La petite robe rouge 

8 novembre 2016

Je portais une robe rouge ce jour là, sans elle peut-être que tu ne m’aurais jamais remarquée.

Sa couleur, symbole de cette liaison passionnelle. Du désir, cette robe est devenue la représentation du dégoût. Celui que l’on ressent une fois qu’il n’y a plus d’amour.
Cette sensation étrange d’être critiquée pour les mêmes raisons pour lesquelles on a été aimée.

Ton mec qui bavait sur ton décolleté en t’attendant des heures en bas de chez ta mère qui trouve tes retards intolérables quand on s’habille si peu.

Ton amie qui était hilare en t’écoutant raconter tes dernières frasques sexuelles qui est offusquée parce que tu es rentrée à 11h du mat.

Tes enfants qui ne te laissaient pas respirer qui prennent la maison pour un hôtel.

Il y a ce sourire bienveillant qui accompagne parfois la critique et ce regard fuyant des gens qui disent des gentillesses. Entre les deux, mon coeur ne balance pas, à choisir je préfère une vérité qui fâche que l’hypocrisie. Il n’y a pas de demi-mesure, par ici, pas de vaseline, ça fera mal. Il paraît qu’il y en a qui aime ça.

Chacun ses goûts, alors évitons de baver sur ceux des autres. La journée est longue quand on se pose trop de questions, encore la preuve qu’on ne change pas avec l’expérience. On encaisse juste un peu mieux,

les coups bas.

Baudelaire’s pillow

1 novembre 2016


« Ce matin, l’oreiller de Baudelaire longe à même le sol, il est raide et poisseux. Un mégot surconsommé pèse encore au bout de mes lèvres, j’ai le geste lent et la pensée en cendre. Cette semaine a duré une saison. Jusqu’à présent, j’étais parvenu à faire abstraction. Sa voix suave décrit l’épaisse fumée de la solitude qui nous enveloppe. J’évite de peu l’asphyxie. Inconcevable d’ignorer que sa folie s’est trouvée être ma seule réalité. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Mon esprit devient une toile sur laquelle un Miró fiévreux vient dépeindre la constellation de nos souvenirs. Son absence à invoqué des démons jaloux et inquiets. Ils incendient notre chef d’oeuvre qui laisse place à une solitude menaçante mais sublime. Car lorsque mes désirs s’évadent, un sentiment apaisé s’empare de moi. À l’heure qu’il est, je ne sais pour quelle raison, j’ose encore espérer, qu’un jour ses baisers me délesteront du noir de mes rêves. » K.

L’homme pansement 

30 octobre 2016

Vers 5h du matin, il ne reste plus que quelques trentenaires au comptoir qui vont rentrer sur la pointe des pieds, des filles avec les yeux dans le vide. Mes amis sont assis sur un canapé au fond du club, la lumière rouge leur donne presque bonne mine. J’ai du mal à me faufiler à travers la masse grouillante des danseurs. Mon Perier a fini sur mes collants, j’ai envie de rentrer, j’ai juste assez de lucidité pour commander un uber, je vais repartir seule. Je n’ai pas réussi à boire assez pour me laisser aller à la facilité, à mettre ma langue dans une bouche trop jeune mais juste assez inexpérimentée pour être excitante . Un seul mot à dire pourtant, un oui pour finir avec ce beau brun.

Il y a le désir qui se nourrit d’échanges et de promesses, il y a l’excitation de la rencontre, un poignet que l’on attrape, un corps que l’on serre cheveux au vent, le danger était de le suivre. Improvisons. Tout cela finit souvent de la même façon, par une décharge de pulsions, et tant pis s’il faut vite oublier pour ne pas trop culpabiliser. 

Se prouver que l’on plait toujours même si c’est à un autre, que tout est possible. C’est souvent le seul rémède.

J’ai mis un beau pansement sur ma plaie. Je suis presque guérie. Ça c’était vendredi.

Samedi, j’ai dansé avec mon ennemi évidemment il est blond.

crossfitepsilon.com

17h.

Il y a cette ambiance pleine de testostérone quand on rentre, les mûrs sont blancs partout des barres, des poids, des anneaux, des liens, passée la première appréhension de la fille qui ne se sent pas à sa place, il y a finalement bien plus de muscles que de douces effluves ici, la féminité n’est qu’une option, pour 9€ j’ai presque des couilles pendant une heure.

Il y a très peu de charge sur ma barre alors au début je me surprends à mater en biais ces corps athlétiques, ces épaules parfaites et même le cul de la prof mais à la fin de l’échauffement déjà, j’étais aveugle et sourde, il ne restait de moi qu’un cœur qui battait trop fort, plus rien n’avait plus d’importance que reprendre mon souffle. Le superbe brun à ma droite était devenu transparent, je n’entendais que des hurlements et des barres retombées sur le sol.

Pourtant au début je n’avais qu’une envie, communiquer en cherchant du regard le moindre sourire, m’intégrer, prête à rire de leur trait d’humour, cette complicité sportive virile caractéristique ponctuant chaque nouvel exercice. Ces mecs sont encore plein de vie et je suis sans doute déjà morte au 5ème box jump.

Je finis ou plutôt je bâcle la fin de la séance, le visage écarlate, je ne ressemble plus à grand chose avec l’espoir de me rattraper sur la plage dans 9 mois. En attendant je sais que demain j’aurai du mal à marcher, je me demande dans quel état va être la fille qui était en face de moi, elle a vraiment bossé elle.

18h30, Je suis hors de tout, réel, virtuel, je pense plus à rien, enfin.

Il est temps de retrouver le sourire, le reste devrait revenir avec.

Les Volutes du manque

23 octobre 2016

The NightyDrunkLovers 

Mes journées et mes nuits sont des enchaînements de vies, je m’épuise sans arriver au but, ne plus penser. Cela va faire une semaine que je regarde deux phrases anodines sans savoir quel sens leur donner. Pourquoi répondre â quelqu’un qui n’attend plus de réponse. Le manque est là, il remplit mes pensées, je tourne ces 7 derniers mois dans tous les sens, en me convaincant que je fais le bon choix, celui de la distance, du silence pansement. Je baigne dans un état qui oscille entre euphorie et pessimisme en fond sonore cette fausse histoire que j’ai aimé vivre sans y croire. Je redoute la suite, ma cigarette se consume sur le bord de la fenêtre, il pleut dehors, j’ai froid, je repense à toute cette complicité partie en fumée comme si tous ces moments n’étaient que le fruit de nos imaginations un peu folles. Je suis jalouse de celles qui vont les vivre à ma place, de son désir ravivé par l’éphémère possibilité de la nouveauté.
Je me noie dans ma sueur au milieu d’une foule jeune et moite, danser à en perdre la raison, rire à en oublier l’heure, la date, le lieu où nous étions ensemble partout dans cette putain de ville qui me fait penser à lui à chaque coin de rue.
Partir quelques jours serait peut être un meilleur placebo.

10:34

13 octobre 2016

Instagram @jasonleeparry

Je ne sais pas trop par quoi commencer, il y a beaucoup à dire sur ces derniers jours. Mes mondes parallèles vont trop vite, la réalité, la famille, les amis, le travail d’un côté, la virtualité, les échanges, les rencontres, la curiosité de l’autre. Et au milieu, il y avait un lien, une complicité, un désir, un plaisir. Il n’y a plus rien depuis quelques jours.

Quand il n’y a pas de couple, il n’y a pas de rupture.

Il y a ce silence, léger au début puis au fil des jours de plus en plus lourd presque bruyant. Je me sens vide, j’ai envie d’en parler mais je n’arrive pas à expliquer, j’ai envie de pleurer mais les larmes noient mon cerveau. Je me sentais lasse de cette distance, après l’âge, les kilomètres n’ont pas arrangé les choses.

À croire que la flamme s’est éteinte d’un simple claquement de porte, d’un revers de la main. Une fausse liberté, un faux couple immergé par une simple goutte d’eau.

J’ai envie de m’approcher du bord à nouveau, ressentir ce souffle, l’ivresse, le vertige. Plonger.

Rose anthracite

9 octobre 2016

Tout allait plutôt trés bien, c’était quelques minutes avant le faux drame, la dispute à 100 mètres du Paradis, comme une fracture de fatigue mais c’est mon cœur s’est fissuré.

Il y a eu la joie de se revoir, l’ivresse, Paris la nuit, les pas rapides, ce petit air vif assorti aux mots, la fuite, Pigalle toute seule, la peur, les retrouvailles, l’apaisement, les rires, la complicité, le sexe entre Zola et Cezanne, les projets et beaucoup de uber, tous ces moments parfaitement dosés qui font que malgré toutes nos différences, 7 mois plus tard, on continue à ne pas y croire, à savoir qu’il n’y a aucun avenir, juste des amoureux de l’éphémère qui se sont trouvés.

Le soleil illuminait son visage dans cette brasserie en face de la gare, je l’écoutais m’expliquer tout ce que je sais déjà. Il me dit sa crainte, de lui de moi, de ce Nous qui n’existe pas. Il me décrit ce qu’il ressent sans savoir que c’est de moi qu’il parle, je suis lui, je suis comme lui, personne ne pourra l’aimer et le comprendre mieux que moi. Ce qu’il aime, ce qu’il craint, je le vis aussi. Je le quitte sur un coup de tête, il me quitte sur une parole malheureuse, nous nous retrouvons sur des malentendus.

Il est tard, le tgv va rentrer en gare, j’ai ce goût de sauce aigre-douce à la bouche d’un week-end passé trop vite. J’ai cette sensation que c’était notre dernière fois comme depuis le début.

Ce soir je suis lasse de ces éternelles fins.

Comme un dimanche soir

2 octobre 2016

Instagram @alabama_duel

Il est 19h59, tu manges deux tranches de jambon, tu vas fumer la dernière clope que tu avais posée parce que tu savais que ton paquet serait vide et le tabac fermé, tu viens d’envoyer un message à un ami qui a la peau douce, sans attendre de réponse. C’est dimanche soir. Ce soir qui ressemble à un premier janvier aux bonnes résolutions veines.

C’est peut-être dans ces moments là où il nous reste une once d’envie d’être à nouveau deux, de se blottir contre l’autre sur le canapé pour regarder une série en savourant cette tisane et ce bout de chocolat déposé sur la table basse. On a tous ces petits rituels, des décalcomanies qu’on reproduit à quelques détails près. Avec moi c’était un bout de chocolat et une pipe peut être qu’avec lui ce sera une galette et une sodomie. Je ne veux pas savoir. Il vaut mieux ne pas savoir, il vaut mieux tout effacer, tout couper, se protéger. Pas pour se protéger de l’autre, juste de soi, de cette envie qu’on a de lui dire des horreurs, de le mitrailler de messages, de partir en pleine nuit pour planter comme un con devant sa porte.

Pour éviter tout ça, tout se ridicule qu’on réalise bien trop tard quand on rencontre le nouveau et qu’on passe enfin à autre chose.

Je ne sais pas vous mais moi le dimanche soir je suis comme tout le monde. Alors j’écris faute de pouvoir jouer à la kiné. Comprends qui sait.

Bonne nuit chéri.

L’insoutenable beauté 

19 septembre 2016

Les rencontres d’Arles – Dominic Nahr 

Je suis rentrée dans la première salle d’exposition, au hasard, le cœur léger, le sourire aux lèvres et le corps encore chaud. Une petite salle vétuste, les murs recouverts des traces d’hivers humides et d’étés caniculaires, les murs d’une vieille bâtisse arlésienne.

La photo était en face de moi, immense ou sur un tout petit bout de mur, je ne sais plus, je ne voyais plus rien d’autre sans pouvoir la regarder, j’ai détourné instantanément mes yeux qui se remplissaient de larmes. Jamais une photo ne m’a fait un tel effet, la mort, la puanteur, l’atroce, ce qu’il restait d’un homme flottant dans l’eau symbolisant toute l’horreur de la guerre.  J’étais tétanisée, comme une enfant qui n’arrive pas à regarder un film d’horreur et qui a tellement envie de se rapprocher pour voir de plus près tous les détails de ce corps en décomposition. Je n’ai pas pu, même pas le prendre en photo comme je l’ai fait pour toutes les autres, les heures qui ont suivi.

Les gens passaient sans vraiment voir ce cadavre si réel, magnifique puis quelques mètres plus loin ils riaient sur les photos de saucisses en guise de nez. Un parcours, comme des montagnes russes.

J’ai continué ma visite avec ce goût de la mort sans jamais trouver aussi fort même si certaines œuvres étaient aussi belles.

Eaux troubles 

16 septembre 2016

Instagram @paris_obsessions

Je le croise souvent le soir assez tard.

Il a ce sourire en coin des hommes qui sont habitués à être l’objet de toutes les attentions pas que féminines.

Il est peut être 22h il plante son regard noir dans le mien et avec un ton anodin balance un « j’ai envie baiser sans avoir envie d’attendre ! ».

Cette exclamation ne me concerne pas, nous le savons. Je dois faire partie de ces femmes à qui l’on parle comme à un copain de chambré.

Autour de moi, les liaisons n’ont plus rien de cohérent, les célibataires sont fidèles, les femmes mariées ont compris qu’il valait mieux avoir un coup d’avance et on trouve presque plus facilement l’Amour sur Tinder.

Ce soir je dîne chez des recomposés, plus frais qu’un jeune couple à qui tout souri. Je me rappelle ces périodes de doutes où je l’écoutais des heures entre désespoir et certitude, chaque jour la situation basculait d’un côté puis de l’autre. Les retrouvailles, les projections, l’envie si grande d’être ensemble juste pouvoir se balader dans la rue normalement, le lendemain, les pleurs sans véritable raison, juste un mot qui fait déborder toute cette frustration. Imaginer l’autre dans ses bras à lui, l’imaginer elle, libre entourée des autres. Un long métrage dans une seule journée.

En attendant je vis ma fausse idylle sans avenir comme si le futur nous appartenait.

Dimanche Arles.

Ce qu’il y a de bien quand on ne se voit jamais c’est qu’on a très envie de baiser.

Il paraît qu’il va pleuvoir, j’espère que la piscine de l’hôtel sera au moins photogénique.

 

Plaisir coupable

28 août 2016

Instagram @regards_coupables

Écrire pour ne pas commettre l’irréparable.

L’envie d’évacuer ce trop plein d’émotions, de sensations, jamais du bien-être, toujours quelque chose d’oppressant.

Il n’y a pas un bruit autour de moi, le vacarme de la solitude d’un dimanche soir à la fin de l’été, seule dans cet appartement fait pour la vie à plusieurs. Tout est rangé, les appareils ménagers vidés, les tabourets de la cuisine alignés, mon sac à l’entrée, les clés sur le comptoir, un peu de monnaie, rien ne traîne. Je suis une vieille fille qui ne l’a jamais été. L’écran noir de la télé me fait face, j’y vois mon reflet, ce petit visage fatigué d’un week-end remplit de rires, mes vêtements dans la panière sentent le tabac, mes cheveux sont encore humides, je fume la cigarette rescapée que j’avais laissée sur la cheminée vendredi en sachant que je la trouverais vers 20h30 pour la fumer avec toi. Inhaler et t’entendre me raconter tes projets aurait été plaisant durant cette minute, je n’aime pas fumer seule.

Je t’imagine tel que tu te décris dans ton dernier message, pédalant dans les rues parisiennes pour rentrer vite avant qu’il ne fasse trop sombre. Je passe mon temps à penser à ce que tu dois faire comme pour le vivre un peu près de toi. J’ai ces pensées coupables qui extrapolent. Mon ennuie a beaucoup trop d’imagination.

Je cherche des destinations, des hôtels faits pour nos ébats et nos débats, nos retrouvailles comme d’éternelles fiançailles. Rien de concret, pas de long terme, pas d’union, l’amour du début sans fin ni fond.
Tu tournes en rond dans mon cerveau et c’est tellement bon cette sensation. Je ne sais pas comment font ceux qui ne pensent jamais à l’autre qui ne réfléchissent pas sans cesse comment le retrouver et le surprendre.
Le plaisir est tellement plus fort quand il se lit dans les yeux de l’être tant désiré.

La douleur innocente de la frustration pour quelques minutes d’un plaisir coupable.

Je vis pleinement le manque. 

Indécente pudeur

25 août 2016

Photographe Cass Bird 

Il suffit parfois d’un espace aussi large qu’un fil pour passer de la pudeur à l’impudeur, de l’érotisme à la pornographie, d’un extrême à l’autre.

Je mesure 1m68, je pèse 55kg, je chausse du 38, je suis châtain, mes yeux sont noisettes… Je suis une française mélangée ordinaire, née à Marseille parce que ma mère d’origine bretonne n’a pas voulu accoucher sur l’île où est né mon père Corse. J’ai une Soeur plus jeune et une demie-sœur colombienne. J’ai été en couple 15 ans avec le père de mes enfants, un garçon de 15 ans et une fille de bientôt 12… Ce que je viens d’écrire est pour moi plus précieux que les 700 textes que j’ai écrit ici. Je suis une femme moyenne avec un goût prononcé pour la provocation, à la fois exhibitionniste et extrêmement pudique, paradoxale comme beaucoup d’entre nous.

Je suis en admiration depuis plusieurs jours devant cette photo que je trouve à la fois très belle et dérangeante. Ce corps fin limite androgyne qui tient du bout des doigts un symbole à la fois concret et abstrait de la féminité, de l’intime. Il y a sans doute plusieurs messages, interprétations ou juste une simple provocation de l’artiste.

Il fallait que je partage avec vous cette image, j’y ai trouvé le symbol de ce que je ressens quand j’écris. Les mots me permettent de me livrer tout en gardant pour moi la vérité. Je navigue entre pudeur et impudeur, entre réalité et fiction ou l’inverse.

Seul le plaisir compte et j’espère le vôtre.


Les messages en pleine nuit, cela pourrait nous réjouir le matin au réveil. Cela pourrait. La preuve que les vacances sont bel et bien terminées, on dort profondément quand l’écran de notre téléphone s’allume. 

Des reliquats d’un temps où on les attendait ces invitations nocturnes, le plaisir de l’instant se concrétisait entre 2 et 3 heures du matin, le 5 à 7 des célibataires. Une pulsion entendue entre personnes bien sous tout rapports, quasi inoffensives presque insoupçonnables. 

C’était il y a un an et quelques jours, il a débarqué, fidèle à son apparence trompeuse, le sourire carnassier, la tenue et le bronzage parfaits. Trop beau pour être vrai. Une sorte de mirage en plein désert affectif, deux solitudes après des vacances post rupture. Nous nous sommes assis au pied du lit sur des coussins devenus rochers polis par les vagues. Plus aucune notion du temps, pas un bruit, juste nos chuchotements sans véritable raison, la situation interdite qui ne trompe personne. Nous savions tous les deux pourquoi il était là, on faisait juste durer la conversation comme on monte l’escalier pour prolonger le désir. Quand il s’est assis en face de moi dans la baignoire, il était un autre, plus grand, encore plus beau. Baiser comme deux amis, un jeu de rôle.

Il est reparti avant que le jour ne se lève. C’est une version, il y en a eu d’autres.

Instagram @alabama_duel

Je sors tard pour le principe, nous sommes toujours en août, il fait 26 degrés à 2h du mat.

Cette fin d’été ressemble à celle que je vivais encore adolescente. Profiter des derniers jours de liberté totale en Corse, au village, rester des heures sur la plage à chercher quoi faire pour rendre les vacances inoubliables, c’est à ce moment précis que tout peut basculer du côté de la connerie, au mieux.

Chaque année le rituel est le même, mes amis sont toujours en congés, je me nourris quand quelqu’un m’accompagne, j’en deviens pathétique à finir par dîner avec un couple d’amoureux entre un yucca et un vilain tableau mexicain qui ne pensent qu’à une seule chose, rentrer baiser en paix. Je me retrouve à chercher quelques connaissances pour accompagner mon Get perier comme une toxicomane, sa dose avant de ne surtout pas rentrer.
Je parle à tous, je n’écoute personne, je veux de la compagnie, le drame de ceux qui détestent la solitude. Je suis sur le chemin du retour, rien ne s’opposait à ma nuit mais Joséphine n’a pas osé. Elle est rentrée, ses cheveux encore plein de sel, son panier de plage sous le bras, la tête de la fille qui dort peu même pas par obligation. L’insomnie se vit seule.

Cet été est passé trop vite, tout passe trop vite sauf entre 5h et 7h quand tu dois te lever à 8, là ce vit l’éternité à regarder une moulure et sa suspension.

J’aurais mieux fait de suivre ceux qui n’ont pas encore ces soucis, ceux qui ne se couchent qu’au petit matin dans une odeur de tabac froid et la bouche encore imbibée de gin, ceux qui se réveillent au milieu de l’après-midi sans se souvenir du prénom de qui a mordu l’oreiller. 

J’ai 27 ans et j’ai presqu’envie qu’il pleuve pour être blottie contre toi sous une couette épaisse au milieu d’un Paris gris qui grouille.

L’été n’est finalement pas la saison des amoureux.

Vivement novembre.

Photographe Alina Senchuk

Je suis au bord de la piscine comme au bord d’un âge que je n’ose même pas écrire. Prête à plonger sans véritable peur, un peu d’insouciance face à l’inconnu ordinaire d’un anniversaire. Ma peau me trahit quand on la regarde de trop près, l’hydratation ne suffit plus, j’ai donc à mon bras le plus efficace des anti-âge, ça compense l’inefficacité des crèmes hors de prix.

Faire diversion est ma nouvelle devise seulement pour me convaincre que je suis encore jeune. Il venait d’avoir 27 ans et je mets moi aussi de l’or dans mes cheveux.

Hier soir, un peu trop tôt pour rentrer, assises en tailleur autour d’une bonne bouteille de vin, je demandais à mes amies si elles préféraient avoir des regrets ou des remords. On concluait la discussion en réalisant qu’on avait pas mal de regrets plus faciles à assumer que certains remords. Tout n’est qu’une question de discernement, on s’évite le pire en ne pas goûtant pas au meilleur. Le dangereux est toujours plus attirant, on le laisse aux hommes.

Ce soir, mon envie de l’entendre sonne dans le vide, il est loin, je me demande ce qu’il fait, la distance entre nous devient pesante, pire que le poid des années.

Il est temps de dormir, ça me fera déjà un peu moins de plis au réveil.

Un placebo, rien de nouveau sous le soleil.

Avant de partir 

30 juillet 2016


Instagram @riccialexandra

Je ne fais rien, j’attends que la soirée passe en faisant défiler celle des autres. Une soirée avec Jeff Miles par procuration, il fait trop chaud pour avoir envie de plus.

Les vacances commencent ce soir et avec elles ce flot de bonnes résolutions qui datent d’un temps où l’iPhone n’existait pas. Il y a ces noms et pseudos qui défilent, de vieux amis dont je ne sais que le contenu de leur assiette et leur tenue du jour, le quotidien des autres m’occupe comme on feuillette un Grazia chez le dentiste. Les sacs de voyage envahissent mon hall d’entrée, mon frigo est vide, mon diplomatico plein, en clair Je suis sur le départ et ma vie sexuelle ressemble à un désert.
Il y a bien ce message que j’ai reçu trop tard qui aurait pu changer quelque chose mais le cœur n’y est pas puisqu’il est ailleurs. Les gens comme moi n’ont pas de juste milieu ni l’apparence de leurs actes. J’ai l’air triste et désabusée, je nage dans le bonheur, je ris aux éclats et danse jusqu’au petit matin, tout va mal. Le paradoxe de la fille lambda, il y a tellement de logique dans mes contradictions. Ma normalité me fait peur, être comme tout le monde est vraiment la pire des choses.

Il ne m’aime pas, moi non plus, il y a finalement de l’espoir pour que ça dure le temps de se faire un peu de mal.

Il faudra bien reprendre un jour, revenir à cet état introspectif habituel chez moi.

Mon constat, les sollicitations ne sont jamais aussi nombreuses que lorsque l’envie n’est dirigée que vers une seule personne souvent inaccessible à court ou long terme. Alors je fais comme si je ne comprenais pas ou je contourne au cas où le besoin d’ailleurs deviendrait salutaire. Garder des plats aux chauds comme on dit entre nous.

Nos grands parents faisaient des stocks de sucre, nos parents d’essence et nous de contacts virtuels… A chacun sa pénurie, sa destruction créatrice, bref son inévitable évolution sociétale. De moins en moins de vraies liaisons et des milliers de possibilités, l’espoir derrière chaque clic comme la promesse d’un amour différent, des prénoms, des pseudos, des photos autant de mythe d’Aristophane impossible… Un ouragan perpétuel, merci Joseph.

En 1989, je faisais des rêves érotiques après avoir regardé 21 Jump Street, Johnny Depp ne ressemblait pas encore à un vieux crade, mon lit était trop petit pour deux, alors j’imaginais plus que je ne faisais. En 1999, ma vie sexuelle était envahie par le quotidien, je n’imaginais même plus autres choses. En 2009, l’envie d’ailleurs a pris le dessus. A 20 ans, on rêve , à 30 on construit, à 40 on brûle, pas encore 50 et j’ai déjà peur ou hâte.

S’il n’a plus de confrontation plus de sentiments ni de construction, il reste peut être la possibilité de quelque chose de nouveau, du plaisir sans les contraintes.

Seule pour toi seulement.

Le goût de l’inachevé 

15 juillet 2016

Alphaville de Godard

J’ oscille entre amnésie et mémoire sélective. Alors j’écris le passé.

Parfois on se croise sans vouloir se voir, des frissons parcours notre corps. On se demande comment on a pu même quelques heures, coller son torse contre le sien, le désir sans amour est lui aussi aveugle. La fulgurance de l’instant d’un état second, sans neurone, sans discernement, sans rien finalement même pas une once de désir, juste une décharge respective, un plaisir brut qui une fois assouvi chute brutalement. « Qu’elle parte vite ou qu’il ne se réveille pas… » ça nous est tous arrivé au moins une fois.

C’est le petit matin, on rentre accompagné, la musique bourdonne dans nos oreilles, notre pas est dansant, ce temps du court qui file à toute allure. Il n’y aura alors aucun discernement  tout se vit dans l’instant parfois dans le futur que l’on imagine ensemble, totalement désinhibés . Le passé n’est que remords qu’on aurait préféré regrets, une fois revenu à la réalité ou juste pour les plus chanceux d’entre nous un doux et vaporeux souvenir.

La vie sexuelle libre d’un homme n’a pas que des avantages, parfois il est aussi une femme. Une seule chose nous est commune, le goût d’ailleurs est toujours meilleur,

quelques secondes.

Je rentre seule, je suis désespérante.

L’école des femmes

En juillet 2010, j’écrivais ce texte sans savoir qu’un an plus tard je serais devenue une femme libre… Ce soir je me relis, je ne me reconnais plus dans mes désirs, mes souhaits, mes mots. Je me fais penser à ces femmes que je croise de temps en temps qui sont tiraillées entre l’image publique sociale et la réalité d’un quotidien étouffant même s’il est plus qu’agréable.

« Quand on la regarde faire les boutiques, se pavaner à la plage, danser sur des dancefloors improvisés, elle va bien la femme qui promène mon corps. Elle paraît extrêmement enjouée, heureuse, certains disent pimpante. La même se regarde en se démaquillant, en se déshabillant, rentrant trop tôt ou très tard, elle me dévoile alors ce regard et ce corps tristes, une fois les lumières publiques et les boules à facettes éteintes. Tout ce qui la frôle ne l’intéresse plus, elle veut l’inaccessible libre et lointain.

Elle vit avec un Prince mais ça ne lui suffit pas. Elle veut tout et même plus. Elle veut la place du Kalif, elle veut être aimée, admirée, vénérée. Elle veut être le Roi, enfoncer sa queue dans des chattes dégoulinantes de désir. Lécher leur jus. Les inviter à déjeuner, les séduire puis les détruire. Elle veut balancer ses états d’âmes et ses sentiments. Ne plus rien ressentir, juste des envies et des plaisirs éphémères avec des filles aux culs faciles et aux cerveaux difficiles. Des rendez-vous courts et intenses. Prendre la route, le train, l’avion, juste pour une nuit ou quelques heures. Lui enfoncer une bien dure dans la bouche, la retourner et lui défoncer son cul de petite bourgeoise déprimée. » Juillet 2010

La liberté a d’autres défauts. Les femmes ne sont jamais satisfaites, je ne suis pas une exception.

Tuer le temps 

21 juin 2016

TheLoversAndDriftersClub

La ville est complètement bloquée, il est 17h. Être la tête ailleurs dans leur vacarme plein de testostérone.

Je ne pense qu’à une seule chose, fumer cette putain de cigarette, je n’ai jamais envie si tôt.

Il n’y avait pas vraiment de signes avant-coureurs, j’étais bien, même après son départ, presque trop sereine pour être honnête, je le sentais content, j’étais son reflet pleine de patience. Il suffit parfois d’un mot, d’une intonation et tout bascule dans le mal. Cette sensation d’impuissance, à seulement 3h pour des milliers de kilomètres, il a déteint sur moi.

Je suis enfin arrivée, je me gare, je sors mon paquet, je me raisonne, je ne fume pas, j’avance d’un pas décidé vers des tâches qui me prennent ce temps sans penser, ce temps à tuer, j’agis pour ne plus réfléchir. Il arrive quand même cet instant où il n’y a plus rien à faire, où tu te retrouves seule, où tu relis les messages, ou ton cerveau s’emballe et rattrape ton cœur. Pas un matin sans penser à lui depuis 4 mois, pathétique mais avec le sourire.

Je ne sais pas ce qu’il se passe, je sens la fin, l’exécution, le sacrifice, la sentence qui va tomber, la phrase est aussi pourrie qu’une fête de la musique « Je veux oublier Marseille, et Marseille c’est toi. »

Je me rattraperai jeudi. Le pire dans tout ça, c’est qu’il n’y a personne pour remplacer le vide.

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