Je suis Mon Monde
31 mars 2010
Photographe Larry Clark
Entre nous, je n’ai pas grand chose à vous dire aujourd’hui, rien de joyeux, d’excitant, ma vie est égale à elle même. Elle commence tôt et tout de suite c’est rapide, intense, une vie de mère de famille ordinaire peut-être un tout petit peu plus rock que sa voisine, mon coiffeur est déjanté et mes talons sont très hauts sinon pour le reste mes enfants me rendent folles, mon mari ne fait jamais le lit et mon rimmel coule toujours au moins une fois dans la journée. Parfois je file mes collants et c’est un événement exceptionnel. Après je me retrouve à travailler, comme une automate, faire ceci, faire cela, sourire, téléphoner à ce con, payer à bouffer à cette conne, sourire, écrire, relire, demander un budget, demander une autorisation, servir un café, se faire mater les fesses, sourire. Attendre une vibration, attendre le moment où je pourrais lui chuchoter que j’ai envie de lui, de sa langue, attendre un signe, un miaulement, attendre, attendre, attendre… Et le soir, toute seule dans mon lit, je m’imagine cette scène de Ken Park où Shawn fait un cunni a la mère de sa petite amie, une image très excitante, comme beaucoup dans ce film qui me hante.
Sinon à part ça j’ai lu fifille, hier soir. J’ai eu envie d’un bon chagrin d’amour à l’adolescente, celui qui fait bien mal. Un peu comme aujourd’hui au fin fond de mon cerveau, bien caché tout au fond.
Les amoureux de l’éphémère
30 mars 2010
Les collectionneurs n’ont pas de sexe, ils les veulent tous.
Ce ne sont pas des chasseurs, leur apparence est souvent inoffensive, des hommes et des femmes aux regards tendres, presque enfantins. La confiance transpire de tous leurs pores, ce sont des trous béants de solitude et d’amour, ils vous veulent, vous attirent, vous aiment, vous cajolent, vous touchent. Ils sont présents presque envahissants.
Ce sont des hypersensibles noirs et désabusés, tristes et seuls. Dès qu’une once de sentiment réciproque apparait, dés qu’on tente de les aimer, ils fuient. Avec eux pas de regrets, pas de pleurs inutiles. Ce ne sont que de beaux passages, des hommes et des femmes intenses qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, un bel amour à durée limitée. Avoir été entre leurs griffes est une expérience rare, un graal. Ils ne sont pas des hommes et des femmes faciles. Parfois même inaccessibles. Ils ne veulent pas te blesser, te faire du mal, ils t’ont aimé fort, crois moi.
Ils sont des moments inoubliables à vivre, des adultes terribles, des amoureux sans compromis.
Aujourd’hui, je ne suis pas triste. De mots tendres en messages codés. Ton silence, j’ai décidé de cesser de l’interpréter. J’ai monté un mur plus haut que mon envie, un mur pour me protéger.
Le plaisir de perdre
30 mars 2010
Tu voulais rire et plaire, t’enivrer d’horizons irradiés
D’une blanche lumière et d’odeurs encensées
Tu n’avais rien à perdre, les nuits passaient
A t’envoyer en l’air sous des cieux délavés
Ces aubes matins blêmes, froids et piquants, comme tu les aimais
Ces rencontres éphémères dans les bars enfumés
Pour le plaisir de perdre, les jours passaient
A regarder ailleurs sous les cieux délavés
La tête en l’air et les yeux fermés
Seul dans la foule, si bien seul à n’entendre rien
Répertorié abonné absent (lorsque le soir enfin descend)
Se balancer du passé, du présent (du contrepied, des contretemps)
A quoi sert de tenter sa chance
Au fond ça n’a aucune importance.
Etienne Daho (1988)
Envolée
29 mars 2010
Photographe William Claxton
Il arrive par hasard, l’Homme Terrible, une sortie de virage, un tournant dangereux. J’ai envie de lui à la seconde, tout devient clair comme la couleur de ses yeux. Le regard fixe sur moi, la machine démarre, le corps en chauffe, en feu. Commencer par être troublée, craquer l’allumette, un coup sur la tête, donner sans réfléchir, maladroitement, du confus, du superficiel, des bribes et puis d’une mise en confiance en adroites caresses, écarter les cuisses, se retrouver l’âme coeur dépecée. Tout ouvrir, portes, fenêtres et même petites cachettes. Tiroir à secrets, sexe épilé. Les lèvres posées sur une langue de chat, savourer les baisers, écarter la pudeur. Le corps sans défense, l’armure à terre, cette furieuse envie de rouler tout droit, une ultime accélération et sauter. La femme libérée, une envolée, une Thelma sans Louise.
Revenons à la réalité
26 mars 2010
La réalité est loin du threesome, ce fantasme poussiéreux qui demande bien plus d’insouciance et d’envie que je peux en avoir.
La réalité est anodine, elle déjeune avec une amie, nous discutons, elle me dit devant notre noisette journalière, la vie n’a pas besoin d’être parfaite juste d’être vécue. Elle m’angoisse cette phrase.
Quand j’étais jeune, au sommet d’une tour, je collais mon front à la baie vitrée, je regardais les lumières de la grande ville, je me demandais si l’homme de ma vie existait, s’il était là comme moi devant l’immensité de l’avenir quand on a 14 ans. Hier soir, j’étais assise dans mon lit, je lisais Moins que zéro et puis je me suis mise à penser à l’Homme Chat. Où était-il ? Que faisait-il ? Avec qui ? Pensait-il à moi ? … Mon téléphone a vibré, j’ai lu et j’ai souri comme si je venais de gagner le concours de Miss Ananas 84, l’événement incontournable quand on passe son été à Erbalunga.
J’ai posé mon bouquin, j’ai éteint la lumière, je fixais le lustre au dessus de moi, j’ai eu des frissons, j’ai remonté la couette sur mes épaules. En ce moment, je dors nue pour l’étonner un peu, sortir de la routine d’une nuisette petit bateau. Des pensées étranges trottinées dans ma tête, je me demandais quand sommes-nous vrais ? Dans l’intimité ou en société ? J’ai l’impression que mon visage, ma gestuelle ne sont qu’en représentation que la vraie moi est sous mes vêtements que seul mon corps est sincère, animal, authentique. Et pourtant j’ai ce putain de syndrome bizarre, oui, je suis bien consciente que mon comportement n’est pas normal. Pour faire bref, mon corps a toujours été bien plus avantagé que mon visage, non pas que je sois laide mais on dira que jai toujours été plus bonne. Sucer ne m’a jamais mis mal à l’aise, je peux faire ça en plein soleil, regarder l’autre en m’appliquant sans penser à mes imperfections faciales. Comment expliquer que je préfère baiser under control, sous une lumière tamisée, que je me couvre si je dois me lever et que j’ai ce réflexe de cacher mes seins et mon sexe qui n’ont rien de disgracieux.
Il faudrait que j’aille voir un psy, un de ces 4.
Je veux
24 mars 2010
Thomas Ruff (Merci à ma Petite Salope)
Ce matin, il est 7h15, toute seule dans mon lit, j’imagine.
Je me souviens, quelques semaines plus tôt, Paris, ce très bel hôtel, au porche majestueux.
Je me souviens, ce qu’il aurait pu arriver.
Nous sommes assis tous les trois, moi au centre. Je porte une robe courte en soie noire, des bas noirs, des bottes en cuir très hautes, un gilet sur les épaules, mes bras sont nus. Je leur parle doucement, je crois qu’ils ne m’écoutent pas. Il est 23h, verre après verre, il n’y a plus de doute, ils me veulent, j’ai très envie d’eux.
Je me souviens que tout a basculé très vite en fait. Il y avait eu du teasing, des chuchotements, des regards. Une envie et une appréhension mêlées. Moi d’un côté, allongée, presque nue sur l’immense lit, le sillon de mes fesses qui attend une queue dure. Ou une main qui vienne claquer ma croupe. Je me cambre, je m’offre à l’Homme Chat arrogant et sûr de lui. Je lui donne ma pucelle indécence et mes envies. Je sens sa poigne gifler ma chair et je tends encore plus mon cul. Lui obéir pour retrouver le goût de la nouveauté et de l’interdit. Sortir de ma vie pour retrouver l’intense. Etre sa fragance qui colle à la peau. Avaler la queue de l’Autre, l’Inconnu, la sucer, la lécher. Leur laisser toutes les audaces et ne plus rien calculer. Me faire prendre, défoncer, investir et envahir. Me donner sans réfléchir. Accueillir partout leur sexe qui me fouille, me fend et me déchire. Leur dire que ce sont de beaux salauds mais qu’ils n’arrêtent surtout pas.
Je me souviens, de longues minutes de silence, tous les trois nus parfaitement emboîtés, et leurs lèvres ont aspiré mon corps à nouveau, souffle court. L’Homme Chat glisse une main pour caresser mes seins. J’ai senti sa chaleur envahir tout mon corps. L’Inconnu s’est faufilé sous le drap fin, il a écarté mes cuisses et enfoncé sa langue. J’étais possédée par mon désir, esclave de mes pulsions. Unions et désunions se sont succédées dans une harmonie parfaite. Nous n’étions qu’un.
Mes plaisirs solitaires sont épuisants. Moi aussi je veux ma parenthèse enchantée.
J’habite à Walnut Grove
21 mars 2010
Il y a peu d’intérêt à venir me lire, pas de récit de nuit torride dans un hôtel, je n’ai pas de vie sociale trépidante, pas de résultats des régionales avant le 20h. Parfois une photo se glisse au milieu de nombreuses autres qui ne sont pas de moi. Je suis toujours étonnée de constater que vous êtes toujours là, fidèles, au rendez-vous de mes non aventures, de mes doutes, de mes fantasmes. J’échange avec vous depuis longtemps, un peu plus de 4 ans pour certains sans jamais vous avoir rencontré pour la grande majorité.
Ce week-end a été tellement normal qu’il en est presque monstrueux, je suis restée à la maison, j’ai même jardiné, oui je ne vous le fais pas dire, c’est terrible. Hier soir, une grande table animée, des adultes et des enfants pas très loin tout aussi bruyants, une raclette au Mondor improvisée, ici il a fait 24 degrés en journée. Personne n’a remarqué ma nouvelle coupe de cheveux, à croire que le changement n’est radical que pour moi ou que comme en amour passé 15 ans d’amitié on ne voit plus rien.
Cette semaine s’annonce différente, des déplacements, une soirée à l’EJCM avec mes anciens copains de classe aux cheveux longs. La jalousie du mari pour soupoudrer le tout. Enfin le retour d’un peu d’ambiance chez les Ingalls !
Pensées matinales
19 mars 2010
Photographe Ralph Gibson
4h05 et j’ai cette envie de sucer. Je balance ma main, les draps sont frais, il n’est pas encore rentré. Je me rendors.
6h21 et j’ai toujours cette envie de sucer. J’envois un sms sans attendre de réponse. Je reçois un oui laconique encourageant pour qui fait abstraction du personnage.
Le reste est d’une normalité inénarrable.
Mon week-end commence à 11h, Edouard en veut à mes fesses.
Aujourd’hui je change une nouvelle fois de coupe de cheveux.
Jamais contente, toujours partante.
1-1
17 mars 2010
Photographe – RANKIN
Sur le bout de la langue, un petit goût d’inachevé. Une envie monstrueuse, un dérapage contrôlé. Inavouables douceurs d’un début de soirée. Inconscients, se foutre à poil et laper du danger. Adieu tourments, enfoncer des doigts dans la chair et se laisser transporter. Jouer à chat perché.
Fragments d’un discours désamoureux
17 mars 2010
Artiste – Alex Asher Daniel
Tout va bien ? Oui ça va.
A ce soir ? Oui.
La porte du garage claque, il est 6h.
Je dis oui à tout, je ne raconte plus rien. Je donne des fragments insignifiants. Ce que j’ai envie de m’acheter, de visiter, des nouvelles des uns et des autres. Je comble pour ne pas répondre aux vraies questions.
Hier soir, en rentrant de cette belle journée chômée, je suis restée de longues minutes, seule, assise contre le pied du lit face au miroir. Des dessous violets sur une peau transparente. Il est venu me rejoindre, se préoccupant ce que je pouvais bien faire. Il se poste devant moi et me demande ce qui ne va pas. Il me dit qu’il n’est pas bien lui aussi, qu’il n’a plus du tout confiance en moi, qu’il se sent mal dans notre vie, qu’il a l’impression de ne jamais s’amuser que tout est devenu sérieux, qu’il n’y a plus de légèreté entre nous… Je le regarde sans rien dire, je me sens bizarre, j’ai envie de pleurer.
Les spectateurs invisibles qui nous ont suivis toute cette journée ne peuvent pas se douter, du mal être qui nous ronge. Nous paraissons tellement normaux, souriants, épanouis. Nous marchons ensemble impeccablement assortis.
Cette journée passée à faire les boutiques, choisir ensemble, déjeuner dans ce petit jap, arriver devant l’école des enfants, les voir heureux de nous découvrir devant l’école. Où est la faille ? Le problème ? Le temps qui passe trop vite ? Les petits tracas du quotidien qui grignotent notre joie de vivre ? Les erreurs du passé lointain ou d’il y a quelques jours. Les regrets ? L’usure ? Sommes-nous toujours un vrai couple d’amoureux ou juste une bonne figure sociale ?
Il me dit avoir besoin d’insouciance. Je ne dis rien, je pense idem.
Sans retour
15 mars 2010
Il est 7h45, le mec derrière moi s’excite sur son klaxon, je rêve, je n’avance pas.
Il est 8h00, je suis sur le parking, j’ai éteint le moteur, je reste assise, je finis d’écouter Marion Ruggieri, j’aime bien, elle me fait rire.
Je n’ai pas envie d’aller travailler, je m’imagine redémarrer, rouler sans m’arrêter, sans me retourner, tout quitter, mari, enfants, patron, amis… Tout. Je me demande comme ils réagiraient, s’ils pleureraient longtemps, s’ils finiraient par me détester ou croire que je suis morte.
Peut-être que c’est ça qu’elle a fait cette femme il y a dix ans. Peut-être qu’elle en avait marre, qu’elle s’est enfuie, qu’elle est encore vivante, rongée par la culpabilité d’avoir laissé ses enfants ou même pas.
Quand mon père s’est suicidé, je n’ai pas voulu voir le corps, longtemps je me suis imaginée qu’il se cachait en Amérique du sud comme il l’avait fait pendant des années avec ma mère.
Je n’arrive pas à me dire qu’il pourri dans un trou. Comme cette Madame Viguier.
Delete
12 mars 2010
10.03.10 – 21h05 – Le Cirque
Le Net, les Blogs, FaceBook, Twitter… C’est un peu les Voici, Gala, Paris-Match… de la France moyen de gamme. Chacun s’y expose, s’y étale, s’y vante… Se la raconte, tout ça à la sauce curiosité malsaine. Chacun sait où tu étais, à cette soirée là ou là, ce que tu as mangé, avec qui tu as parlé ou pas, que tu passes de conquête en conquête, de lien en lien, sans vergogne, sans te soucier des dommages collatéraux. Et moi comme les autres, je te lis, je compte les points, je me moque, je m’apitoie sur unetelle qu’untel a trompé avec machin et puis truc qui branchouille bidulle pendant que tartempion fait sa crise … Tant qu’on reste en dehors, pixélisé, on ne risque pas grand chose. Jusqu’au jour où je me le prends direct dans l’amour propre… l’uppercut.
Je pleure un bon coup, je mets une jolie robe et ça repart.
Prendre la vie comme elle vient, se laisser porter par son rythme, pour oublier. Effacer les traces, les liens, les numéros, les photos. Comme on brûlait une lettre.
On dirait un dîner entre amis, dans un brouhaha rassurant, nous étalons nos bouts de vie et rions en coeur de nos éternels petits malheurs. Je leur raconte tout et ils me regardent comme si j’étais une extraterrestre, étonnés que je fasse tout un patacaisse d’une non histoire. Je sais je sais. Mais je suis comme ça, je m’emballe, je déballe, je vis le truc à fond toute seule, je pique un sprint et je m’essouffle vite, à ramasser raide morte.
Il est minuit, je suis rentrée, allongée toute habillée, je souris dans le noir en écoutant la vie des autres, la voix est douce et les mots crus. Je m’évade.
Ce soir, une belle virée m’attend, mes amies, des petits plats, des verres qui tintent, des tracks d’enfer, des bambis qui sautillent de partout. Oui oui oui Maman est une allumeuse.
Silence fatal
10 mars 2010
Photographe Vislevskaya
Ce qui devait arriver et là.
L’Homme Fatal rentre dans une vie. Toutes les étapes se succèdent comme dessinées. Le premier contact, un hasard organisé, un lien. Puis les échanges égrainés au fil du temps, évidemment long et lent, des mails, des sms, des chuchotements, des regards, des mains, un dernier verre, le charme opère. Rien de grave, rien d’important, il n’existe pas vraiment. Une respiration entre deux vies cloisonnées, des mondes radicalement opposés.
Une faille, d’une noirceur extrême, des larmes qui fouettent et creusent des joues rouge sang. Le corps est triste, face au miroir. Des centaines de questions sans réponse, l’Homme Fatal prend forme et cette envie incontrôlable qui monte qui déborde qui envahit tout. L’envie d’être une passade, un soupir, une pulsion. A la place un silence dédaigneux. Je ne suis plus rien.
L’envie, le désir, le plaisir, la frustration, le jeu, le dédain, la colère, la tristesse, le désert, le néant. Les étapes d’une histoire sans espoir.
Dans ce rêve, cette nuit, je marchais longtemps vers une lumière de plus en plus lointaine.
L’Homme Fatal s’échappe pour mieux torturer sa proie.
Blow-Up
9 mars 2010
Il est 7 h, mon portable vient de sonner, je l’éteins… Je m’étire. Pas de sms, la journée commence mal. Et elle se poursuit sur la même lignée, des rendez-vous médicaux, des mauvaises nouvelles et un retour vers la case bureau obligatoire. Ce dossier a rendre à cette montaségua de parisienne au sourire mielleux, avec sa veste à broches digne d’une employée municipale varoise, vous savez le genre belle ringarde, celle avec la mauvaise teinture de cheveux, le bronzage surnaturel et la manucure en pointe beurk. Mais où est l’élégance tout en retenue tant vantée par Garance et toute la clique ? Et puis il y a sa collègue, celle qui m’envoie des mails à 19h, et oui moi je travaille tard, et moi je ne suis pas en vacances perpétuelles comme vous les sudistes, celle qui avait dépassé la date de consommation à 20 ans avec son chemisier blanc chichi pompon qui n’a évidemment ni enfants ni mec mais un super grand bureau et une bouche de vieille. Oui aujourd’hui, je suis de mauvaise, j’aurais préféré rester au lit avec Lui.
Lui qui n’était pas content, pour la cerise sur le gâteau de cette journée à jeter. J’en parle souvent de Lui, je l’implique ici, je crois qu’il n’aimerait pas ce que je dis, ce que je raconte de notre intimité, de notre vie de famille, ce qu’il me fait de bien ou pas, comment il enfonce sa queue dans ma bouche, et puis quand je le critique, que je me moque de lui. Souvent il m’énerve, et pourtant tous les jours je me dis qu’il est indispensable à mon équilibre, que sans lui je serais sous Prozac au mieux, qu’il m’aide à sortir la tête de l’eau tout en s’amusant à me néguer. J’expose ma vie, je décortique mes pensées, mes envies d’ailleurs, mes complexes, mes doutes, mes frustrations, mes joies, mes colères… Où se place la limite entre la réalité et la fiction ? Aujourd’hui, j’ai cassé ma sucrière et je me suis mise à pleurer. Je n’ai pas arrêté de courir toute la journée, j’ai grondé mes enfants et je me suis aperçue qu’ils n’avaient rien fait de mal. Ce jeune con de contrôleur de gestion a refusé mon projet de budget, j’avais juste envie de le tuer. Mon patron m’a taclé devant ses sous-fifres, il m’énerve, il m’énerve quand il fait son vieux beau.
Hier, j’écoutais des femmes dire que tout va bien dans le monde du travail avec les hommes et que patati et patata, j’ai eu l’impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Et en plus, je n’ai même pas à me plaindre, j’ai plutôt une vie rêvée par rapport à d’autres : les divorcées, les pauvres, les vieilles filles, les moches et les mal baisées.
Aujourd’hui, j’ai écrasé le chat de ma voisine, ça ne m’a rien fait.
Ce soir, après la douche, j’ai eu la super idée de me placer toute nue, dos au miroir et de scruter ce que je ne vois jamais avec une autre glace. Je me suis vue monstrueuse. J’ai besoin d’une bonne fessée.
Sliders
7 mars 2010
A un monde parallèle près, mon dimanche ressemble à celui d’une porn star, vers 2h du mat quand mes invités sont partis, je suis épuisée mais il n’y a rien à faire et c’est paraît-il entièrement de ma faute. Il veut me sauter vite fait, surtout pas entièrement déshabillée, surtout contre ma volonté surjouée, surtout la lumière allumée.
A un monde parallèle près, mon dimanche ressemble à celui de la maman des triplés, vers 11h quand ma belle famille va bientôt arrivée, brushing, maquillage léger, chemise d’homme, slim et ballerines. Je finis la cuisson des escalopes à la crème, les enfants dressent la table, la mode la mode la mode en fond sonore. Et dans le rôle du violeur, mon mari qui fait des crêpes.
A un monde parallèle près, mon dimanche ressemble à celui d’une salope de mère de famille, je pianote, je trifouille mon téléphone dès que je suis 5mn toute seule, je souris, je ris, je pleure, je range mon dressing, je vais dans le jardin, je m’enferme dans la salle de bain, évidemment c’est toujours à ces moments là que ma présence est indispensable.
Je vous rassure, nous sommes des millions à vivre un dimanche banal.
Alors je m’invente ma mauvaise comédie romantique, où je suis une héroïne écartelée, désireuse de moments intenses et terriblement excitants en rentrant tous les soirs raisonnablement. Frustrée évidemment, j’attends éternellement une vie rêvée mais pas à partager.
Contre-coeur
4 mars 2010
Photographe Tim Navis
Entrer dans ma vie par la grande porte ou l’issue de secours. Etre présent chaque instant, à mes côtés ou en pensée. Dormir à ma droite toutes les nuits ou coucher son envie l’après-midi. Je ne sais pas ce qu’il y a dans cette tête, du blanc, du noir, pas vraiment du rose. Mesurer l’intérêt ou le désintérêt au nombre de mises en contact, je ne veux pas être une followers de plus. Je veux être un souffle, légère comme une plume, discrète dans une tête, une récréation, une pause, une pensée folle, une envie rapide et intense. Un éclair. Passer sur un corps, comme une tornade dans un champ, tout ravager, ne rien laisser, juste l’espoir de se revoir.
Calée devant l’horizon, je fais défiler des pixels au bout de mes doigts, un monde que je ne comprends pas et qui ne m’aime pas. Il est presque 1h du mat, je suis rentrée, j’ai chaud, j’ai froid, je ne sais pas ce que je veux, la langue d’un chat. Dis lèche moi un peu.
A nos silences éperdus.
Laisser planer son ambiguïté
3 mars 2010
Photographe Carter Smith
Aujourd’hui, 30 minutes sous la pluie. Pare-chocs contre pare-chocs, j’écoute un sujet sur l’expérience de Milgram transposée à un jeu télévisé, 81% d’entre nous sommes des tortionnaires en puissance, de quoi avoir peur de la soumise perversité ordinaire.
J’arrive en retard, toute mouillée. Je m’installe, je bois un thé, le mercredi c’est plus calme, certains sont de bons parents. Moi, je lis mes mails, je regarde la photo de cette fille qui lui a fait penser à moi. Elle est en bikini sur la plage, je ne me vois pas du tout comme ça. C’est toujours étonnant de voir, d’entendre comment l’autre vous perçoit.
Hier, je déjeunais avec un ami qui me connait bien depuis longtemps, plus jeunes nous avons eu une aventure, nous nous sommes rapidement rendu compte qu’une amitié était préférable. Il me raconte sa vie de célibataire endurci, ce bébé qui vient de naître qu’il a eu avec cette fille qu’il connaissait à peine, il me dit qu’il se sent écartelé entre son devoir d’essayer de vivre avec elle, d’élever son enfant et son espoir de rencontrer quelqu’un qu’il aimera vraiment. Il croit encore aux Contes de Fées. J’essaie de le raisonner, de mettre en avant les points positifs mais nous savons bien qu’il est dans la panade sentimentale.
Nous dégustions chacun notre tiramisu en silence. Une question m’a brûlé la langue. Dis Thomas quand nous faisions du sexe ensemble, tu trouvais que je ne me laissais pas aller ? Que je prenais des poses en baisant ? Il m’a regardé en souriant puis il m’a répondu. Viens on va boire le café chez moi, ça mérite réflexion.
Qu’il ait encore envie de moi pourrait me rassurer. Que les hommes aient envie de moi ne me rassure pas. C’est à la portée de n’importe quelle dinde.
Aujourd’hui, je suis dubitative, mon regard est triste, j’ai besoin de tendresse, de caresses désintéressées, de lever le voile sur ce silence ambigu qui commence à me faire du mal.
Après la tempête
2 mars 2010
Il est 8h et des poussières et c’est le même scénario.
France Info accompagne la demi-heure d’embouteillages. Un fond sonore fait de catastrophes, de nombre de morts, de disparus… cela m’attriste évidemment quelques secondes, je m’imagine à la place de cette jeune mère de famille qui sanglote. Et puis, je gare ma voiture toujours à la même place, je traverse le hall, je salue le concierge du bâtiment, je pose vite fait mes affaires et j’arrive essoufflée devant mon patron, je hoche la tête en souriant à tout ce qu’il me dit, je plaisante avec mes collègues, avec mes amies un peu plus tard pour le déjeuner, l’après midi passe vite, je repars sans avoir le temps de rien. Je suis devant l’école avec 2 pains au chocolat et 33cl d’eau. Les malheurs des autres font partie du décor. Il n’y a pas grand chose qui compte à part mes enfants et ma coiffure, pour résumer.
Je parais sereine, sans désir et sans crainte.
Et même s’il y a un typhon dans ma petite tête, ma vie est celle d’une bientôt vieille et toujours conne, protégée par une ataraxie ordinaire.

























