Le népenthès

25 novembre 2011

Il est 7 heures, je passe cette crème en espérant qu’elle atténuera les 6 heures de sommeil qu’il me manque et les 10 ans que j’ai en trop. Je ne me souviens plus du chemin retour ni du trajet pour aller bosser. Il est 8 heures, je n’ai même pas la force de taper mon mot de passe, je suis prostrée devant mon ordi, ma nuque est raide, j’ai des frissons, je transpire l’alcool et la bêtise. Accumuler les mauvaises idées comme d’autres achètent des chaussures, de façon compulsive. Se lever un matin et se teindre en brune. Se retrouver au comptoir à 4h et continuer à boire. Sortir du club, complètement saoule et conduire. Se tromper de chemin et se faire contrôler. Finir au poste. Téléphoner à son mari. Il n’a rien dit, pas un mot, ni au commissariat ni dans la voiture. Je pleurais, je ne sais faire que ça, pleurer quand c’est trop tard.

Je n’ai toujours pas trouvé d’appartement, au lieu de garder mon fric pour préparer mon départ, j’achète des robes importables chez Maje. "Tu comprends, c’était à moins 50% " "Non je ne comprends pas, tu es stupide"

Il y a quelque chose qui me bouffe le cerveau, avant c’était plus simple cette chose était un ou plusieurs hommes, ça dépendait des périodes. Ces hommes que je ne pouvais avoir, occupaient mes pensées. Ils m’excitaient, je les croisais le soir dans les bars, les soirées. Ils n’étaient pas mieux que celui qui partage ma vie, juste nouveaux et différents. On ne peut pas lutter contre la nouveauté, toute belle, douce soit une femme, tout intéressant, aimant soit un homme. La femme qui nous vend un croissant le matin avec ses énormes seins et son horrible accent, l’homme avec ses poils du nez qui dépassent et son torse trop musclé. Le pire des pires sera toujours plus excitant que la perfection qu’on se baise ou qu’on suce depuis 15 ans.

J’ai envie de vomir. J’ai envie de me vomir.

Photographe Joanne Leah

Si tu rentres à minuit saoul comme s’il était 7h du matin que tu noies ta peine, ton mal être, ta connerie dans des cocktails hors de prix et que ta soirée beaujolais n’était qu’un alibi. Toi, tu es un peu comme moi.

En deux jours, mon monde s’est illuminé puis effondré, mercredi j’apprends une nouvelle qui me rend heureuse et le lendemain l’homme qui partage ma vie depuis 15 ans, le père de mes enfants me demande de partir de chez nous. Qui est coupable ? Qui est fautif ? La main dans le sac, c’est la mienne.

Personne ne peut comprendre comment nous en sommes arrivés là, sur le papier nous sommes la famille Ingalls, dans notre lit Rocco et Jenna, aux yeux du monde, rien ne nous manque.

Je me suis allongée, la tête contre le carrelage, je n’arrivais plus à respirer. J’ai attendu que ça passe. Je ne fais qu’attendre. Les autres ont d’autres choses à faire, les autres dorment, baisent, rigolent entre amis. Et moi, j’attends. J’attends que tu prennes la décision, que tu répondes, que tu me bouscules, que tu m’encules. J’attends.

Je ne me lasserai jamais de lire ce poème. Il résume ma vie. J’ai longtemps détesté la poésie.

Ce soir, je visite mon premier appartement. J’ai 20 ans.

Ma vie, ma vie, ma très ancienne
Mon premier vœu mal refermé
Mon premier amour infirmé,
Il a fallu que tu reviennes.

Il a fallu que je connaisse
Ce que la vie a de meilleur,
Quand deux corps jouent de leur bonheur,
Et sans fin s’unissent et renaissent.

Entré en dépendance entière,
Je sais le tremblement de l’être
L’hésitation à disparaître,
Le soleil qui frappe en lisière.

Et l’amour, où tout est facile,
Où tout est donné dans l’instant ;
Il existe au milieu du temps
La possibilité d’une île.

M. Houellebecq

Bonheur compliqué

15 novembre 2011

http://desinterested.wordpress.com/

Une de ces journées où j’en veux à la terre entière où la seule chose qui pourrait me faire plaisir n’existera sans doute jamais.

De rêves en désirs, de promesses en attentes. Il n’y a finalement que le rien qui se passe. J’écris des textes insipides pour des hommes qui gagnent 4 fois mon salaire, je commande des manifestations qui font le prix d’un appartement. Je vis dans un monde sans m’en rendre compte puisque je ne pense qu’à être ailleurs, loin, dans cette voiture cabossée. J’ai les mêmes pensées qu’il y a 25 ans quand Pascal a enfoncé sa petite queue à peine dure derrière une dune à Beauduc.

Tu sais moi, je ne demande pas beaucoup, juste être une autre.

C’est ça mon bonheur simple, avoir une vie plus compliquée.

http://ffffound.com/

La discussion d’hier midi s’est achevée par la phrase suivante : "Si tu veux continuer à désirer, être désirer, baiser souvent, intensément, il ne faut surtout qu’aucune confiance ne s’installe dans ton couple".

Pour en arriver à cette conclusion, une quinzaine d’années de vie de famille en moyenne pour chacune, quelques lectures et expériences superficielles, plusieurs grossesses et un mari toujours sous pression dès 7h du mat.

Alors que la majorité des jeunes gens qui nous entoure ne cherche que ça, la confiance, soi-disant garante d’une vie de couple épanouie et complice. A partir de 35 ans, une fois toutes les étapes passées, les objectifs de vie majoritairement réalisés, ce constat que la jeunesse qualifiera d’amer… Nous fait marrer.

Entre la soupe bio, la salade Cesar et le tiramisu de chez Spok, nous listions en riant comme des dindes, les choses que nous pourrions faire pour que nos maris n’aient aucunement confiance en nous.

41 ans, 14 ans… kifkif

Toxique et bel ennui

5 novembre 2011

THE NOTORIOUS DIG

J’ai eu envie de fumer toute la journée, cela fera bientôt deux ans.

Une journée pleine d’ennui et de frustration. J’ai paressé dans mon lit une heure de plus, quelques pixels comme un geste salvateur. Il y a encore un peu de désir enfuie dans ce corps qui ne sert plus qu’une fois par semaine, parce que c’est samedi. Nous sommes combien à accepter cette monotonie douillette pour éviter d’avaler un Prozac. Je n’ai pas encore cédé à l’appel des sirènes des antidépresseurs et autres miracles esthétiques. Je me sens faible, la proie idéale, trop axée sur son apparence pour résister encore longtemps. Certaines de mes amies rajeunissent superficiellement ou elles ont un amant plus jeune, insouciant et revigorant.

Cette journée s’est écoulée, sans la voir passer simplement entre la frustration de l’inaccessible et celle du choix multiple, je n’ai plus envie de lutter.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 87 followers

%d bloggers like this: