Regarde-moi
14 février 2011
Nous étions tous les deux en deuxième année, notre immense carton à dessins sous le bras, nous avancions vers la grande salle du cours d’arts plastiques. J’étais très amoureuse de lui, il était le seul à ne pas le voir. Nous avons passé l’année comme ça, côte-à-côte, moi transie de désir et lui totalement impassible. La moitié de l’amphi rêvait de m’enfoncer quelque chose dans la bouche et ailleurs, comme la plupart des jeunes hommes de 20 ans qui mitraillent tout ce qui bouge avec au minimum des seins gonflés de jeunesse. Et lui non, j’étais à fond pour le seul mec asexué de l’école d’architecture. Alors je suis sortie avec Antoine, le soir lors d’une charrette comme prétexte puis avec Pierre-Paul, un soir en rentrant du "Passeport" après le shot de vodka de trop, je suis aussi sortie avec Isabelle. Mais le beau Christian, mon amoureux secret, il n’est sorti avec personne. Nous passions nos journées et parfois nos nuits à refaire le monde en regardant Chang gagner, le mûr de Berlin s’écrouler ou les Ceausescu se faire fusiller… Tout ça je l’ai vécu avec lui sur son vilain clic clac de la rue Fontange. Je ne pensais qu’à une chose "Pourquoi il ne me regarde pas ? Pourquoi il ne m’embrasse pas ?" Et puis je me suis fait une raison, j’ai oublié de penser à lui plaire, il est devenu mon frère, mon confident, ma meilleure copine.
Ce soir là, nous sommes rentrés ensemble après avoir fêter notre DEFA, trop saoule pour que je rentre seule dans mon quartier "chez les vieilles rombières" comme il disait. Il m’a prêté un de ses tee-shirts Oxbow très vieux et très moche, je ne me suis pas démaquillée. Pas le temps, la tête me tournait et je suis tombée à la renverse sur son nouveau matelas à même le sol, sur le couvre-lit qui sentait Katmandou. Pas le temps de discuter, nous nous sommes endormis comme deux petits chats, blottis l’un contre l’autre.
Il était peut-être 7h, la voisine a claqué la porte, j’ai ouvert les yeux, j’ai senti sa main caresser ma cuisse. J’ai écarté les jambes, le prétexte d’un mouvement puis refermé son pouce contre mon sexe. Je sentais son souffle dans mon cou. La machine était enclenchée, nos corps s’emboîtaient parfaitement, ils ne se sont plus décollés de la journée.
2 ans plus tard, nous nous sommes séparés. C’était la veille de la St Valentin, il m’a dit "je vais partir travailler sur Paris." Je ne l’ai plus jamais revu.





