Amoureux d’une émotion légère comme un soleil radieux #Higelin

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La reprise s’est faite depuis déjà deux semaines. Le temps n’est plus aux longues journées à se prélasser sur un transat à 20 €. Ce week-end ressemblait encore un peu aux vacances alors je tire sur les dernières taffes de soleil comme une ancienne fumeuse. Dimanche matin, je finis ma nuit au bord de l’eau, les yeux fermés, j’essaie de me rendormir.

Il doit être minuit peut-être une heure, je sors en courant par le petit portail derrière la maison. La musique raisonne dans les ruelles calmes de ce quartier résidentiel. Enjoy the silence rythme mon pas décidé vers les 4 silhouettes au bout de la rue. Une forte lumière m’empêche de voir. Une silhouette se détache, c’est lui.

Il doit être 7 heures du matin, je viens d’arriver en TGV, Gare de Lyon, je suis assise à la terrasse d’un bar. Je fais défiler les mentions sur mon téléphone. J’entends un groupe de jeunes gens qui rentrent en riant. Je fixe un des garçons, chemise en jeans, foulard autour du cou. Il se retourne, me fixe, c’est lui.

Il doit être 2 heures du matin, je bois un dernier verre avec deux inconnus dans ce bar d’hôtel. Mon téléphone sonne, un numéro masqué, j’hésite à répondre. Je décroche. C’est lui.

J’ouvre les yeux, la mer est calme, mes rêveries se terminent.

Il y a mon imagination, mes fantasmes, mes envies, mes désirs… autant de possibilités dans mon cerveau tourmenté.

Lundi 11:24. Des pas résonnent dans mes écouteurs. Il n’y a qu’une réalité.

L’obsession est une passion négative disait Paul Carvel.

Je pense à cette scène chaque jour.

Je prends la Corniche le matin très tôt. Je passe devant le Miramar, les lycéens s’installent, les garçons n’ont pas de barbe mais arborent fièrement leurs PO 714, des Steeve MacQueen à peine majeurs déjà sûrs d’eux. Les filles sont discrètes, grandes et fines, souvent en ballerines, rien d’ostentatoire. La bourgeoisie dans le sud est teintée de St Germain. Quand on se rapproche, sous leurs chemises ou robes en soie à peine froissées, on peut voir quelques tatouages ou à leurs doigts de grosses bagues. Quelques détails rebels juste là, pour faire angoisser leurs parents qu’ils ne voient jamais.

Antoine jouait tous les jours au rami avec ses quelques amis peu soucieux de leurs emplois du temps comme lui. Je déposais mes enfants à l’école privée juste à côté, chaque matin pendant quelques mois, je m’asseyais à la table juste derrière, un thé fruits rouges et quelques pages de la Provence plus tard, je repartais travailler. A chaque fois, je sentais son regard se posait sur moi, ni insistant ni malsain, juste curieux et parfois accompagné d’un sourire angélique.

Un vendredi matin, je n’avais pas mon sac en cuir mais un grand cabas en tissus avec mes affaires de plage. Un peu plus loin, un accès à la mer, j’étais seule, je venais de partir du bar. Je sens une présence derrière moi, c’était Antoine et ses amis. J’installe ma serviette sur le rocher, Malmousque est désert. Ils chahutent et plongent. Je fais semblant de lire.

Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’aller nager si loin, je ne sais pas ce qu’il m’a pris de le laisser s’approcher si près, je ne sais pas ce qu’il m’a pris quand il a plaqué son torse contre mon dos et défait les noeuds de mon maillot.

Je ne sais pas. 

Prince deviendra Roi

25 août 2011

Photographe Joeri Bosma

Je l’ai croisé plusieurs fois, le matin devant un thé dans la salle de réunion 25A, le midi chez Spok devant son mac, par mail entre deux embouteillages, le soir version pixélisée quand il y a un match à la Télé, la nuit dans le couloir d’un Club bondé. Il vient me raconter.

Il est perdu. Il le répète toutes les 10 phrases comme le refrain à sa jeunesse.

Il est né quand je ne jouais déjà plus à la poupée, je crois même que ma petite culotte était déjà tombée quelques fois sur mes chevilles derrière l’église. Il se prénomme Guillaume, Max, Ben, Nicolas, Alexis, Thomas ou Aurélien. Il a 21, 24, 28 ans quand il laisse pousser sa barbe. Il écoute Sébastien Tellier, Les Strokes ou Housse de Racket. Il pourrait être mon fils si connement je m’étais faite engrosser par celui qui n’aimait que moi après deux Malibu Ananas. Il me dit que l’avenir lui fait peur et moi je pense très fort que j’aimerais juste en avoir un, d’avenir. Il me parle de ses exigences, de ses goûts,  de celle qu’il imagine être l’élue. Il me parle de ses amis aussi, de ces fêtes où ils vont, de ses filles trop faciles "surtout pas une comme celle-là". Il me dit ses projets, son envie d’indépendance ou de ses dépendances, de profiter de tout, vite. Il est comme ça mais aussi l’inverse. Il est grand, petit, blond, brun, jamais très gros, plutôt très mince.

Je l’écoute. En ne retenant la vie d’aucun. Il y en a bien un, le pire évidemment.

Hasard

24 août 2011

J’étais rouge, toute rouge.

Il faut du temps pour oublier, certains quelques secondes en effaçant mail et numéro, d’autres plusieurs mois un peu durs où l’on maigrit et l’on sort un peu trop. Il y a ceux qui vous hantent à vitae aeternam. Une musique, une odeur, une simple couleur et des centaines de sensations vous bouffent le cerveau, vous le rongent des nuits entières à se retourner dans tous les sens dans un lit désespérément froid. Lui, je ne sais pas. C’est comme s’il n’avait jamais existé et en cela j’ai cette sensation que je ne l’oublierai jamais. Comme quelque chose d’inachevé, pas terminé.

Il y a plus de 20 ans sa peau, son allure, son rire. Je l’ai croisé hier, par hasard, nous avons discuté peut-être une demi-heure, il faisait extrêmement chaud, je n’arrêtais pas de sourire, je voyais mes dents dans le reflet de ses nouvelles lunettes. Je n’écoutais pas vraiment ce qu’il me racontait, j’avais mille choses à lui dire et je ne disais que des stupidités. Je l’ai senti mal à l’aise et ça me donnait envie de me coller contre lui pour écouter le silence au petit matin, juste avant qu’il ne reparte comme si c’était hier.

Je crois que toutes les histoires ont une fin. La notre n’a duré que quelques mois, elle a mis une éternité à se terminer.

Hier j’ai rayé un nom sur un mûr. Pour de faux, le sien.

Je suis repartie rouge, toute rouge.

Aujourd’hui. Il suffirait d’un signe pour m’apaiser mais mon numéro n’a jamais été enregistré dans son téléphone.

Divagation annuelle

21 août 2011

Photographe April Léa

Je suis allongée et je sais où je suis, comme un miracle, je suis revenue vivante. Ou peut-être suis-je morte et je ne le sais pas. Je frissonne, c’est étrange. Je suis rentrée, il y a une heure et je suis déjà réveillée, je ne sais pas trop, mes yeux sont ouverts, j’entends des bruits de vie au rez-de-chaussée. Je veux récupérer mon portable au pied du lit,  je ne peux pas bouger mon bras ni le reste de mon corps. Je suis nue, la porte s’ouvre, une jeune fille rentre, la chambre est très lumineuse. Elle me parle comme si j’étais une enfant, elle passe de l’eau sur mes seins. Je me sens faible, les mûrs bougent autour. Une sonnerie stridente retentie, ma tête va exploser, je la remue violemment de gauche à droite comme possédée. Il fait maintenant sombre, silence total, une horloge est accrochée sur le mur d’en face. Je suis dans cette chambre, en réanimation comme il y a un an… Je suis seule, attachée au lit, je pleure.

Requiem for a reality

Tu la connais ?

18 août 2011

 

J’ai toujours tendance à reculer quand on vient vers moi. Ce que j’aime, c’est découvrir, observer, chasser ma proie … Peut-être parce que je ne suis pas très jolie que mon visage n’est pas à la hauteur de mon corps. J’ai toujours eu beaucoup plus de succès sur la plage qu’en boîte de nuit. Je me souviens que durant l’été 1984, un jeune homme de 23 ans était venu me parler sur la plage, je portais un maillot de bain une pièce avec un Mickey sérigraphié sur le devant. Le garçon me raconte qu’il attend sa petite amie, une fille canon qui doit arriver de Porto-Pollo avec le voilier de ses parents.

Il était beau, plutôt très mince, comme j’aime, châtain avec des reflets blonds, quelques pites de rousseur sur le visage et les épaules, son maillot de bain était rose, un Façonnable je crois. J’étais sous le charme, je ne disais pas grand chose. Il avait l’allure réservée et le style discret du garçon de bonne famille mais au fil de la discussion son langage tout en restant correct devenait de plus en plus tendancieux, il insinuait habilement que nous allions finir nus derrière les rochers ronds du bout de la plage d’Abbartello. Derrière mes wayfarer, mon jeune cerveau bourré d’hormones de la pré-pubère type n’a fait qu’un tour lorsqu’il pose une main sur ma cuisse, s’approche de mon cou, glisse son visage sous mes cheveux longs en chuchotant " Imagine-toi ce soir quand la plage ne sera éclairée que par les lumières de la paillotte, dans la première crique… imagine-toi que je vais te baiser avec ma langue " Je n’ai pas tressailli. Il a retiré sa main de ma cuisse et son souffle de mon oreille. Il me regarde sûr de lui et me demande " Au fait tu fais quoi ?" "Je suis en 4ème" "En 4ème année de quoi ?!" " En 4ème… J’ai 14 ans" … Malaise.

Il ne s’est évidemment rien passé avec moi au bout de la plage. Quelques années plus tard j’ai bien enfoncé la queue d’un grand brun dans ma bouche.

Nous avons deux enfants ensemble aujourd’hui.

 

Eté ImMortel

16 août 2011

Photo Thérèse + Joël Série Tessi & Antonio

Dans cette histoire, l’héroïne principale est une femme qui ne fait rien ou presque. Les décors sont beaux parfumés d’immortelles. Au coeur du maquis, les 20 premiers jours, la bourgeoisie locale est installée au bord de mer de part et d’autres d’une tour Génoise. Les maisons sont en pierres de taille d’un bleu gris élégant et les maillots de bain sans motif. J’ai adoré mon adolescence agitée au-dessus d’Erbalunga, j’y purge ma quadrature. Je me rebelle comme je peux, en ne portant jamais de maillot Eres.

Les journées sont calquées les unes aux autres, les enfants se lèvent sans bruit et sans se laver puis disparaissent jusqu’aux heures des repas que je ne cuisine pas. Mes vieilles tantes sont là. Alors, nous mangeons en appréciant chaque bouchés de ces plats en voie de disparition.

Chaque après-midi, je descends seule à la plage. Il y a 25 ans, j’y faisais l’amour avec le fils de, la nuit quand les bains nus n’étaient qu’une habitude comme une autre. Maintenant j’y vais vers 15h, croyant que ça changera l’inéluctable ride qui annonce le cadavre. Quelques joueurs de foot locaux exhibent leurs trophées de la nuit, je suis au centre d’une nuée de Kardashian et autres beautés replâtrées de fond de teint SP15. Alors, je tweete sur mon transat comme je pourrais lire un roman de Stieg Larsson ou reluquer le dernier Voici. Je m’occupe. Les jeunes hommes avec qui j’échange seraient parfaits si j’avais l’âge de ces filles aux dimensions chirurgicales.

Les 10 derniers jours, loin du fief familial. Dans le sud les plages sont plus belles alors j’y vais plus souvent, je ne m’occupe toujours pas de mes enfants que je ne vois que lorsqu’ils ont besoin d’argent pour s’acheter quelque chose. Le mari est là mais plus souvent dans l’eau à nager des heures pour perfectionner un corps que d’ autres apprécient sûrement à sa juste et belle valeur.

Bref, tout va bien. J’ai grossi.

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