Pigalle Express

29 avril 2010

Dès que j’te vois…

Miss Hua m’avait dit, tu verras tu ne le regretteras pas, ça va t’emflammer le moral

Je venais de passer 45 minutes au téléphone avec elle, à lui confier mes doutes et mon désir éteint. Plusieurs jours entre culpabilité  et énervement,  à me poser des questions sur une attitude qui n’aura jamais d’explication. Selon elle, il était temps que je passe à autre chose. Je me suis mise à pleurer sous la douche, l’eau cachait le son de mes pitoyables sanglots. Quand c’est bruyant, après ça va toujours mieux.

Elle m’avait donnée des envies de lâcher-prise, comme un passage obligé pour mieux apprécier la sereine réalité. Mais pas d’escapade possible puisque je n’avais pas de déplacement prévu. Et puis sans l’attendre, une convocation, une réunion, un alibi parfait, une arrivée en gare vers 9h, et une grande brune toute en jambes pour m’accueillir au bout du quai.

24h en semi-liberté avec une Miss Hua à la détermination contagieuse.

Quelques bises et compliments plus tard, côte à côte, assises dans un taxi, passé le temps de l’agréable surprise, nous nous scrutons : La robe, le jean, le sac, les chaussures, les bijoux, le maquillage, le vernis, autant de détails qui font un tout. Nos valeurs réduites à quelques artifices. Et j’imagine déjà son sexe joliment épilé.

Elle donne une adresse au chauffeur, le Paradis des provinciales pressées de se damner… J’en ai essayé une vingtaine, des talons de 12, 10, 8, en noir, rouge, chair… Titi, Anna, Pass Pass, Fernando, Banana et les fameuses Pigalle…  aucune ne m’allait, mon côté pouff ‘ en a pris un coup. En ressortant de la boutique, j’étais dépitée , elle m’a prise par la taille, en tapant ses petites fesses contre ma hanche, on s’en fiche, n’importe qui peut en porter… Oui je sais mais ... Tu sais les chaussures, c’est un peu comme les Hommes, on veut toutes celui qui ne nous convient pas, surtout s’il s’affiche avec beaucoup d’autres filles… Désirer ce que l’on ne peut avoir, avec avidité, c’est un peu notre leitmotiv à toutes, et je ne suis surtout pas différente.

Il faisait un temps magnifique, nous avions parcouru des dizaines de rues et finalement contente de ne pas porter de chaussures neuves.

Il était déjà tard, il ne nous restait plus qu’une petite heure pour nous préparer.

Nous avions un rendez-vous secret au restaurant de l’hôtel.

Une rencontre avec un Homme à la réputation mystérieuse… Attractive.

(humeur noctambule)#1

29 avril 2010

 

Maison Close

26 avril 2010

Elle m’avait dit, tu verras c’est une Maison bien tenue,  pour les grandes personnes.

Il doit être 1h02, la jeune amie blonde à la cuisse fusellée qui m’accompagne fume une dernière cigarette. Nous sommes garées dans une allée face à une bâtisse sombre, perdue au fin fond de la campagne aixoise. A chaque fois que la porte s’ouvre pour laisser passer de jeunes oiseaux de nuit, nous entendons les décibels annoncés pour un public averti. Nous sommes rieuses, correctement allumées et les yeux effrontément brillants. La soirée attendra encore quelques minutes.  Blondie sent bon le sexe, comme une autorisation. J’ose ma main sur sa cuisse nue. Elle me sourit. Elle prend un peu fort mon  poignet, et me guide en remontant, elle écarte ses cuisses, et fait glisser son cul vers le bord du siège. Elle ne parle plus, elle a les yeux fermés, sa peau est chaude, deux de mes doigts sont posés contre ses lèvres toute douces et humides. Elle tourne son visage vers moi, elle ouvre ses paupières, ses yeux bleus me fixent, elle ne sourit plus, je porte mes phalanges à ma bouche et je la goûte, sans baisser le regard. J’ai faim en vrai et d’elle encore plus. Je pose ma bouche contre la sienne, je la lèche comme si c’était son sexe au bout de ma langue. Je m’enivre de son odeur. Elle plonge ses mains sous mon débardeur et m’attire vers elle, je sors ses seins de son bustier, nos corps sont maintenant l’un contre l’autre, la chaleur de sa poitrine m’envahit. J’ai envie de ses doigts en moi, partout, devant, derrière et surtout bien profondément. Mon sexe coule. Un bruit, une violente lumière nous surprennent, le vigile de la soirée a braqué sa lampe sur nous. Je retourne brusquement sur le siège conducteur, elle me demande de rallumer le contact, elle ouvre la vitre. Notre folle nuit peut commencer.

Le soleil vient de se lever, nous sommes toutes les deux complétement déconnectées, silencieuses et très mal coiffées. Les chocolats au lait des 2G sont délicieux. Il est maintenant l’heure de se transformer en mères de famille respectables. Enormes lunettes noires indispensables.

Coup de soleil

26 avril 2010

Photographe Jimmy Backius

Je venais de fermer les volets des chambres, en respirant j’ai senti l’odeur de la nuit l’été.

Le week-end a été une succession de moments agréables, sans grand intérêt à moins que je n’aie un compte twitter. Alors je pourrais balancer à mes followers les clichés des chaussures de mes copines, les plats que j’ai mangé, le décolleté de l’une, les jambes d’une autre, une immense piscine, des tables pleine de verres d’alcool, de blackberry, d’ i-phone … Autant de preuves de mon importance sociale. Mais je n’ai pas de compte twitter. Je n’ai rien à poster pour amuser ou faire baver la galerie. J’ai une vie banale et un blog perdu au fin fond d’un monde dans lequel je n’ai pas de place, alors je me fais encore plus discrète et je regarde à travers le trou de la serrure. En vous enviant comme tous ceux qui vous suivent.

Allongée en maillot, sur un bain de soleil improvisé dans mon jardin, ma réflexion hier après-midi n’est pas allée bien loin, comme mes idées en général. Je n’ai d’avis tranché sur rien, je me fous royalement de presque tout. Je n’ai jamais voté, je ne crois en aucun dieu, je ne prends jamais parti, je ne vais plus au cinéma depuis 8 ans hormis pour voir des dessins animés, je ne regarde quasiment jamais la télé, j’écoute France Info dans les embouteillages, histoire de me tenir légèrement au courant de la misère mondiale, je lis la presse spécialisée dans mon activité mais c’est purement alimentaire. On ne peut pas dire que je sois une droguée, mes prises de substances illicites se comptent sur les doigts d’une main, il m’est arrivé un peu plus souvent de fumer de l’herbe, sur les doigts de deux mains . Je bois environ 4 verres d’alcool par semaine, au bout de 2 verres je commence à être saoule.

Je ne fume plus depuis presque 4 mois, j’ai arrêté de faire du sport régulièrement il y a 3 ans, je ne baise plus depuis 15 jours.

Me suivre sur Twitter serait vraiment sans intérêt.

(humeur du jour)#1

26 avril 2010

 

Manque éternel

23 avril 2010

La porte d’entrée vient de claquer, nous sommes toutes les trois en chemise de nuit dans le couloir qui donne aux chambres.

Si petites et si frêles que nous rentrons dans la largeur de l’embrasure, nous pleurons. Mes souvenirs sur ce sentiment d’abandon ne commencent que vers l’âge de 6 ans, avant je ne me souviens plus. Notre vie de famille est normale mais nous ne vivons pas avec nos parents, ils venaient nous voir un peu à l’improviste, ils restaient quelques jours. Parfois il n’y avait que notre mère et c’était bien là le principal. Elle était toujours parfaite, elle ne s’énervait jamais et sentait Shalimar comme toute les mamans. Avant qu’elle ne reparte, je parfumais mon coussin. Le soir je m’endormais en imaginant les moments précieux, Ensemble.

Ce sentiment intense et douloureux de se sentir abandonnée, j’ai grandi avec. Je le gère à ma façon, toujours violemment les premières heures, puis les jours, les semaines, les mois, les années passent. Le temps efface le manque, la douleur. Le quotidien reprend toujours le dessus.

Il arrive toujours un jour, où je n’y pense plus. Même à eux. Même s’ils me manquent terriblement.

Ce matin, je me suis levée sans checker mes mails, flux, tweets. J’ai tiré les rideaux, il pleuvait. Je me suis retournée vers lui et il m’a demandée si j’allais travailler. J’ai souri, j’étais bien.

Nous avons passé notre journée ensemble. Comme nous le faisions avant.

Je crois que nous ne finirons pas notre vie côte à côte. Ce n’est pas bien grave finalement, le principal nous le vivons Ensemble.

gOOd

22 avril 2010

Photographe Lauren Dukoff

 

Tout à commencer sur un coup de fil, et j’ai fini plus tôt à commander une bière japonaise avec ma Blonde démoniaque en contre-jour. J’aime bien son whaouh quand elle me voit débarquer mal coiffée, ça me met tout de suite en condition. Et puis nos téléphones se mettent à vibrer. On migre vers le Crystal, il est 20h, mon meilleur ami, sa J&J femme nous attendent, tournée de cocktails aux noms importables. Arrivent les prévues et les imprévus, il est un peu plus de 21h et la table réservée pour 3 et finalement dressée pour 9. Le reste, des discussions interminables rendues inaudibles par les rires d’une bande d’amis survoltés. J’ai passé 4 heures dans les années 90. Je crois que nous aurons toujours des 20 ans alcoolisés.

La photo au-dessus n’a rien à voir avec mon post mais j’ai eu un petit béguin ce matin. Devendra avec les cheveux courts et ce perf Rodarte, c’est juste un sourire Blissful dès 8h, le cerveau toujours imbibé. C’est juste sans commentaire.

Je suis une silencieuse positive. Comprends qui peut.

Les mâles à chimères

21 avril 2010

Tu me demandais hier, mon avis sur le bonheur

Cette nuit, je suis partie.

C’était le bonheur, un bonheur intense qui ne dura que quelques jours. 10 jours.  Ce n’était même pas une question d’Amour, juste une folle envie.

Imagine un Road Trip, deux hommes, une femme dans le désert. Des étendues à perte de vue. Sans savoir où l’on va, sans savoir où l’on est, sans horaire et sans contrainte. Toute la journée sur les routes sans fin, les cheveux au vent et l’infini comme destination, plus de téléphone, plus d’ordi, plus de télé, plus de carrière, plus de compte à rendre, plus de famille, plus d’argent à gagner, plus rien que nos corps alanguis sur de moches couvre lits de Motel sans étoile.

A faire l’amour et immortaliser l’instant.

Je me suis réveillée en sursaut. J’ai refermé doucement la malle à chimères sans le réveiller, j’avais envie de l’embrasser mais je crois qu’il n’aurait pas compris, on ne peut pas aimer l’un en rêvant ça. Je suis descendue sur la pointe des pieds vivre ma jolie petite vie en priant de ne jamais regretter de n’avoir goûter au MayFly. 

Thymie versatile

20 avril 2010

"Adressez-vous aux passions qu’aux vertus quand vous voudrez persuader une femme."

Le Marquis de Sade – La Philosophie dans le boudoir

 

Ce soir, je me sens bien, mieux.

J’ai réactivé mon rubicon de transition, quelques prettythings, un milligramme d’attention et je souris béatement. Je suis faible. Je suis très conne aussi mais elle m’aide à encaisser les mauvais coups, ma connerie. J’ai le cerveau plein d’ammoniaque comme il dit. Ce n’est pas bien grave si ça me rend un peu heureuse entre deux coup de blues.

La chose sexuelle qui avait déserté, recommence à tapoter. Aujourd’hui, j’ai souris le matin tôt, à midi aussi, en rentrant, j’étais toute seule dans ma voiture à chaque fois. J’ai même ri et ça m’a fait du bien un peu d’humour testostéroné.

Bientôt demain soir, vite que je puisse raconter tout ça sans objectivité aucune.

Je trouve que c’est bien plus drôle le parti pris devant un Daiquiri.

Il est l’heure

20 avril 2010

Photographe Natacha Merritt

Il y a une femme banale dans cette maison silencieuse, comme si un mauvais coup se préparait.

Je reste une heure, assise, prostrée devant un magazine que je ne feuillette pas. J’hésite avant de dégoupiller la grenade, de la jeter lâchement ou de me faire sauter avec. Je réfléchis aux conséquences, je rewinde les raisons, je cherche une sortie, une porte, une fenêtre, un trou de souris. Les enfants se font discrets, je crois qu’ils ont compris, la détresse, la peur, le doute… Il va falloir prendre une décision, sortir la tête de l’eau, arrêter de s’enfermer dans sa chambre, dans son monde. Affronter la réalité, affronter les regards, les jugements, dire, prendre une vraie place. Etre raccord entre ce que je veux paraître et être.

Prendre ma place.

Je me sentais pourtant si faible hier, je cuisinais, les larmes coulaient dans le lait de coco, j’avais juste envie d’une petite goutte de réconfort.  Et puis en simultané, le téléphone à sonner, et j’ai entendu la clef tourner dans la serrure. Trop tard.

Et même si la vie de famille n’est pas qu’une partie de plaisirs, rien ne présageait vraiment cette accélération. C’est vrai il y a des symptômes, des choses qui gratouillent avant l’été, l’envie de sortir, les apéros, les amis célibataires ou fraîchement divorcés qui donnent le tourni et puis ce mini clash du week-end dernier, ma fausse fugue. C’est jeudi soir que le verre a débordé, cette soirée qui s’annonçait légère et qui le fût, pour moi seulement. Cet hangard, ces centaines de personnes euphoriques, ces grandes tables, cette odeur d’été, nos amis, une quinzaine et lui qui me foudroyait de son dégoût, de sa colère. A chacun de mes passages, je sentais son regard affligé par mon comportement immature et provocateur. Je lui dis souvent que je m’en tape de ce que les autres pensent de moi, de notre couple. Que nos vrais amis regardent au delà des apparences auxquelles les cons s’arrêtent. Mais c’est vrai qu’une fois les effets euphorisants de l’alcool, de la fête sont passés, je me sens juste nulle. Dans le lit le lendemain, ma tête dans un éteau. Et Lui qui me dit qu’il veut qu’on vende la maison, qu’on se sépare et tout le reste. Et moi, déflagrée. De toute façon que veux-tu que je fasse ? J’ai un corps de salope, tu m’as aimée comme ça, tu m’as choisi comme ça, assume putain ! Oui je sais c’est trop facile, c’est toujours toi qui doit faire l’Adulte.

Les jours qui ont suivi, se sont passés en pente douce, à la plage, chacun de son côté, un début d’alternance, une garde partagée pour faire tomber la pression. Samedi soir, je m’imagine en mai à New York, Istambul ou Marrakech pour fêter mes 40 ans, j’y suis et j’y crois, je ne pense qu’à ça, je discute avec nos amis, je projète, j’oublie le reste, les disputes, les soucis. Et puis ils s’en vont. Et Lui ne comprend plus rien. Il me parle séparation et moi je projète toujours.

Finalement j’ai décidé toute seule, je continuerai à écrire ici même si des yeux indiscrets me lisent. Je balancerai des bribes de mon intimité, mes pulsions et mes émotions parce que ça me fait du bien même si c’est risqué. Je poursuis l’exhibition de mes états d’âme n’en déplaisent à certains qui peuvent aller lire ailleurs où je n’y suis pas. Les photos de mon cul resteront en off, je ne cède que sur ça parce que, et même si j’en rêve, je ne serai jamais une Natacha Merritt ou une Cindy Sherman, j’admire ces femmes qui assument, j’admire leur travail.

Moi, je reste dans la catégorie zéro, la partie immergée, la catégorie complexée et frustrée.

Photographe Cindy Sherman

Trieb

14 avril 2010

«L’homme a un instinct sadique, et la femme un instinct masochiste, lesquels sont inconscients, donc incontrôlables.»
Sigmund Freud – Sexualité et psychologie de l’amour

Aujourd’hui une journée difficile et interminable.

Tout d’abord, ce matin, cette réunion pro sur un sujet auquel j’étais totalement insensible il y a quelques semaines. Et puis les choses de la vie font q’un jour l’handicap, le pas commun, ce qui n’arrive qu’aux autres vous concerne et votre regard change. Bref cette réunion n’a pas arrangé mon état morose depuis quelques jours. Je déjeune au soleil avec le groupe, les discussions restent très sérieuses, je rêve devant ma panacotta fraise. Il est déjà 14h30, la Bella Vita pour certain, le néon déprimant pour moi, j’écris le post du jour pour évacuer un peu, penser à autre chose, c’est encore pire, je ressasse, je suis en boucle sur mes idées noires, ce côté  masochiste commence à me fatiguer.

Et puis ce premier mail d’un lecteur, ou cette remarque d’une lectrice et encore cet échange avec une autre, je lis et je réalise. Ces autoportraits, ces parcours solipsistes ne sont pas une bonne chose au final. Je dévoile beaucoup trop, raconter la pourriture qu’il y a au fin fond de mon cerveau est déjà suffisant pas besoin d’en rajouter avec de minables photos, je suis suffisamment pathétique et vulgaire.

J’ai tout supprimé. Je me suis tirée une balle dans le pied. Ce blog va devenir imbitable dans tous les sens du terme, évidemment.

Cage

14 avril 2010

Designer Pierre Gonalons

Une dispute de plus, une insomnie de plus. Et en parallèle ce n’est pas plus brillant.

Je rate tout, je détruis tout même le bonheur en or massif, rien ne me satisfait. Ni la stabilité et l’amour d’un homme quasi parfait, ni les virgules d’or blanc. Je m’enferme toute seule à double tour dans mes diktats, je rajoute des barreaux à une existence dorée qui me permet de faire ce que je veux ou presque. J’ai autour de moi des hommes compréhensifs, intelligents, aux multiples qualités et je n’ai qu’une chose en tête leur demander l’impossible et finir par les énerver, pire les décourager.

Lundi, une demi-heure dans les embouteillages, une voix familière m’accompagne et me raconte sa nouvelle vie. Je suis heureuse pour Lui, pourtant des larmes coulent le long de mes joues, des larmes de bonheur silencieuses. Je suis rentrée chez moi avec le cafard, comme un animal sauvage obligé de rentrer dans une cage. J’ai passé la soirée à en vouloir à la terre entière.

Hier soir, après une après-midi ensoleillée idéale, j’ai déconné sur toute la ligne, j’ai relancé le sujet séparation, il m’écoutait à moitié, plus obnubilé par les huluberlus de Good Morning England que par mes états d’âme. Et pour le carton plein, j’ai envoyé une série de sms inutile, histoire de m’enfoncer un peu plus et refermer la jolie parenthèse.

Cela fait 5 ans que je suis complétement incohérente, je fais n’importe quoi. A force de tout vouloir, je vais tout perdre même le crémier.

Patricia Arquette – True Romance 1993

Samedi, il faisait un temps magnifique, nous nous étions activés toute la matinée, ramasser, étendre, ranger le linge, préparer les petits, les devoirs avec papa pour le fils, le marché avec maman pour la fille… Les Ingalls en parfaite harmonie. Et badaboum ! En 2 secondes, une minuscule réflexion, les enfants qui jouent leur rôle d’enfants, la moutarde qui commence à piquer, le stress de la semaine qui n’est pas bien loin. Et Paf ! ça éclate. Je m’emporte, il s’énerve, on s’en prend l’un à l’autre. Résultat, il me laisse en plan, ils partent à la plage sans moi.

Je suis toute seule dans le salon, je pleurniche, j’ai 14 ans, je porte un jean déchiré et je décide de fuguer.

Je me retrouve à la terrasse d’un café, je mail, je sms, j’appelle… Les autres ont une vie, il fait beau il baise avec sa nouvelle petite copine à la campagne ou elle déjeune au bord de la mer en famille. Moi je décide d’aller chez le coiffeur après avoir acheté des choses que je ne porterai jamais. Je dépense pour oublier. Je reçois un sms d’un fantôme amuseur de cons. Je suis surprise et je ne sais pas quoi lui répondre, alors je me mens. J’aimerais juste que Clarence soit là et qu’il enfonce son envie dans la bouche d’Alabama. Qu’ils filent tous les deux loin très loin dans leur décapotable rouge pour vivre de baises et d’aventures.

Il est 18h45, j’ai acheté une bouteille de rosé d’une nuit à la part des Anges. Mon couple d’échangistes préférés m’a invitée pour l’apéro. Je file à l’autre bout de la ville, admirée une Divine Idylle.

Je rentre vers 23h30, il est allongé sur le canapé, il ne m’attend pas, il ne sourit pas.

Mais qu’est ce que tu as encore fait à tes cheveux ? T’es givrée ma pauvre fille !

Je suis montée me coucher, avec ma tentative de fugue en bandoulière comme quand je venais de me faire engueuler par mon père en rentrant à l’aube alors que j’avais promis que je ne reviendrais plus.

Clarence n’existe pas et je ne suis pas Alabama. Je ne suis qu’une femme raisonnable mal coiffée.

Péché véniel

9 avril 2010

 Photographe Cedric Bihr

Je rentre d’un déjeuner au soleil, au bord d’une piscine, au Set Squash pour être précise. Ceux qui vivent ici comprendront comme j’y étais bien et comme je n’ai pas du tout envie de travailler, d’ailleurs je me débrouille toujours pour tailler le vendredi après-midi. Mais aujourd’hui, impossible d’y échapper. Alors je fais semblant.

Hier soir, le début de soirée fut correct, mon dîner fut apprécié, les enfants couchés tôt et le mari bien sage sur le canapé d’en face, il levait de temps en temps les yeux au plafond dès que je ricanais en regardant Gabrielle Solis ou une autre Desperate en live total. Il regarde cette série avec moi mais je crois qu’il n’apprécie que moyennement, comme moi le foot en sens inverse. La vie de famille/couple est un amas de concessions, des compromis même au lit. Il fait semblant comme quand je lui demande si ma nouvelle robe bustier motif liberty me va bien et mon vernis assorti. Bref, cela fait longtemps qu’il m’a sodomisée pour la première fois. Et même si j’ai reculé l’échéance au maximum, non par manque d’envie mais juste parce que je savais qu’il deviendrait soudainement moins attentif, charmant… J’ai cédé, un soir d’ivresse, en 2000 je crois.

Vers 23h, je suis montée me coucher avant lui, comme toutes les femmes. J’ai pleuré une bonne heure dans le noir sans pouvoir m’arrêter ni m’expliquer la véritable raison, comme toutes les femmes. Un truc hormonal sans doute, comme mon envie de threesome.

Ce matin pendant que je finissais de me maquiller, penchée devant la glace de la salle de bain, il s’est placé derrière moi et il m’a fait des compliments sur, dans l’ordre, ma tenue, ma coiffure, mes gros seins en les palpant. C’est tellement rare que je me suis demandée ce qu’il pouvait bien avoir, sûrement quelque chose à me pardonner. Il n’a rien dit sur mes paupières gonflées anormalement. Il a compris que je n’allais pas très bien. C’est dans ces moments que je réalise pourquoi je lui ai fait deux enfants à Lui et pas à un autre.

J’ai honte d’être ce que je suis, de mon attitude. Personne ne sait pourquoi, personne ne sait quel être abjecte je peux être. Lui, il le sait.

Je n’accepterais pas un tiers de ce qu’il supporte.

Lui, il ira direct au Paradis. Et moi, je grillerai en Enfer, comme toutes les femmes et certains hommes.

Outlaw

8 avril 2010

Bonnie and Clyde – Arthur Penn 1967

Hier soir 21h devant un comptoir en zinc, une chanteuse en fourreau noir sur peau caramel entonne un air de Gainsbourg.

Confidences, souvenirs, je viens de dîner avec ma jeune soeur, nous trinquons à quelques bonnes nouvelles qu’elle vient de m’annoncer. Le Café Populaire est plein, beaucoup de têtes familières, des sourires complices, des compliments désintéressés, des verres offerts, des connaissances nous saluent, demandent comment va la Famille, la vie. Une soirée tamisée, ni larmes, ni éclats de rire, on aborde quelques sujets délicats, on cherche des solutions à de petits problèmes. Selon Elle, cet espace, ce blog n’a aucun intérêt, mes mots devraient s’étaler ailleurs. J’ai un devoir de mémoire, j’ai une histoire à raconter, une histoire un peu particulière. Une histoire vraie. Il est déjà minuit je la ramène.

Dix minutes plus tard, je retourne finir mon Bellini et d’autres discussions s’entament moins sérieuses et pas sans conséquences. Les hommes sont toujours charmants quand ils n’ont pas encore enfoncé leur queue dans votre cul ou qu’ils pensent que ça pourrait arriver. Après c’est une autre histoire … qui s’arrêtera aussi.

Je rentre à une heure raisonnable et encore justifiable pour un soir de semaine dans une grande ville. Je me démaquille en pensant au voeu de ma soeur. Je ne sais pas si je serai prête un jour, prête à remuer ce passé. Beaucoup de chagrin pour que l’extraordinaire se passe ou plus simplement vive. Des destins croisés, des actes manqués, des drames évités de justesse. Un Monde à la fois détestable et envoûtant. Le Monde des Seigneurs.

Ils sont morts aujourd’hui. Peut-être qu’il est temps ? La question, je ne vous la pose pas, je me la répète.

3 heures du mat j’ai… Une insomnie. Mais pas pour cette raison sérieuse. Un chat miaulait au loin mais pas pour moi, plus pour moi. Je le sais, je le sens. Et ça me fait bizarre. J’ai tort de me prendre la tête pour si peu. Mon amour propre est encore trop susceptible même si j’ai bientôt l’âge de déraison.

Ici, pour l’instant, ça me fait juste du bien de l’écrire, de le réfléchir. je n’ai pas nécessairement envie que ça change un comportement qui a ses raisons.

Pierrot le fou – Photographe Raoul Coutard

J’ai cette chanson de Mike Brant dans la tête, oui tu sais, Laisse-moi t’aimer… C’est ringard, je te l’accorde. Mais impossible de la faire dégager.

Il est où cet Amour un peu fou ? Cette idylle que je me dessine dans la tête. Cet homme différent pas vraiment rassurant. Pourquoi ne vient-il pas m’enlever ?! Il est tellement parfait celui avec qui je vis si au moins je pouvais lui reprocher quelque chose, je pourrais m’échapper l’esprit tranquille et puis… Il y a les enfants. On n’abandonne pas ses enfants pour partir au bout du monde avec un Autre, ça ne se fait pas, c’est mal, même en pensée c’est immoral. Ma mère l’a fait, Elle, mais c’était avec notre père, alors ce n’est pas pareil, me dit ma soeur.

Alors en attendant d’être une vraie saleté d’héroïne romantique. Je prolonge ce délicieux cauchemar dans cette vie si fade, je déjeune, je dîne, je m’amuse l’air de rien avec l’Inconnu. L’adrénaline monte, le stress, l’appréhension, j’adore cette sensation. Celle, juste avant la rencontre où rien n’est défini, où tout est possible. C’est toujours grisant. Et puis il y a la découverte de l’autre, les 5 premières secondes, ce face à face et puis le temps de la "parade"…  Ce que je n’aime pas, c’est quand la descente s’amorce quand l’autre n’est plus dans le rythme, dans l’attente ou le don. Quand l’autre est déjà ailleurs, c’est moins marrant de rêver toute seule. Le meilleur a toujours une fin, il suffit de s’y préparer. Ne pas insister.

Je ne suis pas en vacances. Je ne fais que rêver sous le ciel gris. Innocemment, avant d’être à nouveau coupable. Ce soir, un dîner, une occasion de se brûler le bout de la langue sur un met trop chaud. Un placebo.

Réaliste banalité

4 avril 2010

Photographe Lauren Dukoff

La belle famille est partie, j’ai tout rangé et je me suis écroulée sur le canapé.

C’est l’heure du goûter, je me suis réveillée, il y a 5mn, je suis dans le coltard, j’entends les enfants s’épuiser, un cri strident toutes les 5 mn, le grand frère qui ne supporte pas de se faire battre par sa petite soeur, la wii, ça finit toujours en pugilat.

Moi j’ai faim, je sors le gorgonzola mascarpone, un morceau de pain qui traînait sur la table, je me fais des tartines en finissant la bouteille de Château Simone, toute seule, les yeux rivés vers le ciel changeant d’un dimanche sans fête. Et je me mets à laisser divaguer mes pensées, c’est mon hobby. J’aime bien avant, la nostalgie me va bien. Parfois je projette, j’imagine un futur avec un autre, une autre vie et puis ça se trouble toujours, comme si je ne pouvais vivre qu’avec un seul homme en pensant aux autres. Je me persuade au présent, je me répète cette phrase comme une prière. Cet autre n’est pas pour moi, il n’est pas pour moi, il n’est pas pour moi… Il n’y a pas d’avenir.

Il doit être 18h30, je ne sais plus, je ressens cette légère vibration dans ma poche… Un sourire perfide illumine mon visage, en profiter en attendant les regrets ou mieux, les remords. 

(Bascule) #2

2 avril 2010

Photographe Cederic Berh 

Je faisais 48kg toute mouillée, j’allais fêter mes 22 ans.

Ce soir là, en revenant du restaurant avec notre bande de copains, nous avions longé le bord de mer, la Pointe Rouge, la Grotte Rolland, la Madrague de Montredon… Nous avions prolongé jusqu’au petit terre-plein face à l’île de Maïre, entre les Goudes et la Baie des Singes. J’étais toute excitée.

Il a arrêté le moteur, l’Amour de ma vie, il m’a regardée et il s’est mis à pleurer et moi je me demandais ce qu’il pouvait bien lui arriver, à mille lieux de réaliser . 

"J‘aimerais te mettre dans une petite boîte et te ressortir dans quelques années… Tu sais bien que je t’aime mais tu comprends… On ne peut pas rester ensemble, nous sommes trop jeunes… Il faut qu’on profite, qu’on fasse notre expérience… " Il avait raison évidemment mais ça je ne le savais pas encore.

Nous sommes peut-être restés deux heures à nous regarder chialer, puis il a redémarré, un parcours silencieux interminable, il m’a déposée chez mes parents, j’ai claqué la porte de sa Renault 5 toute cabossée, toujours sans dire un mot, même pas un au revoir, rien, je n’ai plus parlé pendant 3 jours, je suis restée cloîtrée dans ma chambre sans manger, ni dormir. Je ne ressemblais plus à rien, je n’étais plus rien. Un fantôme et son boulet de chagrin d’amour.

Mon père est rentré de sa semaine à Paris, il savait ce qu’il allait m’arriver, l’Amour de ma vie était venu le voir à son quartier général, la brasserie le Skating, et lui avait annoncé son intention de me quitter. Bien des années plus tard, l’Amour de ma vie m’avouera qu’ils avaient fait ensemble 3 fois le tour du Parc Borely à pied et qu’il avait eu un stress terrible. Persuadé qu’il allait finir les pieds coulés dans le béton bouffé par les Gobis.

Mon père est rentré dans ma chambre, il a posé un sac de l’Eclaireur sur mon lit, j’ai ouvert son cadeau, des Tod’s en cuir rouge, c’était il y a 17 ans et à l’époque j’avais trouvé ces mocassins très laids, je n’avais rien dit pour ne pas lui faire de la peine mais je crois qu’il aurait juste pensé que je n’y comprenais rien en chaussures.

Il a balayé la mèche que j’ai toujours sur le visage quand je suis mal. Il m’a juste dit   "Tu ne le sais pas encore, mais il t’a rendu service en te quittant… Quand tu seras heureuse dans les bras du prochain, on en reparlera …".

Depuis, cette phrase est gravée dans ma tête et s’est avérée des plus juste de nombreuses fois. Je n’oublie jamais de ressortir cette petite anecdote quand j’ai en face de moi cette jeune fille complètement anéantie que j’ai été moi aussi.

Rêverie du jeudi

1 avril 2010

CRYING DOESN’T SOLVE ANYTHING

Aujourd’hui, réunion dépassement budgétaire, ce matin j’ai passé un mauvais quart d’heure.

Cette journée va être interminable, il est 10h46 et j’en ai déjà marre. Le contôleur de gestion vient de sortir de mon bureau, une bonne prise de tête de bon matin, un recadrage en règle de la vilaine dépensière que je suis.

Et moi, je n’ai écouté qu’à moitié. J’ai le cerveau à la plage… Il faut faire attention aux cahiers des charges, les fesses pleine de sable… Tu valides les devis trop vite, je suis bien… Tu es une inconsciente, il fait chaud… Tu as oublié la TVA ! Les enfants n’ont plus besoin de bouée… Faut te le répéter combien de fois ? C’est cool ils savent nager…  Tes indicateurs sont inexploitables, le mari sirote des cocktails scotché au comptoir de la blonde peroxydée bien gaulée… 30 000 € pour les buffets mais tu es folle ! Et moi je ne fais rien… Je bronze et le prof de voile me passe de l’indice 30 sur les fesses.

J’ai besoin de vacances.

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