La chevelure

22 juin 2012

Une inconnue

Quelques années après notre rupture, je l’ai revu.

J’ai vu une silhouette au milieu des mortels insignifiants. Il attendait son tour comme les autres, ça ne pouvait pas être lui, il ne pouvait pas être là. Pourtant je l’ai reconnu immédiatement puis j’ai eu un doute, j’ai regardé ses chaussures, ses fesses, son dos, ses cheveux, j’attendais qu’il se retourne pour être certaine. Pendant quelques secondes, j’ai pensé faire demi-tour, je n’avais pas envie qu’il me voit, pas comme ça, si ordinaire. C’était trop tard, il se serait sûrement retourné juste à ce moment là. J’ai tendu mon bras vers son dos, en pointant mon doigt. C’était bien lui, encore plus surpris que moi de me voir là, réelle, simplement humaine. Impossible d’articuler la moindre réponse, j’avais du Baudelaire dans la tête. Tout était flou autour, l’homme entre nous totalement transparent, plus rien n’avait d’existence, j’étais là, comme nue devant lui. Totalement intimidée comme la première fois.

"Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?"

L’inachevé et son pouvoir de séduction inépuisable. La frustration et cette chaleur qui tape directement au cerveau. L’inaccessible qui rend fou. Des joncs puissants autour de mon cou, mes poignets et mes doigts. Brillants, attirants, trompeurs.

15 mn. Un sniff éphémère. Une promesse vaine. Un semblant d’amour éternel.

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