai le choix. Il est 20h et je suis en avance, même pour un rendez-vous improvisé.

Je suis de ces personnes à l’apparence déconstruite, construite sur des fondations stables. Ce soir, c’étaient des sessùn de 5 cm. Je suis de ces femmes à l’attitude instable, maîtrisant sa deuxième vie comme un contre-maître teuton. Je ne suis qu’une image futile parfaitement structurée. Je ne parle pas de cette partie de ma vie, ça n’intéresse personne une vie de femme normale.

Il est 20h30, il fait peut être 33 degrés, nous sommes un mardi soir dans une grande ville française, l’inauguration de cette boutique a du succès, il y a beaucoup de blondes sur les trottoirs. Nous fumons à l’extérieur, le temps de faire le nombre de bises qui font l’endroit.
Il est 21h30, je dîne seule, en attendant que la machine à laver finisse d’essorer, de la bohémienne et du riz en lisant du John Fante. 
L’été est là, je pars bientôt, je vais laisser ma panoplie stable une quinzaine de jours, juste le temps de me faire un peu peur.

La rhétorique est toujours la même, j’ai envie d’autres choses, je ne sais pas vraiment de quoi, alors je fonce dans le carrelage.

Mister Iceberg aime l’amour on the rocks

J’ai lu ce livre il y a longtemps, j’en ai un souvenir flou du pire, et intense du meilleur comme une partie de mon week-end. Oublier le pire et n’apprécier que le meilleur. Pas de demi-teinte, ces 48h furent totalement folles.
Je suis montée dans le grand huit de toutes la gamme des sensations, de la jouissance extrême au dégoût ultime. Vivre sa vie comme on dévore des séries en deux jours.

Un vendredi soir qui devait être le calme prélude à un samedi de fête, les deux nuits furent démentes, irréelles comme cette maison dans les arbres surplombant l’immense miroir bleu noir où se reflétait la lune. Des beautés sensuelles, un mélange de simplicité au style sûr soupoudré de bons mots hyper sexués, des femmes immenses qui dansent comme possédées, des pygmalions autour prêts à jouir dessus sans retenu. Des envies de mélanges improbables des huîtres au wasabi, des corps étrangers qui s’enlacent, des discussions farfelues autour d’une immense paella, des pêches à l’anis, des baisers au goût de gingembre.

Je sautillais heureuse, oubliant ce pire que je venais de vivre quelques heures plus tôt, oubliant tout.

Dans ces moments intenses de vie, il me plait de me poser quelques minutes, j’ai mon dos contre le mur entre deux portes, je regarde deux marches plus bas ce patchwork de personnalités quasi impossible à réunir un même soir. Je ferme les yeux et j’imprime au fond de mon cerveau, ce beau moment, ces gens talentueux, tous un peu fous. Le temps passe tellement vite que parfois de vivre les choses sans pause, sans les fixer, on a du mal à vraiment les apprécier pour se les remémorer plus tard.

Il est 23h, les invités sont tous face à la mer, le ciel gronde de mille couleurs, je suis cachée derrière l’homme à la jeunesse éternelle, je ne prends pas de photo… Je ferme mes yeux.

Merci Fanou

I miss you – The Rolling Stones

Photographe Sev Prothon Instagram @siropderue

Qui est cette fille ?

Je la connais mais je n’arrive plus à me souvenir d’où, elle est différente donc remarquable, j’essaie de trouver puis mon cerveau est happé ailleurs.

Je n‘étais pas revenue depuis l’été 2009 peut-être 2010, l’endroit n’a pas vraiment changé, comme si la nuit s’était arrêtée à la fin des années 90 au bord de l’eau, entourée de tamaris, une buvette repeinte et quelques fauteuils en plastiques blancs.

Je suis arrivée vers 20h, une amie à chaque bras, aussi différente l’une que l’autre. Notre trio passerait très bien dans une vidéo Xart, un mélange racial doux et hétéroclite mais là n’est pas le propos.

Ce fût un long mercredi soir de retrouvailles, si l’on devait mesurer la qualité d’une soirée au nombre de bises, ce serait sans doute l’inauguration de l’année. Je cache mon regard fatigué au milieu des quelques jeunes barbus qui étaient sûrement mineurs il y a 5 ans. J’ai cette sensation que tout ce que la ville compte d’oiseaux de nuit avait donné rendez-vous à son amour de vacances. Rêvée complétement idéalisée, comme si le temps n’avait pas d’emprise sur elle, comme cette belle blonde en robe verte, à la beauté surannée, sans âge que l’on croit connaître. Elle dansait sur la piste sertie de lampions multicolores face au plus beau couché de soleil d’Instagram. J’avais envie d’aller lui parler, j’avais envie de m’enivrer et qu’on aille finir nos verres sur la digue.

Rien n’a vraiment changé mais moi j’ai vieilli… J’ai tiré une dernière fois sur la cigarette de la jeunesse éternelle. Tellement heureuse de la revoir mais avec ce petit goût différent.

« Quand aujourd’hui est d’un autre temps, demain sera sans doute meilleur. » J’ai des pensées complètement abscons en allant travailler en métro, puisqu’ici c’est la guerre des Rose qui se transforme en Games Of Thrones du transport urbain.

Je mets mes écouteurs ! Fuck !

White Riot – The Clash

  Photographe Sev Prothon Instagram @siropderue 

 Photographe Sev Prothon Instagram @siropderue

Instagram @ alhabama_duel

Une soirée improvisée, rien de prémédité, le hasard et quelques mots qui rapprochent.
Sans vraiment comprendre, je me retrouve sur cette terrasse, il est 20h30.
A ma gauche, une chemise en jeans largement ouverte, une façon particulière de se tenir, une nonchalance qui me fait penser à tout ce que j’aime, le naturel créatif se bouscule, j’écoute, je ne comprends pas tout mais je sais faire semblant.
A ma droite, il enlève ses lunettes et je cherche des défauts qui pourraient me rassurer, la jeunesse éternelle réincarnée. J’avais juste oublié un détail qui le rend particulier, je fais un bond en 85, tout me revient. J’essaie de rester concentrée.
Un débit de discussion intense, ça fuse de tous les côtés, la photo, les voyages, les amis, les femmes… Je n’arrive plus à suivre, j’ai envie de faire une pause. Je descends un peu mon débardeur, j’ai un décolleté qui laisse apparaître des bretelles qui se croisent entre mes seins. C’est radical, on continue de parler d’art, des uns et des autres mais tout à coup ça devient plus léger. De l’Art au BDSM, il n’y a parfois qu’une fine bretelle qui les séparent.
Il est 2h du mat, tout est passé tellement vite, le temps de vider un paquet de cigarettes , manger sans s’en apercevoir et boire des mots, des projets, le futur et toutes ses possibilités.

La lumière est devenue rouge, les idées plus floues, l’aube, le moment où on ne différencie plus un chien d’un loup. 

3 agneaux. Le silence nous a mis d’accord.

Silence is Sexy.

Viens… Mai 2011

22 juin 2015

Photographe Lars Botten

Je suis seule dans mon nouvel appartement, il est 20h, je n’ai pas faim et si je veux, je ne mange pas.
Je ferme les yeux, je profite du calme. Les vibrations de mon téléphone le font danser sur le canapé. Je le regarde avec un sourire niais. Cela fait plusieurs mois que j’ai emménagé et je ne l’ai dit qu’à très peu de personnes, quelques proches. J’ai encore un peu honte de ma brutale décision. Le téléphone est maintenant inerte, l’écran encore lumineux, j’ai reçu un message.
« Viens… 2h de route. Appelle-moi quand tu démarres… Je te donnrai la destination. »
Mes cheveux étaient encore mouillés, mon visage même pas poudré. Je suis partie comme ça, avec une simple brosse à dents dans mon petit sac.
Amnésie Totale Passagère, résume parfaite les 24h qui ont suivi.
Vivre vite et oublier demain.

  Photographe Paul Santoni 

Je suis rentrée bien trop tard pour me souvenir de quoique ce soit. Peut-être le début, une sorte de cube blanc posé au milieu de quelques tamaris, du rosé, des filles souriantes, des garçons qui dansent, des robes longues, des shorts courts, des bustiers à réajuster, des talons qui s’enfoncent dans le sable, des jambes qui s’emmêlent, des couleurs qui virent, des chips grasses. Ma tête qui tourne et mon coeur qui se noie. Je ne sais plus si j’ai vraiment une place qui m’attend dans ce monde là. Je me blottie contre une poitrine comme la mienne, je suis bien. J’ai envie de dormir.

Je suis morte.

  Instagram de @ Camille BISIO

Je suis assise sur une des dalles chaudes sous la Corniche, je regarde, cachée derrière mes lunettes, les filles et les femmes allongées devant moi. Elles rient fort, c’est amusant de les écouter parler de leur vie, leurs aventures, des hommes… Effrayant aussi. Je me demande ce que serait le Monde si elles se laissaient aller à leurs plus bas instincts sans la crainte du jugement, de la mauvaise réputation et des diktats socialo macho. Heureusement, nous vivons dans un pays où nous sommes libres et certaines femmes usent pleinement de leurs droits et assouvissent leurs désirs sans peur et sans reproche.

Lou porte une jupe aussi large qu’une ceinture, c’est une jeune avocate, indépendante et pétillante. Lou me sourit et me dit qu’elle a envie de choper Max, mais Ben aussi, qu’elle hésite entre la raison et son désir. Je lui dis sur le ton de la plaisanterie qu’elle peut très bien goûter les deux et qu’elle fera son choix en laissant sa chance au produit. Ou même les deux ensemble… On en rit.  Il n’y a pas si longtemps, Lou ferait jaser, ce serait la mauvaise fille du quartier. Aujourd’hui aussi. J’exagère à peine, je suis marseillaise.

Hier soir, j’aurais aimé être un homme.

Photographe @ Thomas Mailaender
Ou plutôt la nuit. je commence par le début ; J’avais 15 ans, je fréquentais la place de la Préfecture, j’étais de ceux qui se retrouvaient devant le Cortes tous les samedis après midi. La jeunesse marseillaise n’avait pas d’iPhone, pas de Facebook, ou de Tinder. A l’époque pour rencontrer, il fallait sortir, parler, matter, faire rire, avoir de la personnalité ou être beaux. Il était très beau, charismatique, brun accompagné d’un blond tout aussi beau mais à l’époque mon penchant pour les blonds n’existait pas. Le brun avait cette beauté sans âge, intemporelle, quasi irréelle. J’étais amoureuse en secret comme la plupart des filles de l endroit en vue. Il sortait avec une fille très belle aussi mais je n’en garde aucun souvenir. Il éblouissait tout.  10 ans plus tard, je suis dans un autre endroit à la mode, comme on disait, La Mer, j’ai 25 ans. Ce soir là, je suis fraîchement celibataire, je porte un mini short Versace dans les tons de bleu avec des poissons multicolores et un débardeur très moulant jaune, je ne suis pas devenue belle mais je me sens sûre de moi. Cette attitude extravertie qui cache une timidité invisible. Je me faufile entre les tables essayant de marcher avec assurance sur mes talons. Je croise un regard, un sourire, c’est le Brun que je n’avais plus revu, il est toujours aussi beau, peut-être encore plus, il ne m a pas reconnu… Évidemment il ne m’a jamais vue. Mais moi je ne suis plus la jeune adolescente complexée par sa poitrine que je cachais sous une salopette, un tee Mickey et chaussée de vilaines Doc Martens. Je ne suis pas devenue une fille avec qui il se montrait par magie mais mon cerveau reptilien a pris le dessus. Et ce soir là, je n’ai peur de rien, je ne ne rougis pas, je ne baisse pas les yeux. Je lui plante mon regard dans le sien et je lui parle. Imcapable de me souvenir de quoi mais j’ai du le faire rire ou alors il était assez saoul pour parler à un mini short et une paire de seins assumés. J’ai embrassé le brun. J’ai suivi le brun. J’étais sur un petit nuage. 10 ans plus tard je réalisais enfin un fantasme qui a du me faire serrer les cuisses des nuits entières en culotte petit bateau… Le Brun a disparu de ma vie comme il y en était entré. Pas de sms ou de message privé, à l’époque, seul le destin faisait bien ou mal les choses. Il y a quelques jours, au hasard des liens de cette source intarissable qu’est le net, j’ai vu un visage sur lequel j’ai bloqué, sans le reconnaître.

Il est devenu magnifique…

Il y a une chose…

19 juin 2015

  Photographe @ 2090

… Que j’ai intégrée dans ma petit tête de linotte, au fil du temps, des déceptions et des joies : La prise de décision paie toujours surtout en amour.

Quand on n’aime plus ou que l’on ne vous aime plus, il n’y a rien à faire dans un sens comme dans l’autre, les efforts ne servent plus à rien, il faut juste abréger la souffrance. Quand on n’aime plus, tout ce que l’on pouvait apprécier chez l’autre avant le désamour, n’a plus aucun pouvoir que ce soit le charme, l’intelligence, la générosité, les prouesses sexuelles, le physique, le confort, la protection, l’argent… Tout devient transparent, inodore, insignifiant parfois même dégoûtant. On peut changer de goût mais on ne change pas de dégoût.
La puissance de l’amour à nous rendre aveugle et sourd à ce qui nous entoure, est la même quand on n’est plus amoureux. L’autre peut se démener en vain.
Il y a longtemps, je sortais avec un homme, j’avais alors beaucoup de doutes sur son amour mais pas de preuves de son désamour. Il me disait qu’il était fatigué, surmené qu’il avait des soucis mais que ce n’était pas à cause de moi. A l’époque, j’étais bien jeune et inexpérimentée, persuadée que notre couple était solide et que malgré son attitude bizarre, je devais insister, prendre sur moi et attendre. A bout de force et d’argument, j’en ai parlé à ma confidente de toujours, ma jeune soeur. Elle m’a simplement dit « arrête d’attendre comme une dinde, quitte le, s’il t’aime, il reviendra, une personne amoureuse n’a aucun amour propre ». J’ai fait ce qu’elle m’a dit le soir même, le week-end qui a suivi, je suis allée récupérer mes affaires chez lui, il m’a royalement ignorée, la semaine qui a suivi, j’apprenais qu’il me trompait depuis plusieurs mois avec une copine commune. J’ai été à la fois effondrée et soulagée. C’était la première fois que je quittais un homme, moi.
Aujourd’hui avec le recul, je sais bien que cette fille m’a rendue service. Mais sur le moment, avant de savoir la véritable raison de son attitude, j’ai failli ne pas résister à la tentation de revenir vers lui. Persuadée d’être trop dure.
En amour comme dans tout, prendre la décision n’est pas toujours facile mais au final cela permet de ne plus perdre son temps.
Et du temps, il en faut pour aimer à nouveau.

Endorphine mon amour

19 juin 2015

 

Il est tard ou tôt, je ne sais plus ; J’écoute France Info.
Dopamine, ocytocine, endorphine, sérotonine, anandamide, vasopressine… Le sujet est captivant mais j’ai le set d’Agoria qui ne sort plus de mon cerveau. J’ai dormi 3h, j’ai rêvé 2h45, de tes bras, de ta bouche, d’un baiser volé, d’une rose rouge, d’une odeur iodée, de marinière, de Tao, de Pussy Talk, d’un déjeuner, de pastis, de poutargue, de Jacquemus, je ne sais plus… C’était tellement fou. Comme nous.
J’ai envie de m’allonger, loin, de faire l’amour avec Alabama.
What ever i’m your Monroe. 

Opening Night

18 juin 2015

 Clémentine Bia pour Atelier Semis photographe @ Jonayd Cherifi

Le Calvaire c’est les Autres, le Calvaire c’est d’entendre sa vie en écoutant les Autres.

Je ne suis pas différente et je me laisse aussi parfois aller aux jugements hâtifs, au délit de faciès, à la critique facile.

J’en attends pas moins de la part de ceux que je ne connais finalement pas.

Elle, je l’ai tout de suite appréciée pourtant on m’en avait dit le plus grand mal. Séductrice, collectionneuse, voleuse d’homme, sans coeur, déviante, j’en passe et des pires.
Une vraie personnalité, un caractère, une fille pas ordinaire, j’ai eu envie de lui parler, de savoir qui se cachait derrière cette mauvaise réputation.

J’aime les gens différents, ceux qu’on remarque, ceux dont on parle en mal mais vers qui on est irréversiblement attiré, les « Soleils Noirs » comme je les surnomme.

Les gentils, le tiède, le fade, le commun ne m’intéresse pas. Je le laisse à ceux qui ne cultivent que l’entre-soi.
J’aime les filles et les garçons du Calvaire.

Paroksusmos

17 juin 2015

 Île du Levant, Île du Titan © Olivier Amsellem, 2013-2014

Il y a peu de temps nous étions encore seuls au monde.

C’est très étrange comme sensation, ce dégoût de l’être tant aimé ou simplement tant désiré.

Comme peut-on passer d’un extrême à l’autre… Il faudrait s’en souvenir quand nous sommes au plus bas. Comme une décharge électrique quand le chagrin amoureux est à son paroxysme, quand nous n’arrivons même plus à respirer, il faudrait à cet instant précis, la tête enfoncée dans l’oreiller trempé de larmes, un bon coup de tazer, avoir cette lueur de lucidité qui sait que dans peu de temps, je ne me souviendrai même plus du goût de ses lèvres, ses messages je n’aurais même plus le temps de les lire ni l’envie de lui répondre. Mais ce n’est jamais comme cela que ça se passe, nous nous morfondons comme des cons.

Heureusement le sourire d’un autre nous fait oublier tout ça et le manège repart.

Je suis consciente mais plus consentante alors je me répète en boucle mon nouvel adage : « Seulement du plaisir sans souffrir. ».

Les gens comme moi me font peur.

 2090

Les modes passent, se démodent et puis reviennent. C’est ainsi, le futur se nourrit du passé. Je feuillete un magazine Photo de 1990, j’ai l’impression de retrouver les modèles du dernier Vogue. Alors j’ai racheté des maillots une pièce très échancrés. La mode tombe bien, elle cache mon ventre.

L’Amour passe, on se lasse même de la perfection, la nouveauté est toujours plus excitante. C’est ce que je me dis quand on me quitte, le prochain sera toujours meilleur.

Les Amours sont à durée limitée mais ce qu’il y a de bien, c’est que finalement elles ne se démodent pas.

Jeunesse en suspens

15 juin 2015

  Les Jardins Suspendus

Le soleil rase les barrières de sécurité, les rayons transpercent les mini shorts, il est 20h, ce que la ville compte de jeunes étudiants et coiffeurs se sont donnés rendez-vous comme chaque dimanche.

Il n’y a pas vraiment de juste milieu, ici le modéré, le simple, le minimal n’existent pas, tout est dans l’extrême, tout est entre le franchement laid, vulgaire, ostentatoire comme magnifique, majestueux, remarquable. Il y a une beauté sauvage qui se dégage de ces jeunes gens, leur peau souvent mélangée, leurs corps galbés, filles ou garçons, du pire au meilleur, ils ne laissent pas indifférent. J’aime les regarder des heures, le rituel est toujours le même, ils sont là face au DJ, un léger hochement de tête pour les plus mélomanes, des rires et des cris en rythme avec les bouteilles de rosé qui s’accumulent sur les tables. La jeunesse se pavane, une horde de jambes interminables, de décolletés dorés, de belles gueules barbues et de torses cachés sous ses tee-shirts American Apparel consciemment trop longs, au milieu quelques quadras s’enivrent de ce paradis perdu. Alors comme eux, je me cache sous les artifices de la jeunesse qui ne font pas vraiment illusion, l’allure peut-être mais les détails sont des traîtres. Il est 22h, j’embrasse comme une adolescente à la jupe en cuir trop courte une barbe rousse entre deux gorgées de bière tiède, j’ai 18 ans moi aussi, quelques heures.

« Le jour se lève et j’ai très mal dormi… » j’ai ce refrain dans la tête, et cette envie de rester au lit. J’ai ressenti cette chose étrange, ce petit pincement quand on sait que c’est le dernier baiser.

Je n’ai plus l’âge de mon rythme de vie par contre j’ai bien les cernes qui vont avec aujourd’hui.

http://jjjjound.com

Tous les étés je partais dans mon village en Corse.J’avais l’autorisation de minuit. Je sortais avec des garçons plus âgés et mon principal critère de sélection était la possession d’une voiture.

Ange Pierre n’était pas le plus beau garçon de la commune mais il avait une golf GTI blanche, un atout de taille. Il venait me chercher à 11h pour m’accompagner à la plage puis le soir vers 20h pour aller dîner à Erbalunga. Il me ramenait à 23h45 tapantes, mes tantes nous attendaient sur la muraillette. Je rentrais avec elles et je feignais d’aller me coucher sagement. Une demi-heure plus tard, j’enfilais une robe un peu plus courte et je ressortais en silence par les toits. Le dévoué Ange Pierre au péril de sa vie m’attendait au pont à l’entrée du village et nous repartions en direction de Sisco au Bimbo. C’était une minable boîte de nuit en plein air où j’ai passé les plus excitantes nuits que nous terminions une fois sur deux en bain de 4h du mat, tout nus sur la plage de Pietracorbara.

L’année de mes 18 ans, j’ai eu l’autorisation de sortir. Je n’ai jamais plus ressenti cette sensation terriblement excitante de braver l’interdit.

Il paraît que lorsqu’on se sépare, c’est la même chose. Les sorties, les rencontres n’ont plus ce goût délicieux.

Je ne vais peut être pas me séparer, tout compte fait.

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