L’étrangère
21 octobre 2009
Ma soeur vient de m’appeler pour me dire que notre mère allait mal, il y en a peut être que pour quelques jours.
La vie autour n’a pas changé tout à coup, non. Mes enfants ont même étaient exécrables ce soir, mon mari est sorti rejoindre ses amis. Vraiment tout le reste est normal.
Moi, je suis prostrée devant mon ordinateur. J’attends en écrivant pour ne pas pleurer trop tôt. Je lis des vies encore plus banales que la mienne, chacun son lot de bonheur ou de malheur. J’en suis presque rassurée.
C’est étrange, j’écrivais sur elle hier, je ne le fais jamais et ce soir elle est dans mes pensées. Je la revois comme elle était avant, avant la maladie, sa beauté et son aura envoûtantes. Je repense à toutes ces fois où elle revenait nous voir quelques jours avec notre père, entre deux voyages au bout du monde, fuyant je ne savais quel danger. Je parfumais mes peluches de sa fragrance mystérieuse et je m’endormais avec pour me rassurer. Je m’imaginais leur vie trépidante et j’en rêvais.
Demain, j’irai la voir et ce sera peut être la dernière fois.
Je ne suis pas triste. Je ne le suis plus.
Dans l’Etranger de Camus, le personnage principal ne pleure pas à l’enterrement de sa mère et sera par la suite condamné à mort parce qu’il ne montre pas d’émotion. J’avais trouvé cette histoire fascinante.
Je divague un peu, ça me fait du bien.
Cinq je dis c’que je veux
20 octobre 2009
"Ne te fais pas couper les cheveux sinon il ne te restera plus rien" Voilà ce que me disait ma mère dès que j’allais chez le coiffeur.
Je crois qu’il est temps que je le fasse, il est temps que j’aie un peu confiance en moi, que j’arrête de croire cette stupide phrase.
J’ai envie de changer, d’être une autre, ça m’a pris comme ça ce soir en me regardant dans ce putain de miroir.
Ma tête résonnait de paroles à la fois trop sonores et trop indistinctes pour être entendues. Des sous-entendus, des non-dits, des impressions, un malaise, du réchauffé, du réchauffé, du réchauffé mais pourquoi je n’ai lu que ça, pourquoi je bloque toujours sur le détail, la phrase insignifiante, le petit truc anodin que personne ne relève. Je suis une idiote flanquée d’une susceptible. Il a raison "j’ai la mémoire de la connerie" et elle ne me sert strictement à rien à part m’empoisonner la vie.
Je vais dégager tout ça, tout ce côté superficiel et je vais commencer par mes cheveux.
Décalage
19 octobre 2009
Je me retrouve toute seule, il est très tard, j’ai des frissons en pensant à des choses interdites même pas pornographiques.
Je me fais de petits films, sans pouvoir me caresser. J’ai dans la tête, un index parcourant les formes de mon corps et ça me donne des palpitations bien plus intenses qu’une levrette magistrale. C’est ainsi peut être parce que tout simplement j’ai de la bonne baise virile à la maison et que je recherche ailleurs ce qu’il ne me donne plus. Effleurer ma nuque, mes bras, mes seins, mes flancs, mes hanches, mes cuisses, des gestes lents, en me parlant paisiblement, en me scrutant sans que je ne puisse voir ce regard dans la pénombre, juste le plaisir timide d’un avant-goût.
Je m’imagine aussi sous la douche, des mains me savonnent le corps, le sexe, elles me caressent un peu, juste pour me donner envie de plus puis des bras me portent toute nue et posent mes fesses sur le lavabo, j’écarte mes jambes et une langue tiède et molle lèche doucement les gouttes qui ruissellent sur mon ventre pendant un long moment. Sans transition, je me retrouve sur le lit, toute retournée, et je me laisse faire pour une fois même quand la bouche s’est approchée de trop près là où je ne veux jamais. Puis je me fais prendre très, très, mais très, doucement, en écoutant attentivement de petits râles étouffés.
C’est une version, il y en a d’autres.
Sas de décompression
15 octobre 2009
Il devait être environ 15h, je suis remontée dans ma voiture.
J’ai fait quelques mètres et je me suis garée.
Le ciel s’est couvert, il a commencé à pleuvoir.
J’ai natté mes cheveux, je suis sortie, le visage face au ciel.
Mes joues commençaient à piquer.
Passer de moments si calmes au vacarme d’une soirée agitée, entre les deux un sms qui annonçait la couleur.
"Ce soir robe et cuissardes noires et toi ?"
Moi, j’ai fait comme j’ai pu, j’ai misé sur une tenue à l’opposé de ma binôme d’une dernière nuit.
Aujourd’hui, je me suis levée vers 9h et j’ai cuisiné pour faire oublier à mon cocon familial que j’étais rentrée bien trop tard pour une honnête femme.
Entre deux banalités
14 octobre 2009
Il a un rire de hyène, un large sourire avec plein de dents et des chemises de couleur pâle horribles, une femme qui ne dit jamais un mot, pas laide juste transparente, elle lui a fait deux garçons, il est heureux le bougre. Le matin, il arrive toujours à la même heure avec sa sacoche, son pas rapide d’homme plutôt petit et nerveux.
Aujourd’hui, je suis tombée du lit, mes yeux se sont ouverts à 4h30 et ils n’ont pas voulu se refermer, la faute à mon mec qui regarde la télé tard et qui s’endort sur le canapé, la bite à la main devant Canal + en décalé. Je suis donc arrivée très tôt, vers 7h, un peu avant mon spécimen de collègue pas rare du tout.
Dans les couloirs que je traverse chaque matin pour rejoindre mon bureau, il y a le sien juste avant le mien. Il était tout seul devant son ordi, surpris de me voir, moi, la fille de la com’ devant lui avec deux cafés, un pour lui et un pour moi. Je lui ai fait la bise, je me suis assise en face de lui et je lui ai posé plein de questions sur sa vie, sa famille, sa femme, ses garçons. Il m’a raconté, vraiment content, je crois. Nous avons même ri. Puis vers 8h, le couloir commençait à s’agiter. Je l’ai laissé travailler.
Je ne tromperai jamais mon mari avec quelqu’un qui travaille avec moi. C’est certain.
Le reste de la matinée, je passe mon temps à rédiger des articles inintéressants avec la tête ailleurs. J’attends entre désir et anxiété quelque chose d’exeptionnel qui viendrait bousculer ma routine.
Une voix avec du mistral autour. Phénoménale.
Je vais aller me fumer une cigarette sur le toit en cachette. J’ai peur.
Pinailleuse
12 octobre 2009
J’ai roulé lamentablement sur la file du milieu comme une fille qui déteste conduire sur autoroute.
Aujourd’hui 5 heures pour accompagner ma nouvelle alter ego parisienne et prêcher la bonne parole à de vieux provinciaux réfractaires.
Jeune, blonde aux yeux clairs, mince, c’était la description que l’on m’en avait faite. C’est largement suffisant pour des hommes en moyenne peu exigeants. Dans le détail, elle est passable donc largement baisable. Des doigts courts et larges, un plombage acier trop voyant quand elle sourit, une vilaine paire de chaussures, une peau granuleuse, une chemise grise qui devrait être blanche, pas d’enfants et déjà un début de gros cul.
Je suis excessivement critique avec les autres et encore plus avec moi même pour apprécier les critères bandants de l’hétérosexuel ventripotent de base. Ils me le rendent bien.
Finalement, je m’aperçois que je ne plais qu’à très peu d’hommes. Je devrais arrêter de focaliser sur des détails si un jour, il me venait l’envie de baiser en quantité avec la multitude.
Amitiés tamisées
11 octobre 2009
Hier soir c’était un dîner entre amis d’amis, dans un restaurant pour acolytes improvisés.
Autour de la table, des quadras en couple, il y avait les "recomposés", les "depuis toujours" et puis nous.
Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, chaque monde avec ses propres centres d’intérêts du "slim en cuir de la voisine" à "la largeur d’une bite normale". Les soucis n’existent pas un samedi soir, nous ne partageons que des tapas à la française et du vin blanc. Chacun arbore son sourire de circonstance, des regards complices ponctuent nos conversations superficielles, bien évidemment nous déblatérons sur ceux qui sont absents, ceux qui trompent, ceux qui se disputent, ceux qui sont malades, ceux qui triment, ceux qui sont malheureux, pas nous bien sûr.
Les faux-semblants étaient de sortie, le temps de passer une bonne soirée en regardant le soleil se coucher sur la plage des Catalans.
Quand nous rentrons, la vie des autres redevient la nôtre. Naturellement.
L’attente
6 octobre 2009
Ce week-end à la plage, la dernière baignade avant les collants, les bottes, la pluie.
Je n’ai rien à écrire. Je n’ai d’ailleurs plus de temps pour le faire. Il y a pourtant des choses banales qui se passent.
J’ai mal à la gorge, je suis stressée, j’ai peur aussi. Mais tout ça ne serait intéressant que si je vous racontais pourquoi, comment, où, quand, avec qui. Je ne le fais pas. Pour l’instant, je vous laisse imaginer.
En attendant, le pire me fera encore me lever tôt, une fois de trop demain matin, un peu obligée de finir ce travail que l’on m’a confié, tant de responsabilités que je ne demande pas pour un résultat qui ne me vaudra que quelques euros de plus à la fin du mois. Une raison valable, la seule pour arriver à cirer les pompes de ces vieux cons qui ne me regardent pas dans les yeux.
Demain, j’ai prévu de déjeuner au soleil, s’il est au rendez-vous.
Il sera à l’heure. Après promis je vous raconte le meilleur.
Il y a une chose…
1 octobre 2009
… Que j’ai intégrée dans ma petit tête de linotte, au fil du temps, des déceptions et des joies : La prise de décision paie toujours surtout en amour.
Quand on n’aime plus ou que l’on ne vous aime plus, il n’y a rien à faire dans un sens comme dans l’autre, les efforts ne servent plus à rien, il faut juste abréger la souffrance. Quand on n’aime plus, tout ce que l’on pouvait apprécier chez l’autre avant le désamour, n’a plus aucun pouvoir que ce soit le charme, l’intelligence, la générosité, les prouesses sexuelles, le physique, le confort, la protection, l’argent… Tout devient transparent, inodore, insignifiant parfois même dégoûtant. On peut changer de goût mais on ne change pas de dégoût.
La puissance de l’amour à nous rendre aveugle et sourd à ce qui nous entoure, est la même quand on n’est plus amoureux. L’autre peut se démener en vain.
Il y a longtemps, je sortais avec un homme, j’avais alors beaucoup de doutes sur son amour mais pas de preuves de son désamour. Il me disait qu’il était fatigué, surmené qu’il avait des soucis mais que ce n’était pas à cause de moi. A l’époque, j’étais bien jeune et inexpérimentée, persuadée que notre couple était solide et que malgré son attitude bizarre, je devais insister, prendre sur moi et attendre. A bout de force et d’argument, j’en ai parlé à ma confidente de toujours, ma jeune soeur. Elle m’a simplement dit "arrête d’attendre comme une dinde, quitte le, s’il t’aime, il reviendra, une personne amoureuse n’a aucun amour propre". J’ai fait ce qu’elle m’a dit le soir même, le week-end qui a suivi, je suis allée récupérer mes affaires chez lui, il m’a royalement ignorée, la semaine qui a suivi, j’apprenais qu’il me trompait depuis plusieurs mois avec une copine commune. J’ai été à la fois effondrée et soulagée. C’était la première fois que je quittais un homme, moi.
Aujourd’hui avec le recul, je sais bien que cette fille m’a rendue service. Mais sur le moment, avant de savoir la véritable raison de son attitude, j’ai failli ne pas résister à la tentation de revenir vers lui. Persuadée d’être trop dure.
En amour comme dans tout, prendre la décision n’est pas toujours facile mais au final cela permet de ne plus perdre son temps.
Et du temps, il en faut pour aimer à nouveau.








