Les yeux grand fermés
15 avril 2013
Photographe Alison Brady
Il y a toujours un autre qui se cache derrière celle ou celui à qui vous parlez, surtout durant ces soirées où l’on porte le masque de rigueur. Quelques heures plus tard, se sont les mêmes quelques grammes d’alcool ou autres dans le sang, les regards et les langues se délient. J’aime me poster dans un angle, un recoin et regarder les mutations, les rapprochements, les fausses complicités et les vraies animosités. La plupart ne s’apprécie pas mais ça ne se voit pas. il y a certains regards qui ne mentent pas, le mien m’a trahie souvent. J’ai beaucoup de mal à faire semblant. Alors j’essaie de jouer mon rôle comme les autres, je biaise en évitant de m’épancher. Je porte ce masque, ces accessoires superficiels qui cachent mes joies et mes peines.
J’ai toujours beaucoup d’affection pour ceux qui aiment se cacher en se faisant remarquer, se grimer… Je me vois en eux.
W. E.
10 avril 2013
Je me demande parfois si le véritable Amour est facilité quand il perdure entre deux êtres que tout oppose.
Je pense à ceux qui renoncent à une grande destiné qui bravent les interdits, la morale, les diktats sociaux et familiaux. Est-ce cette situation qui les rapproche encore plus ou leur amour était assez fort pour tout endurer…
L’Amour simple, facile, évident semble bien fade quand on peut partir avec une personne qui nous est interdite ou juste déconseillée.
La première fois que j’ai croisé son regard que j’ai aperçu sa silhouette que j’ai entendu son rire, j’ai su qu’il n’était pas fait pour moi. Il sentait les complications. J’ai foncé tête baissée, il me le fallait, j’étais attirée, totalement sous le charme.
Et plus on me dit de m’éloigner, plus on me met en garde, plus je m’obstine.
Sentimental Road
9 avril 2013

Pierrot le fou – Jean Luc Godard – 1965
15 jours que je n’ai quasi aucune nouvelle pourtant il n’a jamais été aussi présent, il n’y a pas un jour où des proches, des moins proches me demandent s’il m’a rappelée. Une rupture, c’est toujours douloureux avec ou sans véritable raison, avec ou sans dispute mais finalement de toutes celles que l’on peut vivre, la dernière semble toujours la plus insurmontable. Il n’y a pas une odeur, un objet, une musique, un endroit, une personne qui ne nous rappelle l’autre. Alors on s’assomme de travail, on revoit des amis, on sort beaucoup, on s’enivre… on comble un vide.
Et puis un petit matin, imbibé de remords et de gin, sans plus aucun amour propre, on craque. Toutes les bonnes résolutions, toute la ferveur que l’on a mise pour résister part en fumée en une seconde.
Le temps d’un sms.
"Qu’est ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire ! Qu’est ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire ! Qu’est ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire !"
Dreamer
2 avril 2013
http://cryingdoesntsolveanything.com
"Je rêve de rencontrer quelqu’un comme moi, ni bon, ni mauvais juste assez superficiel pour apprécier…" Je relis cette phrase écrite il y a plus de trois ans. Rien n’a changé ou plutôt retour à la case départ. Nos vies, nos rencontres, nos liaisons ne sont qu’un éternel recommencement d’année en année pour certains, de semaine en semaine pour d’autres et de nuit en nuit pour les plus chanceux vers minuit, malheureux vers midi le lendemain.
Tout ça me faisait envie parfois peur, ça m’excitait. Aujourd’hui, je pourrais user de mon esprit et de mon corps comme il me chante. Je suis au milieu de la meilleure pâtisserie de la ville mais je n’ai plus faim.
Alors j’écoute des chansons à texte comme on dit et je me surprends à rêver qu’un jour on me défiera en duel.
Ce soir, je fais un vœu.
Break up
28 mars 2013
Break Up from Matthew Frost
Il est 22h, je suis accroupie devant une des fenêtres, je fume en fixant les voitures garées dans la rue.
J’attends en regardant les phares défiler, j’attends un vrombissement spécifique qui ne viendra plus jamais, je le sais, je le sens mais j’ai encore à ce moment là l’infime espoir d’une fierté mal placée, ravalée.
Ma cigarette n’est pas encore finie et j’ai déjà la tête qui me tourne, je l’éteins, j’avale mon dégoût et je referme la fenêtre.
L’appartement me semble immense et glacial, je retourne dans la salle de bain, le rituel avant de se coucher est le même, le sourire en moins et le rimmel sur les joues en plus.
Il est 22h3o, je suis allongée sur mon lit, je fixe la danse des lumières urbaines sur les mûrs, j’ai froid.
Je me fais le film à l’envers, ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, je cherche des raisons, des excuses, des souvenirs.
Les journées et les nuits vont défiler, la douleur va s’estomper. Je le sais ou plutôt l’âge de mon cerveau le sait mais le reste à toujours 17 ans. J’ai mal.
Les amours adolescentes ne prennent décidément pas une ride.
Et cette nuit, j’ai pleuré comme la première fois.
Sérendipité à l’ancienne
10 septembre 2012
vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu – Woody Allen
Je n’ai plus les moyens mais je fais quand même mes courses chez Monoprix. Je mange moins, j’ai pourtant pris 5 kgs.
Quand j’ai vu pour la première fois celui qui m’invite maintenant beaucoup trop souvent au restaurant, je vivais encore dans ma cage dorée à la porte grande ouverte. Je le croisais parfois à des soirées, où nous avions bien trop d’amis en commun pour ne pas finir, lors d’un dîner, l’un à côté de l’autre. Ce soir là, je ne devais pas sortir et encore moins aller au restaurant. Ce soir là, on a choisi tous les deux une salade à l’ail comme accompagnement. Ce soir là, je ne portais pas de talons, pas de jeans slim, pas de décolleté, je ne portais pas la tenue dans laquelle il me préfère aujourd’hui. Ce soir là, j’étais une nouvelle célibataire cernée, triste et préoccupée. Ce soir là, rien n’était propice à une rencontre. J’ai toujours été persuadée que je finirai avec quelqu’un via le net, moi qui suis une hyper connectée. Je crois que c’est la personne la plus low-tech que je connaisse.
Croiser une personne, une dizaine de fois et ne pas la voir, ou plutôt ne pas la regarder. L’attraction, un jeu de hasard sans lois.
Si je ne n’étais pas sortie ce soir là… Si j’avais retenu un poignet, il y a plus d’un an… Si je n’avais pas fait un deuxième enfant, il y a 8 ans… Si j’étais morte après cette opération, il y a 3 ans… Parfois je m’imagine avec des si.
Fond noir
30 août 2012
Pavillon allemand – Barcelone 1929 – Architecte Mies Van Der Rohe
Septembre dans deux jours et il pleut.
Audrey sort de sa maison sur les hauteurs de la ville, face à la mer.
Habillée de blanc, seul son visage doré ressort, elle s’arrête au bord de la piscine.
Aujourd’hui, elle enterre sa mère, elle pense à la robe qu’elle va porter.
La tasse de thé est brûlante entre ses paumes, elle est triste mais ne pleure pas.
Cette mort est un soulagement, sa mère luttait depuis plusieurs années et la voir dépérir devenait insupportable.
Audrey a 38 ans, pèse 48 kg pour 1m68, son fils a 5 ans, sa fille va avoir 2 ans bientôt.
Audrey est en bonne santé pourtant son visage lui donne 10 ans de plus, émacié, son regard est triste. Ses beaux yeux bleus, ses longs cheveux blonds et son bronzage ne font pas illusion, aujourd’hui. Demain peut-être, au restaurant avec ses amies, ses clones, toutes belles et souriantes, cachant sous leurs tenues griffées et leurs manucures rutilantes, des problèmes de femmes à qui on ne pardonne rien parce qu’elles ont l’apparence du bonheur et de la réussite.
Audrey boit une dernière gorgée, elle se retourne, dans son dos la plus belle vue de la ville.
Elle va enfiler une robe gris anthracite que son mari lui avait offerte pour lui faire passer la pilule de ses nombreuses absences. Il lui a fait l’amour ce soir là encore imprégné de l’odeur d’une inconnue. Ça doit sans doute l’exciter de passer de l’une à l’autre. Audrey ferme les yeux… Au propre et au figuré.
Audrey joue son rôle, son image immaculée, sa baraque, sa famille… Son âme se reflète à la surface de la piscine.
Sa piscine au fond noir.
Un long été à la mer
27 août 2012
Bientôt septembre, et mon apparence estivale va devenir aussi pathétique que celle d’une quadra qui accumule les signes de sa peur de vieillir.
Sinon tout va bien, j’ai changé d’amis.
Ou plutôt j’ai gardé les fidèles et de nouvelles connaissances font aujourd’hui partie de ma vie.
En moyenne, ils sont plus jeunes, plus beaux, plus riches comme je l’étais à leur âge.
J’écoute leurs préoccupations, leurs loisirs et leurs déviances. Des récits, l’expérience de leurs 30 ans que je revis par procuration. Je me sens bien avec eux, je les regarde en repensant aux très belles années qui ont fait de moi une maman, une propriétaire, une femme pleine de projets en figeant quelques grammes de cellulite pour surtout ne jamais les oublier, tous les matins, nue devant ce miroir impartial.
J’aime écouter la vie des autres, j’aime la lire aussi.
Alors j’achète des romans mais le plaisir de découvrir en temps réel, la vie cachée du commun des mortels, n’est pas le même.
Il y a en pas cet exhibitionnisme indécent à écouter ces amis, la pudeur des uns, l’impudeur des autres.
Il est tard dans ce restaurant à la vue phénoménale, autour de la table, personne n’en parle, l’attention, la discussion ne sont motivées que par des choses bien plus ordinaires. Des quotidiens si riches de banalités que je ne m’arrêterai jamais d’écrire ici si j’en avais le temps.
Je suis admirative de ceux qui inventent totalement, ce n’est pas mon cas. Je n’ai pas ce talent. Il est 23h, je puise mon inspiration en mangeant des calamars frits et leur sauce à l’ail.
Tout ici n’est que ressenti de ce que je vis ou ai vécu, de ce que mes proches me racontent. J’invente aussi bien sûr. Je n’ai pas la volonté d’exhiber ma vie, j’essaie plutôt d’être dans une forme d’analyse de nos comportements. Je me base sur des faits ordinaires et c’est vrai que beaucoup s’y retrouve, pensant que tout ce que je dis est vrai parce que ça fait réel. Un mélange de mayonnaise et d’aïoli.
Il y a quelques jours, j’écoutais un ami me dire que certains trouvaient mes posts presque malsains, obscènes, que j’étalais mon intimité, ma vie sans pudeur. Evidemment, cela m’a déstabilisé, évidemment j’aimerais rencontrer ces personnes, me défendre et peut-être que ce sont les mêmes qui, une fois en face de moi, me disent que j’écris bien et que je dois continuer.
J’ai longtemps porté un masque, pour protéger mon anonymat, j’ai voulu me dévoiler, j’ai perdu un peu de liberté.
C’est toujours dur, d’entendre la vérité des autres.
Ma vérité est ailleurs. Ici que des réalités ressenties.
Je ne suis qu’une "femme crue". L’interprétation est libre.
"l’écriture ne soulage guère. Elle retrace, elle délimite. Elle introduit un soupçon de cohérence, l’idée d’un réalisme." extrait de Rester vivant – Michel Houellebecq
Pouvez-vous garder un secret ?
21 août 2012
Whitest Boy Alive – Keep A Secret
Cela fait 20 jours que je n’ai pas vu mes enfants.
Sensation étrange de liberté culpabilisante. Je sais qu’ils sont heureux avec leur père, je sais qu’ils l’étaient aussi en juillet avec moi. Je passe mes journées et mes nuits comme si mes 15 ans de vie idéalement convenable n’avaient jamais existé. Avant j’étais une mère de famille de 41 ans dans un corps de fille de 30 et un cerveau de 20. Aujourd’hui, j’ai dépassé les 42 et j’ai la vie d’une cinquantenaire décomplexée au bras d’un blond qui fait 15 ans de moins qu’elle, même si réellement ce n’est que 8. Je l’oblige à porter la barbe.
Je ne sais pas pourquoi mais ce corps de page centrale de magazine que j’étais si fière d’arborer ne me manque pas. D’apparats de la jeunesse, il ne me reste que mes cheveux. De dos, mon visage et mes mains cachées, l’illusion n’est plus totale.
Rassurez-vous, j’ai la vie que je voulais, le bonheur est presque imparfait et je suis toujours capable en quelques secondes, une nuit vers 3h du matin, un verre de gin à la main, de me replonger dans ce désarroi incompréhensible mais tellement bon avec un peu de schweppes tonic.
Tout ça n’est évidemment que pure invention. En vrai je prépare mon mariage et je suis enceinte d’un troisième enfant.
Sous influence
9 août 2012
Elle est interminable cette journée.
Avoir envie de quelque chose, avoir la sensation d’oublier quelque chose, se tortiller dans tous les sens, prendre des photos de l’insignifiant, trouver que les heures sont aussi longues que des jours, écrire des messages et les effacer, boire un café puis un thé, ranger, classer, jeter… Relire 15 fois le même mot.
Je ne devrais pas être dans cet état, j’ai un peu forcé le destin, j’ai décidé sans vraiment réfléchir, l’égoïsme à son paroxysme. J’avais envie de ces quelques jours là-bas et j’ai tout fait pour y aller sans mesurer les conséquences. Je vis les choses, le reste ne m’importe plus.
Se demander sans cesse si on est heureux, amoureux, satisfait… Ce n’est pas l’être. Non ?!
Je le suis, j’impose. J’avance vers les ravages du temps et je suis prête pour faire une énorme bêtise. De celle que personne ne comprendra sans être vraiment étonné.
J’ai acheté ma première planche à repasser.
L’éloge de la fuite
7 août 2012
Pattie Boyd & Eric Clapton
Anita, Pattie, Patricia, Pamela… Peu importe, leur prénom. Les femmes jouent avec le cœur des hommes. Leur amour est grand et passe de l’un à l’autre. Tout ça sans aucune raison.
Depuis toujours, j’affronte rarement les choses, de l’agression à l’amour, quand je me retrouve face à une situation qui me dépasse, je fuis. Ma jalousie amoureuse est intense mais parfois silencieuse, quelquefois râleuse, souvent angoissée. Ce sentiment qui me compresse les poumons, me fait tourner la tête, pleurer sous la douche loin des regards, éclate toujours et fait de moi une femme qui se pose beaucoup trop de questions comme il dit.
Je pleure moins souvent depuis plusieurs mois, je me sens mieux même si j’ai toujours cette sensation que l’on ne m’aime pas ou pas assez, pas à la hauteur de mon attachement.
La porte vient de claquer, je prends ma voiture, que nos vies se séparent ou que cela ne durera que quelques semaines. Pour moi, le déchirement est intense, douloureux, les relents des départs de mes parents sont encore présents. L’enfant abandonnique que j’étais a fait une adulte névrosée. C’est comme ça.
Alors j’achète des tee ou des chaussures, j’attends que ça passe en comptant les jours.
Jeunesse éternelle
17 juillet 2012
Une nuit très tard, au milieu d’un tunnel voûté, j’ai croisé la jeunesse éternelle.
Un jeune couple, à l’allure légère et aux regards mutins. Ils étaient là au milieu de cette foule moite.
Plus je les admirais en cachette, plus j’étais mal, tout m’opressait. Mon assurance et mon humour s’effondraient à chaque vibration. L’envie de jouer, ailleurs et loin. Loin des regards sans ridules. L’inquisition sans l’intention de la donner, un simple souffle chuchoté. J’ai jeté mon verre et je me suis enfuie.
Fuir la jeunesse avant qu’elle ne se sauve… Une autre version du bonheur.
La chevelure
22 juin 2012
Une inconnue
Quelques années après notre rupture, je l’ai revu.
J’ai vu une silhouette au milieu des mortels insignifiants. Il attendait son tour comme les autres, ça ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas être là. Pourtant je l’ai reconnu immédiatement puis j’ai eu un doute, j’ai regardé ses chaussures, ses fesses, son dos, ses cheveux, j’attendais qu’il se retourne pour être certaine. Pendant quelques secondes, j’ai pensé faire demi-tour, je n’avais pas envie qu’il me voit, pas comme ça, si ordinaire. C’était trop tard, il se serait sûrement retourné juste à ce moment là. J’ai tendu mon bras vers son dos, en pointant mon doigt. C’était bien lui, encore plus surpris que moi de me voir là, réelle, simplement humaine. Impossible d’articuler la moindre réponse, j’avais du Baudelaire dans la tête. Tout était flou autour, l’homme entre nous totalement transparent, plus rien n’avait d’existence, j’étais là, comme nue devant lui. Totalement intimidée comme la première fois.
"Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?"
L’inachevé et son pouvoir de séduction inépuisable. La frustration et cette chaleur qui tape directement au cerveau. L’inaccessible qui rend fou. Des joncs puissants autour de mon cou, mes poignets et mes doigts. Brillants, attirants, trompeurs.
15 mn. Un sniff éphémère. Une promesse vaine. Un semblant d’amour éternel.
Jalouse, toi-même !
19 juin 2012
Olivier Zahm – La Communauté des Amants
Il y a ce pincement invisible et douloureux quand tu croises des regards complices ou juste amusés. Il est tard et la soirée a fait son effet, cette paranoïa alcoolisée qui te fait voir, entendre, ressentir des choses, comme devant ta tv mais c’est la réalité. Les grands jaloux le savent, ils ont souvent bien plus à se reprocher. Ils voient le mal partout et la plupart du temps, celui-ci leur donne raison. Comme si inconsciemment, ils poussaient l’autre à la faute, à force de prise de tête ou de couteau sous la gorge.
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été une grande jalouse d’amoureuse pour un rien et finalement pas quand j’aurais du l’être.
Les quelques fois où les hommes qui ont partagé ma vie m’ont trompé, je n’ai rien vu, je l’ai su après.
Finalement ce n’est pas l’Amour qui m’a rendu aveugle mais ma jalousie.
Rupture Amoureuse
18 juin 2012

Photographe Ryan McGINLEY
Un matin, je me suis levée avec l’idée de le quitter comme ça sans véritable raison. Je me suis préparée comme d’habitude, avec peut-être cette envie qu’il me trouve belle. On avait rendez-vous au parapet entre l’Escale et le bar Tabac à l’entrée du village. Il est arrivé en retard, j’avais un peu froid. Je suis montée dans sa vieille Abarth bleu ciel. Les virages du bord de mer m’ont donné mal au cœur, encore plus. On est arrivé à la Madrague de Montredon, il commençait à pleuvoir. Il s’est garé, je me suis tournée vers lui et j’ai dit : « C’est fini, je veux tout arrêter » s’en est suivi une discussion de plusieurs heures, il pleuvait de plus en plus fort et moi, je pleurais en rythme. Il m’a demandé pourquoi, j’ai répondu en bafouillant tout ce que je pouvais lui reprocher mais en fait rien n’était valable. Je voulais juste savoir, savoir s’il m’aimait autant que moi. S’il allait me supplier ou juste essayer de me reconquérir, moi qui étais totalement acquise. Je suis sortie de la voiture, il faisait beau. Les semaines ont passé, les mois, les années. Il n’a rien tenté et je ne l’ai jamais oublié. Je l’aimais trop ou il ne m’aimait pas assez. Ou peut-être qu’il était trop fier pour revenir et moi trop imbue de ma petite personne. Je ne saurai jamais. Quitter pour savoir si l’autre vous aime ou juste faire une erreur de fierté mal placée.
"Un matin comme les autres. Un nouveau pari."
Été acidulé
6 juin 2012
"Qu’est ce que ça fait d’être heureuse ?"
De loin tu as l’impression que ça ne t’arriveras plus jamais d’être bien, d’être sans souci, d’être heureuse. Comme avant, comme quand tu ne gagnais pas d’argent que tu ne travaillais que le mois de juillet pour tout dépenser en août. Que tu passais tes journées dans des piscines immenses et tes nuits sur des plages bruyantes, moites à l’ambiance musicale acide pour ceux qui se souviennent d’Inside Out de Phuture.
J’ai fermé les yeux, la musique, seule, me tenait debout, je dansais, la foule autour était immense, compacte et douce. Je balançais mes épaules sans bouger le reste de mon corps, une scie, un bruit aigu rentrait dans mon cerveau, ma tête se dévissait… ça rentre, ça rentre, je ne veux plus que ça s’arrête, je suis tellement bien, plus aucune douleur, plus aucune pensée, il n’y a que les vibrations, ce sifflet, ce son entêtant, ces oiseaux, ces corps qui me touchent, je suis électrique. J’ai envie de faire l’amour, là au milieu de tous. Le son me prend la tête, le corps, je tombe sur mes genoux, le tempo ralentit, le sable est chaud sous ma peau, j’ondule, mon ventre danse seul, les bras levés, je souris, on dirait que j’implore un dieu. Le dieu Ron Hardy, qui quelques nuits diffuse ce son, cet Acid Tracks qui se faufile entre les jambes des filles, sautille le long des cuisses, rebondit contre les seins, s’engouffre dans leurs bouches, explose dans leurs cerveaux puis disparaît. Les ondes nous rapprochent, nous proposent une langue qu’on suce sans vraiment réaliser. Un bonbon mentholé.
Le bonheur, n’est que dans cet instant dont tu décalques les contours, juste avant de sauter, d’aimer, d’apprécier, de gagner, de jouir… de t’effondrer épuisé.
Un bonheur acidulé.
Vivre en écoutant les autres
5 juin 2012
Pacadis – Le Palace
J’ai des nouvelles de mes vies par l’intermédiaire des autres. On me raconte ce que fait ma famille, ce que l’on croit que je fais. La situation a changé, pas les bruits qui courent. Je ne raconte quasiment plus rien ici ou ailleurs, l’extrapolation n’a même plus besoin de mon imagination. Quand j’étais une mère de famille critiquée, je rêvais de retrouver l’exaltation d’une jeunesse dissolue, quelques mois, le temps de m’en dégoûter. Finalement, la fausse jeune fille ivre qui ne rentre plus, ce ne sera pas moi. Les petites robes et les shorts trop courts restent dans ma minuscule penderie, au-dessus des chaussures qui ne me feront pas mal aux pieds. La démarche de travelo et l’haleine fétide, ne sont que des chimères de jeunesse éternelle que je me faisais le dimanche matin au Welcome Café, face à la plage des Catalans, quand les mères dorment.
"Nous ne sommes plus une vraie famille" "Je préférais ma vie avant" le plus dur étant d’entendre ces phrases en étant heureuse.
Le choix de Sophie et ses variantes.
Soleil intérieur
20 avril 2012
http://www.freundevonfreunden.com/
Se coucher à 19 h un dimanche soir, ça résume assez bien l’intensité d’un bon week-end.
Enchaîner les soirées comme si nous avions 20 ans, me retrouver dimanche à ce déjeuner sans quitter mes lunettes de soleil, pas parce que j’ai les yeux clairs comme mes hôtes mais juste parce que j’ai en moyenne dix ans de plus qu’eux. Passer la moitié de son temps comme si j’étais en 2000, regarder une silhouette en contre-jour, m’imaginer à quelques heures de vol. J’ai envie de partir, de ne plus penser aux autres, aux rendez-vous, aux contraintes… Ne penser qu’à ma tenue du soir et si je vais prendre une panna cotta en dessert.
Ce soir, je vais danser, pour changer.
Au petit matin, un regard malin m’emportera.
On sera bien, tous les deux sans personne.
Sautes d’humeur transitoires
11 avril 2012
Je suis entre deux.
Entre deux lavages de cheveux.
Il y a des moments décisifs dans une vie, je viens de passer un cap et je me prends en pleine poire les dommages collatéraux. J’ai eu la mauvaise idée d’arrêter de prendre ma pilule, parce que soi-disant ma poitrine est douloureuse et perdre quelques kilos pour rentrer dans un short d’ado. Je suis décidemment très conne et ça ne s’arrêtera jamais.
Hier soir, je me suis pris la tête avec mon ex, ce matin avec mon fils, cet après-midi avec mon patron. Alors en fin d’après-midi, je fais du sport, tellement je m’ennuie de 5 à 7.
Et pendant ce temps là, sur twitter on se demande qui est le sexe fort. Une chose est sûre ce n’est pas le mien.
Itinéraire amoureux
2 avril 2012
Recevoir un message, regarder son téléphone plusieurs minutes, écrire une réponse, l’effacer. Voilà ce que nous sommes capables de faire, peut-être parce que ce message nous ne l’attendions pas ou plus. Il n’y a finalement pas de secret, il suffit de se dire que cette position d’attente n’est pas ce que nous désirons. Pourquoi persister et chercher la difficulté, le dédain, se faire malmener l’amour propre. Pourquoi être triste, inquiet pour quelqu’un qui se trouve toujours des excuses imbuvables.
Ce n’est jamais simple tant que ce n’est pas authentique, l’amour ne se pose pas toutes ces questions, ne manipule ni ne manigance, ne calcule rien, il se vit sans réfléchir. Je suis bien, j’ai envie de te voir, je t’appelle, je te réponds… On s’aime.
Il y a 22 ans, je fête mes 20 ans, nous sommes sur une petite barque de pêcheur amarrée à la Baie des Singes.
Il y a 17 ans, je fête mes 25 ans, nous sommes au Bal à Saint Tropez.
Il y a 15 ans, je fête mes 27 ans, nous sommes dans un vieux garage à bateaux au Bain des Dames.
A ces trois moments de ma vie, je n’avais aucun doute, j’étais amoureuse.
Dans moins de deux mois, je vais fêter mes 42 ans.





















