Moeurs de province
30 septembre 2009
Toutes ses banales activités prennent du temps, il est plus de 23h, je vais me coucher fatiguée par toute cette simplicité.
Ici quand on a choisi une vie comme la mienne, on a vite fait de se retrouver l’héroïne d’un Balzac, d’un Flaubert ou d’un Maupassant. Le talent en moins pour narrer cette humble vérité.
Pour combler cet ennui surchargé, il y a plusieurs possibilités parce qu’on trouve toujours du temps pour revivre l’excitation de l’interdit. Sans ennui, il n’y aurait pas de distractions, de romans, d’amour, d’infidélités.
Moi, quelques minutes par jour, j’étais BoBundy.
Sur mon lit est né un monstre que j’ai pris en photos maintes fois. Souvent en fin de journée, une fois seule dans ma chambre, je me plaçais devant mon reflet aux courbes que je voulais érotisantes, faites pour prolonger en vain un désir unilatéral.
Cette fausse garce est morte, il y a quelques jours. J’ai supprimé toutes ces photos, plusieurs centaines. Au pire, quelques copies doivent circuler, au mieux, pourrir au fin fond d’une clef usb, d’un disque dur, d’un tiroir à secrets. Il ne se souviendra peut être même plus de mon prénom dans quelques années, quand il tombera dessus par hasard, quand ce sera lui qui vivra ma vie. Peut-être qu’à ce moment là, il réalisera pourquoi je faisais ça, il ressentira ce besoin de plaire, ce besoin de reconnaissance purement physique, il sera comme je le suis aujourd’hui consciente de l’aspect pitoyable de ce comportement.
Tant qu’on ne vit pas les choses, on ne peut pas vraiment les comprendre. On compatit seulement. On se tait en bandant ou on pleure.
J’ai pleuré hier soir.



