L’insoutenable beauté 

19 septembre 2016

Les rencontres d’Arles – Dominic Nahr 

Je suis rentrée dans la première salle d’exposition, au hasard, le cœur léger, le sourire aux lèvres et le corps encore chaud. Une petite salle vétuste, les murs recouverts des traces d’hivers humides et d’étés caniculaires, les murs d’une vieille bâtisse arlésienne.

La photo était en face de moi, immense ou sur un tout petit bout de mur, je ne sais plus, je ne voyais plus rien d’autre sans pouvoir la regarder, j’ai détourné instantanément mes yeux qui se remplissaient de larmes. Jamais une photo ne m’a fait un tel effet, la mort, la puanteur, l’atroce, ce qu’il restait d’un homme flottant dans l’eau symbolisant toute l’horreur de la guerre.  J’étais tétanisée, comme une enfant qui n’arrive pas à regarder un film d’horreur et qui a tellement envie de se rapprocher pour voir de plus près tous les détails de ce corps en décomposition. Je n’ai pas pu, même pas le prendre en photo comme je l’ai fait pour toutes les autres, les heures qui ont suivi.

Les gens passaient sans vraiment voir ce cadavre si réel, magnifique puis quelques mètres plus loin ils riaient sur les photos de saucisses en guise de nez. Un parcours, comme des montagnes russes.

J’ai continué ma visite avec ce goût de la mort sans jamais trouver aussi fort même si certaines œuvres étaient aussi belles.

Eaux troubles 

16 septembre 2016

Instagram @paris_obsessions

Je le croise souvent le soir assez tard.

Il a ce sourire en coin des hommes qui sont habitués à être l’objet de toutes les attentions pas que féminines.

Il est peut être 22h il plante son regard noir dans le mien et avec un ton anodin balance un « j’ai envie baiser sans avoir envie d’attendre ! ».

Cette exclamation ne me concerne pas, nous le savons. Je dois faire partie de ces femmes à qui l’on parle comme à un copain de chambré.

Autour de moi, les liaisons n’ont plus rien de cohérent, les célibataires sont fidèles, les femmes mariées ont compris qu’il valait mieux avoir un coup d’avance et on trouve presque plus facilement l’Amour sur Tinder.

Ce soir je dîne chez des recomposés, plus frais qu’un jeune couple à qui tout souri. Je me rappelle ces périodes de doutes où je l’écoutais des heures entre désespoir et certitude, chaque jour la situation basculait d’un côté puis de l’autre. Les retrouvailles, les projections, l’envie si grande d’être ensemble juste pouvoir se balader dans la rue normalement, le lendemain, les pleurs sans véritable raison, juste un mot qui fait déborder toute cette frustration. Imaginer l’autre dans ses bras à lui, l’imaginer elle, libre entourée des autres. Un long métrage dans une seule journée.

En attendant je vis ma fausse idylle sans avenir comme si le futur nous appartenait.

Dimanche Arles.

Ce qu’il y a de bien quand on ne se voit jamais c’est qu’on a très envie de baiser.

Il paraît qu’il va pleuvoir, j’espère que la piscine de l’hôtel sera au moins photogénique.

 

Plaisir coupable

28 août 2016

Instagram @regards_coupables

Écrire pour ne pas commettre l’irréparable.

L’envie d’évacuer ce trop plein d’émotions, de sensations, jamais du bien-être, toujours quelque chose d’oppressant.

Il n’y a pas un bruit autour de moi, le vacarme de la solitude d’un dimanche soir à la fin de l’été, seule dans cet appartement fait pour la vie à plusieurs. Tout est rangé, les appareils ménagers vidés, les tabourets de la cuisine alignés, mon sac à l’entrée, les clés sur le comptoir, un peu de monnaie, rien ne traîne. Je suis une vieille fille qui ne l’a jamais été. L’écran noir de la télé me fait face, j’y vois mon reflet, ce petit visage fatigué d’un week-end remplit de rires, mes vêtements dans la panière sentent le tabac, mes cheveux sont encore humides, je fume la cigarette rescapée que j’avais laissée sur la cheminée vendredi en sachant que je la trouverais vers 20h30 pour la fumer avec toi. Inhaler et t’entendre me raconter tes projets aurait été plaisant durant cette minute, je n’aime pas fumer seule.

Je t’imagine tel que tu te décris dans ton dernier message, pédalant dans les rues parisiennes pour rentrer vite avant qu’il ne fasse trop sombre. Je passe mon temps à penser à ce que tu dois faire comme pour le vivre un peu près de toi. J’ai ces pensées coupables qui extrapolent. Mon ennuie a beaucoup trop d’imagination.

Je cherche des destinations, des hôtels faits pour nos ébats et nos débats, nos retrouvailles comme d’éternelles fiançailles. Rien de concret, pas de long terme, pas d’union, l’amour du début sans fin ni fond.
Tu tournes en rond dans mon cerveau et c’est tellement bon cette sensation. Je ne sais pas comment font ceux qui ne pensent jamais à l’autre qui ne réfléchissent pas sans cesse comment le retrouver et le surprendre.
Le plaisir est tellement plus fort quand il se lit dans les yeux de l’être tant désiré.

La douleur innocente de la frustration pour quelques minutes d’un plaisir coupable.

Je vis pleinement le manque. 

Indécente pudeur

25 août 2016

Photographe Cass Bird 

Il suffit parfois d’un espace aussi large qu’un fil pour passer de la pudeur à l’impudeur, de l’érotisme à la pornographie, d’un extrême à l’autre.

Je mesure 1m68, je pèse 55kg, je chausse du 38, je suis châtain, mes yeux sont noisettes… Je suis une française mélangée ordinaire, née à Marseille parce que ma mère d’origine bretonne n’a pas voulu accoucher sur l’île où est né mon père Corse. J’ai une Soeur plus jeune et une demie-sœur colombienne. J’ai été en couple 15 ans avec le père de mes enfants, un garçon de 15 ans et une fille de bientôt 12… Ce que je viens d’écrire est pour moi plus précieux que les 700 textes que j’ai écrit ici. Je suis une femme moyenne avec un goût prononcé pour la provocation, à la fois exhibitionniste et extrêmement pudique, paradoxale comme beaucoup d’entre nous.

Je suis en admiration depuis plusieurs jours devant cette photo que je trouve à la fois très belle et dérangeante. Ce corps fin limite androgyne qui tient du bout des doigts un symbole à la fois concret et abstrait de la féminité, de l’intime. Il y a sans doute plusieurs messages, interprétations ou juste une simple provocation de l’artiste.

Il fallait que je partage avec vous cette image, j’y ai trouvé le symbol de ce que je ressens quand j’écris. Les mots me permettent de me livrer tout en gardant pour moi la vérité. Je navigue entre pudeur et impudeur, entre réalité et fiction ou l’inverse.

Seul le plaisir compte et j’espère le vôtre.


Les messages en pleine nuit, cela pourrait nous réjouir le matin au réveil. Cela pourrait. La preuve que les vacances sont bel et bien terminées, on dort profondément quand l’écran de notre téléphone s’allume. 

Des reliquats d’un temps où on les attendait ces invitations nocturnes, le plaisir de l’instant se concrétisait entre 2 et 3 heures du matin, le 5 à 7 des célibataires. Une pulsion entendue entre personnes bien sous tout rapports, quasi inoffensives presque insoupçonnables. 

C’était il y a un an et quelques jours, il a débarqué, fidèle à son apparence trompeuse, le sourire carnassier, la tenue et le bronzage parfaits. Trop beau pour être vrai. Une sorte de mirage en plein désert affectif, deux solitudes après des vacances post rupture. Nous nous sommes assis au pied du lit sur des coussins devenus rochers polis par les vagues. Plus aucune notion du temps, pas un bruit, juste nos chuchotements sans véritable raison, la situation interdite qui ne trompe personne. Nous savions tous les deux pourquoi il était là, on faisait juste durer la conversation comme on monte l’escalier pour prolonger le désir. Quand il s’est assis en face de moi dans la baignoire, il était un autre, plus grand, encore plus beau. Baiser comme deux amis, un jeu de rôle.

Il est reparti avant que le jour ne se lève. C’est une version, il y en a eu d’autres.

Instagram @alabama_duel

Je sors tard pour le principe, nous sommes toujours en août, il fait 26 degrés à 2h du mat.

Cette fin d’été ressemble à celle que je vivais encore adolescente. Profiter des derniers jours de liberté totale en Corse, au village, rester des heures sur la plage à chercher quoi faire pour rendre les vacances inoubliables, c’est à ce moment précis que tout peut basculer du côté de la connerie, au mieux.

Chaque année le rituel est le même, mes amis sont toujours en congés, je me nourris quand quelqu’un m’accompagne, j’en deviens pathétique à finir par dîner avec un couple d’amoureux entre un yucca et un vilain tableau mexicain qui ne pensent qu’à une seule chose, rentrer baiser en paix. Je me retrouve à chercher quelques connaissances pour accompagner mon Get perier comme une toxicomane, sa dose avant de ne surtout pas rentrer.
Je parle à tous, je n’écoute personne, je veux de la compagnie, le drame de ceux qui détestent la solitude. Je suis sur le chemin du retour, rien ne s’opposait à ma nuit mais Joséphine n’a pas osé. Elle est rentrée, ses cheveux encore plein de sel, son panier de plage sous le bras, la tête de la fille qui dort peu même pas par obligation. L’insomnie se vit seule.

Cet été est passé trop vite, tout passe trop vite sauf entre 5h et 7h quand tu dois te lever à 8, là ce vit l’éternité à regarder une moulure et sa suspension.

J’aurais mieux fait de suivre ceux qui n’ont pas encore ces soucis, ceux qui ne se couchent qu’au petit matin dans une odeur de tabac froid et la bouche encore imbibée de gin, ceux qui se réveillent au milieu de l’après-midi sans se souvenir du prénom de qui a mordu l’oreiller. 

J’ai 27 ans et j’ai presqu’envie qu’il pleuve pour être blottie contre toi sous une couette épaisse au milieu d’un Paris gris qui grouille.

L’été n’est finalement pas la saison des amoureux.

Vivement novembre.

Photographe Alina Senchuk

Je suis au bord de la piscine comme au bord d’un âge que je n’ose même pas écrire. Prête à plonger sans véritable peur, un peu d’insouciance face à l’inconnu ordinaire d’un anniversaire. Ma peau me trahit quand on la regarde de trop près, l’hydratation ne suffit plus, j’ai donc à mon bras le plus efficace des anti-âge, ça compense l’inefficacité des crèmes hors de prix.

Faire diversion est ma nouvelle devise seulement pour me convaincre que je suis encore jeune. Il venait d’avoir 27 ans et je mets moi aussi de l’or dans mes cheveux.

Hier soir, un peu trop tôt pour rentrer, assises en tailleur autour d’une bonne bouteille de vin, je demandais à mes amies si elles préféraient avoir des regrets ou des remords. On concluait la discussion en réalisant qu’on avait pas mal de regrets plus faciles à assumer que certains remords. Tout n’est qu’une question de discernement, on s’évite le pire en ne pas goûtant pas au meilleur. Le dangereux est toujours plus attirant, on le laisse aux hommes.

Ce soir, mon envie de l’entendre sonne dans le vide, il est loin, je me demande ce qu’il fait, la distance entre nous devient pesante, pire que le poid des années.

Il est temps de dormir, ça me fera déjà un peu moins de plis au réveil.

Un placebo, rien de nouveau sous le soleil.

Avant de partir 

30 juillet 2016


Instagram @riccialexandra

Je ne fais rien, j’attends que la soirée passe en faisant défiler celle des autres. Une soirée avec Jeff Miles par procuration, il fait trop chaud pour avoir envie de plus.

Les vacances commencent ce soir et avec elles ce flot de bonnes résolutions qui datent d’un temps où l’iPhone n’existait pas. Il y a ces noms et pseudos qui défilent, de vieux amis dont je ne sais que le contenu de leur assiette et leur tenue du jour, le quotidien des autres m’occupe comme on feuillette un Grazia chez le dentiste. Les sacs de voyage envahissent mon hall d’entrée, mon frigo est vide, mon diplomatico plein, en clair Je suis sur le départ et ma vie sexuelle ressemble à un désert.
Il y a bien ce message que j’ai reçu trop tard qui aurait pu changer quelque chose mais le cœur n’y est pas puisqu’il est ailleurs. Les gens comme moi n’ont pas de juste milieu ni l’apparence de leurs actes. J’ai l’air triste et désabusée, je nage dans le bonheur, je ris aux éclats et danse jusqu’au petit matin, tout va mal. Le paradoxe de la fille lambda, il y a tellement de logique dans mes contradictions. Ma normalité me fait peur, être comme tout le monde est vraiment la pire des choses.

Il ne m’aime pas, moi non plus, il y a finalement de l’espoir pour que ça dure le temps de se faire un peu de mal.

Il faudra bien reprendre un jour, revenir à cet état introspectif habituel chez moi.

Mon constat, les sollicitations ne sont jamais aussi nombreuses que lorsque l’envie n’est dirigée que vers une seule personne souvent inaccessible à court ou long terme. Alors je fais comme si je ne comprenais pas ou je contourne au cas où le besoin d’ailleurs deviendrait salutaire. Garder des plats aux chauds comme on dit entre nous.

Nos grands parents faisaient des stocks de sucre, nos parents d’essence et nous de contacts virtuels… A chacun sa pénurie, sa destruction créatrice, bref son inévitable évolution sociétale. De moins en moins de vraies liaisons et des milliers de possibilités, l’espoir derrière chaque clic comme la promesse d’un amour différent, des prénoms, des pseudos, des photos autant de mythe d’Aristophane impossible… Un ouragan perpétuel, merci Joseph.

En 1989, je faisais des rêves érotiques après avoir regardé 21 Jump Street, Johnny Depp ne ressemblait pas encore à un vieux crade, mon lit était trop petit pour deux, alors j’imaginais plus que je ne faisais. En 1999, ma vie sexuelle était envahie par le quotidien, je n’imaginais même plus autres choses. En 2009, l’envie d’ailleurs a pris le dessus. A 20 ans, on rêve , à 30 on construit, à 40 on brûle, pas encore 50 et j’ai déjà peur ou hâte.

S’il n’a plus de confrontation plus de sentiments ni de construction, il reste peut être la possibilité de quelque chose de nouveau, du plaisir sans les contraintes.

Seule pour toi seulement.

Le goût de l’inachevé 

15 juillet 2016

Alphaville de Godard

J’ oscille entre amnésie et mémoire sélective. Alors j’écris le passé.

Parfois on se croise sans vouloir se voir, des frissons parcours notre corps. On se demande comment on a pu même quelques heures, coller son torse contre le sien, le désir sans amour est lui aussi aveugle. La fulgurance de l’instant d’un état second, sans neurone, sans discernement, sans rien finalement même pas une once de désir, juste une décharge respective, un plaisir brut qui une fois assouvi chute brutalement. « Qu’elle parte vite ou qu’il ne se réveille pas… » ça nous est tous arrivé au moins une fois.

C’est le petit matin, on rentre accompagné, la musique bourdonne dans nos oreilles, notre pas est dansant, ce temps du court qui file à toute allure. Il n’y aura alors aucun discernement  tout se vit dans l’instant parfois dans le futur que l’on imagine ensemble, totalement désinhibés . Le passé n’est que remords qu’on aurait préféré regrets, une fois revenu à la réalité ou juste pour les plus chanceux d’entre nous un doux et vaporeux souvenir.

La vie sexuelle libre d’un homme n’a pas que des avantages, parfois il est aussi une femme. Une seule chose nous est commune, le goût d’ailleurs est toujours meilleur,

quelques secondes.

Je rentre seule, je suis désespérante.

L’école des femmes

En juillet 2010, j’écrivais ce texte sans savoir qu’un an plus tard je serais devenue une femme libre… Ce soir je me relis, je ne me reconnais plus dans mes désirs, mes souhaits, mes mots. Je me fais penser à ces femmes que je croise de temps en temps qui sont tiraillées entre l’image publique sociale et la réalité d’un quotidien étouffant même s’il est plus qu’agréable.

« Quand on la regarde faire les boutiques, se pavaner à la plage, danser sur des dancefloors improvisés, elle va bien la femme qui promène mon corps. Elle paraît extrêmement enjouée, heureuse, certains disent pimpante. La même se regarde en se démaquillant, en se déshabillant, rentrant trop tôt ou très tard, elle me dévoile alors ce regard et ce corps tristes, une fois les lumières publiques et les boules à facettes éteintes. Tout ce qui la frôle ne l’intéresse plus, elle veut l’inaccessible libre et lointain.

Elle vit avec un Prince mais ça ne lui suffit pas. Elle veut tout et même plus. Elle veut la place du Kalif, elle veut être aimée, admirée, vénérée. Elle veut être le Roi, enfoncer sa queue dans des chattes dégoulinantes de désir. Lécher leur jus. Les inviter à déjeuner, les séduire puis les détruire. Elle veut balancer ses états d’âmes et ses sentiments. Ne plus rien ressentir, juste des envies et des plaisirs éphémères avec des filles aux culs faciles et aux cerveaux difficiles. Des rendez-vous courts et intenses. Prendre la route, le train, l’avion, juste pour une nuit ou quelques heures. Lui enfoncer une bien dure dans la bouche, la retourner et lui défoncer son cul de petite bourgeoise déprimée. » Juillet 2010

La liberté a d’autres défauts. Les femmes ne sont jamais satisfaites, je ne suis pas une exception.

Tuer le temps 

21 juin 2016

TheLoversAndDriftersClub

La ville est complètement bloquée, il est 17h. Être la tête ailleurs dans leur vacarme plein de testostérone.

Je ne pense qu’à une seule chose, fumer cette putain de cigarette, je n’ai jamais envie si tôt.

Il n’y avait pas vraiment de signes avant-coureurs, j’étais bien, même après son départ, presque trop sereine pour être honnête, je le sentais content, j’étais son reflet pleine de patience. Il suffit parfois d’un mot, d’une intonation et tout bascule dans le mal. Cette sensation d’impuissance, à seulement 3h pour des milliers de kilomètres, il a déteint sur moi.

Je suis enfin arrivée, je me gare, je sors mon paquet, je me raisonne, je ne fume pas, j’avance d’un pas décidé vers des tâches qui me prennent ce temps sans penser, ce temps à tuer, j’agis pour ne plus réfléchir. Il arrive quand même cet instant où il n’y a plus rien à faire, où tu te retrouves seule, où tu relis les messages, ou ton cerveau s’emballe et rattrape ton cœur. Pas un matin sans penser à lui depuis 4 mois, pathétique mais avec le sourire.

Je ne sais pas ce qu’il se passe, je sens la fin, l’exécution, le sacrifice, la sentence qui va tomber, la phrase est aussi pourrie qu’une fête de la musique « Je veux oublier Marseille, et Marseille c’est toi. »

Je me rattraperai jeudi. Le pire dans tout ça, c’est qu’il n’y a personne pour remplacer le vide.


Instagram @hotelamougrandamour

Longtemps sans écrire et presqu’autant sans sexe. Comme un sevrage.

Tout va bien, je n’y pense pas jusqu’au moment où on me le rappelle.
L’appartement est vide de bruits, ils sont partis il y a 15mn, avant je m’affairais pour sortir ou recevoir, je regarde le plafond allongée sur mon lit, un dimanche soir de célibataire fidèle. Mon téléphone sonne déclenchant soudainement un sourire. Il a vraiment une belle voix mais ce n’est pas celle que j’ai envie d’entendre, nous le savons. Je ne suis pas non plus celle qu’il a envie de voir, juste d’entendre, je le sais. Les choses sont bien faites même si elles ne sont pas toujours raccord avec nos désirs. Je passe un bon moment entre deux éclats de rire comme des ponctuations à notre chaste complicité. Il se reconnaîtra.

Jeudi je pars rejoindre la pluie, Paris ne promet jamais le soleil, il me tarde de revoir son sourire et ses yeux qui cachent bien leur jeu. Les nuits seront courtes, la promesse d’un grand Amour.

En attendant j’essaie de ne pas y penser pour que le temps passe plus vite.

Je croque une pomme en imaginant que c’est un pain fourré au Nutella, mon imagination divague. J’ai hâte.

À travers l’Art

11 mai 2016


Tania Mouraud – atelier Tchikebe

Cette nuit-là devait être un décalcomanie des autres, un dîner dans le 7ème et autres banalités dans la vie d’une noctambule marseillaise lambda, rien n’est allé comme je l’avais prévu. J’ai suivi un monde que je regarde de loin, parfois je m’y perds un peu tard quand je suis quelques bonnes fréquentations. L’envie mène à tout, il nous motive à suivre l’autre là où parfois on n’a même pas l’idée d’aller. Ses petites mèches blondes virevoltent sur un rooftop tellement grand que toute la planète arty ne pourrait le remplir. Il est peut-être 23h, j’ai fait un peu moins de bises et bu beaucoup plus de bières, les œuvres se succèdent exposées du sol au plafond, le tapis de jeu est immense, personne ne joue dessus, on y marche juste pieds nus pour les plus soucieux de leur image ou de la fragilité de l’oeuvre. On se perd dans cette Belle Friche en attendant un mois de mai un peu plus chaud, la soirée se continue plus loin, alors nous suivons dans les ruelles sombres la coupe afro d’un géant pailleté sans réfléchir. Le boulevard est calme, une foule compacte apparaît soudain au 34, un essaim d’abeilles, de guêpes, de frelons, de créatures avec et sans barbe, beaucoup de jolies filles aux cheveux juste un peu moins brillants et lisses que ceux quelques arrondissements plus loin. Les sacs, les vestes sont accrochés à des piliers blancs, la foule y danse autour au rythme d’un couple survolté, cette nuit-là rien d’impossible. Noir, blanc, petit, gros, vieux, jeune, aucun regard étonné, aucun malaise, aucune agressivité, chacun est là pour une seule chose ce savoureux mélange entre l’art et la musique. Finir en cellule de dégrisement à 4h du mat n’était finalement que la cerise avariée sur une très bonne soirée.
A l’année prochaine pour un autre PAC à l’eau marseillais.


La Piscine 1969

C’est étrange cette sensation, comme un relent acide bloqué entre mon cerveau et mon coeur. Un couple a parfois besoin d’aération sans vraiment s’en rendre compte ni le demander. S’aimer à s’en étouffer existe donc.

Je me blottis contre lui en pleine nuit, sa chaleur me gène mais m’éloigner m’est insoutenable. Il serre mon corps au petit matin, j’étouffe mais je ne dis rien. je suis bien. Nous sommes la sphère d’Aristophane, ne faire qu’un entre plénitude et rupture sans transition ni nuance. Tout ça ne pourra que très mal se finir.

Il faudrait que je me détache de son emprise, il faudrait qu’il mette des limites à mon envie. L’explosion est proche, les reproches montrent le bout de leur nez, la faute est toujours celle de l’autre et les excuses suivent alors que personne n’est coupable.

Etre sous l’emprise de sentiments comme sous l’effet d’une drogue dure. J’ai la tête qui tourne et les poumons compressés dès que l’idée d’une séparation germe dans ma tête. La chute n’est jamais très loin de la rupture, et la rupture du vrai amour. Notre plénitude, cet état parfait n’est pas la force des sentiments, n’est pas le vrai désir de revoir l’autre, de le retrouver à nouveau. Alors il me suspecte de provoquer la division pour retrouver la première sensation de notre désir originaire, cette perfection qui au fil des jours ne peut que se perdre.

Je nous fais penser à ces couples étranges qui ne cessent de se disputer pour se retrouver. Pour s’unir à nouveau et viser ainsi les Amours éternelles.

Rompre au plus haut pour ne jamais voir son amour se pourrir. Une mauvaise belle idée.

Souvenirs blonds

24 avril 2016


Il y a 5 jours, je suis morte. 

Terminal 1 Hall 4 Porte 89 et des milliers touristes blonds carbonisés. 

Je reviens du Paradis, passage obligé en Enfer, Ryanair. 

Il est deux heures du matin, mes genoux coincés et le front collé au dos du fauteuil, le bus bondé va décoller. Je ne peux même pas écrabouiller la main de mon voisin ce n’est celui avec qui je couche. Le temps passe décidément très vite sauf quand on a peur. 

Dans leur grande majorité les hommes de plus de 40 ans n’ont jamais eu beaucoup d’intérêt à mes yeux encore moins depuis que je suis plus âgée qu’eux. L’acceptation de soi passe aussi par l’affirmation de ses préférences. Il est trop tard pour changer. J’aime un homme qui n’est pas fait pour moi, je bois des Spritz tous les soirs, je le regarde découper des légumes et plaisanter. Je souris, je ris bêtement. Je suis un passage dans sa vie, une photo qui restera à côté d’une carte postale sur son frigo, un numéro dans son téléphone, une légère effluve quand il dépliera un pull, une culotte oubliée… 
Je serai son souvenir blond.
Profitons.

Aristophane est parti

14 avril 2016

Je ressasse mes états d’âmes comme on suce la même queue pendant des années par Amour.

Il est parti. Il ne va pas me manquer même si je lui ai dit le contraire tous ces derniers jours, ce que je ressens est bien pire, j’ai la sensation qu’on vient de m’enlever ma légèreté, mon envie, mes rires qui ont rythmé ces dernières semaines. Ce n’est pas un simple nouvel amant qui a partagé mes nuits, j’avais cette sensation d’évidence, de fluidité comme si je n’avais plus besoin de formuler. Un double au masculin. Zeus vient de nous punir, « embrassés, enlacés l’un à l’autre, brûlant de n’être qu’un, ils mouraient de faim et d’inaction, car ils ne voulaient plus rien faire l’un sans l’autre. »

Le Banquet, c’est ce soir dans ma tête.


Le rythme est effréné, rien de mieux pour ne plus se poser de question, vivre les choses en balayant tout sur son passage.

Il est peut être 3h du mat « et que ne durent que les moments doux », j’ai ce refrain dans la tête et ses doigts dans ma bouche, la place Thiars est déserte, on se perd dans ces rues qui se ressemblent toutes, des restaurants vides, des chaises et des tables empilées, des rires au loin, un porche comme un refuge à notre envie, quelques minutes pour que nos mèches blondes s’emmêlent, nos fluides se mélangent, il me serre si fort qu’on pourrait croire qu’il est entrain de me faire du mal. Les rires nous passent devant sans nous voir, son corps fait rempart aux regards s’ils avaient été indiscrets. Vivre nos soirées dans un temps accéléré comme si c’était une dernière nuit, entre burrata crémeuse et shot de Hendrick’s, ne se souvenir des détails que dans la narration le lendemain, allongés l’un contre l’autre comme un vieux couple qui se remémorent une folle jeunesse. Nos frasques sont totalement puériles, prendre de petits risques pour se faire peur et courir comme deux voleurs aux mains vides.

Ce soir, c’est le manque qui écrit, je ferme les yeux pour revivre son goût dans ma bouche, ses mains qui malaxent mes seins comme un apprenti boulanger fan de Russ Meyer, écrire pour ressentir encore et encore. Il n’y a pas de fin à mon plaisir, je l’entretiens de mots vrais ou faux, vécus ou fantasmés.

Tout ici n’est que mélange, il n’y aurait pas ces dizaines de photos dans mon téléphone que j’en arriverais presque à douter. Mentir en étant crédible, un long entraînement, l’apanage de ceux qui ont été en couple longtemps. Devoir un jour repasser à nouveau les chemises d’un homme me conforte dans ma soif de liberté.

Je savoure la dernière cuillère de ce yaourt à la vanille en écoutant one ring circus un petit goût de blond endiablé dans la bouche.

Sur ma route

3 avril 2016

 
Je vis au rythme d’un compte à rebours.

Je ne pense qu’à ce qui n’est pas encore arrivé, rien de mieux pour se noircir un dimanche déjà bien gris.

Les verbes à l’infinitif se succèdent, danser, manger, dormir et l’écouter respirer en attendant un départ. Je n’arrive même plus à profiter des bonnes choses, totalement obnubilée par l’après.

J’ai peut-être 10 ans, les fêtes de noël viennent de passer, ma mère prépare son sac de voyage dans ma chambre, elle va repartir comme elle le fait à chaque fois. Le rituel est identique, la joie intense de la voir arriver, les journées qui passent comme des heures, l’angoisse de l’imaginer partir, son odeur, il reste quelques minutes, je prends son flacon de shalimar, deux pschitts sur une peluche et elle est déjà dans l’ascenseur.

La porte vient de claquer. Ils sont déjà repartis.

Je ressens cette sensation d’abandon, comme si je ne les reverrais plus. Totalement disproportionnée, comme mon état ce soir. Pauvre petite chose qui se cherche des états d’âme.

Jack est mort à 47 ans. Je relis sur la route pour passer ce temps que je déteste vivre seule.

   

Ken Park Larry Clark

Être loin d’elle, c’est être loin de tout.

Cette nuit là, elle a dû se glisser hors du lit, d’un pas léger pour ne pas me réveiller. Le bruit de ta ville est loin maintenant et caresse les barreaux de ma cellule rongés par la rouille. J’approche cette créature qui fait le trottoir posté immobile sous un réverbère. Les sables mouvants ont commencé à esquinter le cuir de ses Santiags qui lui monte jusqu’aux plis de ses fesses. Sa fourrure en lambeau découvre des bouts de chair qui me mettent en appétit.
On se promène le long du port. Aux allures d’étoiles de cinéma, il semble que tout nous soit permis. On crache des paroles brutales aux visages des passants. Sans scrupules, mes mains portent sa précieuse poitrine. Ivre d’insouciance, le mistral nous souffle dans le dos pour nous faire avancer, mais il arrive parfois aussi, qu’il nous fasse trébucher. Pas besoin de lui raconter, elle sait que je viens de buter quelqu’un. Sa réaction reste stoïque, mais c’est la première fois que j’arrive à palper de la méfiance dans son intensité.
Menottes et point liés, j’enjambe les papillotes de caramel mous qui parsèment le sol humide de mon cachot. Tout ce qu’il me reste d’elles, ce sont ces souvenirs. Cette ville et cette blonde devenues une idée spectaculaire. Tous leurs défauts réunis et sublimés pour rendre cette mémoire splendide et immortelle. Ces éclats de verre, cette odeur de pneu brûlé, ses questions indiscrètes et ce désir insatiable de preuve d’affection.
De crainte de l’oublier une fois libre, je gratte le mur de ma piaule qui s’effrite de ma prochaine destination : Marseille – Alabama.
Demain, je passe devant le juge. Pour la première fois depuis longtemps, un sentiment de peur m’envahit. J’ai du mal à aller chercher ma respiration, elle aussi m’a quitté. Cette sensation de vertige est un déjà-vu inévitable s’éprend de moi. J’essaye tant bien que mal de me raisonner, de me convaincre quelle que soit la décision, ce sera pour un mal pour un bien. Pourvu que la sentence soit juste et sans appel.

Je n’oserais m’endurcir comme un maniaque dans la certitude que c’est son âme qui m’attendrit. Mais à qui en vouloir si on m’accuse coupable ? Je ne suis pas irréprochable, mais je n’ai pas commis d’erreur non plus. Simplement, car j’ai décidé de ne jamais regretter. Il paraît qu’il y a des mots qui changent les gens certes, mais qui oserait croire qu’un chien andalou pourrait changer sa vraie nature ?

K.

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